La méconnaissance qui entoure l’intersexuation contribue à alimenter des stéréotypes et de nombreuses violences à l’encontre des personnes intersexes. Pour défendre leurs droits, il est urgent de comprendre les réalités des personnes concernées et de lutter contre les stéréotypes qui les ciblent.
Beaucoup de gens pensent que le monde est divisé en deux catégories bien distinctes de personnes, les hommes et les femmes, et que toute personne présente des caractéristiques biologiques et génétiques qui relèvent d’une seule de ces deux catégories.
Pourtant, ce n’est pas toujours le cas. Des millions de personnes dans le monde présentent des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux définitions traditionnelles binaires du corps masculin ou féminin.
Si le terme est encore très mal compris et les personnes intersexes restent sous-représentées, elles représentent pourtant 1,7% de la population mondiale selon l’Organisation des Nations unies (ONU). . Mais la méconnaissance qui entoure les réalités de l’intersexuation contribue à nourrir les violences et à discrimination à l’encontre des personnes concernées.
Comment définir l’intersexuation ?
Le terme « intersexuation » est un terme générique utilisé pour couvrir un vaste groupe de personnes dont les caractéristiques sexuelles ne correspondent pas aux « normes » typiques et binaires masculines ou féminines. Ces caractéristiques peuvent concerner des caractéristiques sexuelles primaires telles que les organes génitaux internes ou externes, les systèmes reproductifs, les niveaux d’hormones et les chromosomes sexuels, ou des caractéristiques sexuelles secondaires qui apparaissent à la puberté.
L’intersexuation et la transidentité : deux notions bien distinctes
L’intersexuation concerne strictement les caractéristiques biologiques. Elle n’a donc rien à voir avec l’identité de genre, soit le fait de se sentir homme, femme, ou non binaire. Elle n’a par ailleurs rien à voir avec l’orientation sexuelle, soit l’attirance affective et sexuelle que l’on porte à une personne.
Le mot « transgenre » désigne, quant à lui, les personnes dont l’identité de genre est différente du sexe qui leur a été assigné à la naissance. Ainsi, une personne intersexe peut être hétérosexuelle, gay, lesbienne, bisexuelle ou asexuelle et s’identifier en tant que femme, homme, les deux ou aucun des deux.
Quelles sont les violations qui ciblent les personnes intersexes ?
Des interventions chirurgicales forcées
Beaucoup de personnes présentant des variations intersexes sont forcées de subir des interventions chirurgicales de « normalisation » irréversibles et invasives, qui n’ont aucun caractère d’urgence. Ces interventions ayant souvent lieu pendant l’enfance, ces personnes ne peuvent pas leur donner leur consentement. De telles opérations peuvent aussi parfois se produire à un stade plus tardif de leur vie. Parmi les personnes avec qui Amnesty International s’est entretenue, nombreuses sont celles qui ont signalé les effets néfastes durables de ces opérations sur leur santé, leur vie sexuelle, leur bien-être psychologique et leur identité de genre.
Absence de protection et de reconnaissance des États
Selon une étude de l’ILGA, au mois de juillet 2023, seuls six États membres de l’ONU avaient adopté des lois interdisant les traitements médicaux, les chirurgies et autres interventions modifiant les caractéristiques sexuelles des personnes intersexes mineures sans leur consentement libre, préalable et pleinement éclairé. Cette carence frappante de protection juridique est toujours une réalité dans l’immense majorité des pays du monde.
Une autre difficulté structurelle concerne la reconnaissance juridique et sociale des personnes intersexes par le biais de l’état civil. Les enfants reconnus intersexes dès la naissance sont souvent déclarés comme garçons ou filles à l’état civil. Or en grandissant, certaines personnes intersexes ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur a été affilié à la naissance, ni dans la binarité homme / femme.
Les personnes intersexes, confrontées à de multiples discriminations
Leurs réalités étant mal comprises, les personnes intersexes sont surexposées à diverses formes de discriminations et à de violences. L’ensemble du personnel amené à travailler auprès de personnes intersexes est généralement insuffisamment formé qu’il s’agisse du corps médical, juridique, social, etc. Ces discriminations infiltrent ainsi toutes les sphères de la vie des personnes concernées : privée, scolaire, professionnelle, etc.
L’urgence de lutter pour leurs droits
Face à ces réalités, il est essentiel de promouvoir une meilleure connaissance des réalités intersexes et de mettre en place des mesures concrètes pour garantir leur inclusion, leur sécurité et le respect de leur droit.
De nombreux militants intersexes, partout dans le monde, se mobilisent pour sensibiliser le public et protéger les droits humains. En France, le Collectif Intersexe Activiste œuvre notamment en ce sens. Il est conçu par et pour les personnes intersexes et lutte pour défendre, représenter et soutenir les droits des personnes concernées.
Nous menons également de nombreuses campagnes pour alerter le plus grand nombre et pousser les personnes à agir à nos côtés. Et chaque année, Amnesty International France se mobilise à l’occasion du mois des fiertés, en participant à des marches sur tout le territoire !
Le chemin à parcourir est encore long, mais nous continuerons à soutenir les personnes intersexes, pour qu’elles puissent vivre sans honte, sans stigmatisation et sans souffrance.
Agir
En France, les associations féministes et LGBTI+ sont menacées, discriminées, effacées. Pourtant, elles mènent une mission essentielle d’accès aux soins et à l’information. Il est urgent de les protéger !
