Plus de la moitié des personnes qui travaillent dans des usines de production de vêtements pour l’industrie de la mode sont des femmes. Lorsqu’il est question de protéger les droits humains dans l’industrie textile et de la mode, nous devons donc aussi mettre l’accent sur les droits des femmes en particulier. Bon nombre des problèmes auxquels sont confrontés les ouvrières et ouvriers du textile, comme la faible rémunération et la précarité de l’emploi, touchent les femmes de manière disproportionnée.

La discrimination fondée sur le genre est partout dans l’industrie textile. Les femmes subissent un écart salarial continu, elles gagnent moins que les hommes alors qu’elles fournissent un travail comparable. Elles subissent également la violence et le harcèlement fondés sur le genre, omniprésents sur les lieux de travail.

Il est nécessaire de favoriser la capacité d’agir des travailleuses pour lutter contre la discrimination fondée sur le genre. Lorsque les États et les entreprises répriment les droits du travail, tels que le droit de former des syndicats, ils ne portent pas seulement atteinte aux droits des travailleurs et des travailleuses, ils entravent aussi spécifiquement la capacité des femmes à plaider pour le changement. L’industrie textile ne dispose pas de garanties suffisantes pour les travailleurs, en particulier les femmes. Permettre aux ouvrières d’avoir plus d’autorité et de prendre plus souvent les décisions garantit que la conception et la mise en œuvre de toute nouvelle protection mise en place par les employeurs s’appuie sur le vécu réel des personnes qu’elle cherche à protéger.

Qui sont les personnes qui fabriquent des vêtements pour l’industrie de la mode ?

L’industrie de l’habillement emploie environ 94 millions de travailleurs et travailleuses dans le monde. L’emploi y est souvent informel, il est donc difficile d’établir les chiffres exacts et la répartition entre hommes et femmes. Toutefois, l’Organisation internationale du travail estime qu’entre 60 et 80 % des travailleurs de l’industrie mondiale de l’habillement sont des femmes.

L’Asie est le continent qui emploie le plus de personnes dans le secteur de l’habillement, on y trouve 75 % de l’ensemble des travailleurs et travailleuses. C’est la Chine qui a longtemps occupé la première place dans la production de vêtements et elle reste le premier producteur, mais ces dernières années ont été marquées par une croissance rapide du secteur dans tous les pays d’Asie du Sud.

La plupart des travailleurs et travailleuses de l’habillement dans les principaux pays fournisseurs que sont le Bangladesh, l’Inde, le Pakistan et le Sri Lanka sont des migrants internes, principalement des jeunes femmes. Beaucoup d’entre elles ont quitté les zones rurales pour s’installer en ville afin de trouver un emploi. Privées de leurs familles et de leurs réseaux de soutien, elles sont encore plus exposées aux mauvais traitements et à l’exploitation.

Les personnes qui cumulent certaines caractéristiques liées au genre, à la race, à la caste, à la religion ou à leur statut migratoire sont confrontées à des discriminations aggravées. Elles peuvent ne pas être promues au travail, par exemple, ou être ignorées, subir un traitement qui dévalorise leur travail ou faire l’objet de harcèlement sexualisé quand elles prennent la parole.

Pourquoi les femmes sont-elles surreprésentées dans la main-d’œuvre de l’industrie textile ?

Les femmes forment le gros des rangs de la main-d’œuvre de l’industrie textile parce que, dans de nombreux pays d’Asie du Sud, le travail dans l’habillement est considéré comme une opportunité pour les femmes d’entrer sur le marché du travail sans bouleverser les normes sociales et culturelles.

Cette tendance est encouragée par les gouvernements de nombreuses économies en développement qui cherchent à accroître leur compétitivité dans l’industrie textile mondiale en fournissant une main-d’œuvre bon marché. Cette stratégie peut être plus facilement mise en œuvre en recrutant davantage de femmes, qui sont plus vulnérables.

Les salaires minimums peu élevés attirent les activités de marques de mode et de distributeurs riches et puissants qui apportent de l’investissement étranger. Toutefois, cette croissance économique, qui profite de manière disproportionnée aux plus riches et aux plus privilégiés, est souvent fondée sur l’exploitation de travailleurs et travailleuses mal payés qui ne peuvent accéder à certains de leurs droits humains les plus fondamentaux.

Les femmes et les jeunes filles sont la main-d’œuvre qui fait tourner l’industrie de l’habillement, mais elles sont les premières victimes de ses inégalités salariales et de ses mauvaises conditions de travail, qui ne se sont guère améliorées depuis des décennies. Dans la pratique, elles sont souvent dans l’incapacité de former des syndicats ou d’y adhérer et ne disposent donc pas d’une plateforme pour défendre leurs intérêts.

Ceux qui applaudissent l’industrie textile pour son rôle dans la croissance économique ne peuvent ignorer que ceux qui la dirigent, des directeurs d’usine aux marques de mode multinationales, n’assument pas leurs responsabilités à l’égard des travailleurs, en particulier des travailleuses.

À quoi ressemble la vie d’une ouvrière ou d’un ouvrier de l’industrie textile ?

Les atteintes aux droits humains sont systémiques dans l’industrie textile.

Les ouvriers et ouvrières travaillent souvent pour des salaires de misère, dans des conditions de travail dangereuses et selon des modalités contractuelles précaires. Sans un salaire vital, ils et elles ne peuvent pas accéder aux éléments essentiels tels que la nourriture, les soins de santé, l’eau potable, l’éducation, un logement sûr et d’autres droits économiques, sociaux et culturels.

Les tentatives des travailleurs et travailleuses de s’organiser de façon autonome ou de revendiquer de meilleures conditions sont souvent étouffées par les employeurs et même par l’État. Cette répression des libertés d’expression et du droit de se syndiquer crée un climat de peur et d’intimidation qui les empêche de revendiquer la justice, la reconnaissance de responsabilité et des réparations.

À quoi ressemble la discrimination fondée sur le genre dans l’industrie textile ?

Les défenseur·e·s des droits humains et des droits du travail ont souligné qu’il fallait de toute urgence lutter contre la discrimination fondée sur le genre omniprésente dans l’industrie textile. Les femmes sont bien moins payées que les hommes et n’ont pas accès à des services de garde d’enfants, à des allocations de maternité ni à d’autres prestations.

En outre, les travailleuses sont davantage exposées aux violences et au harcèlement fondés sur le genre sur leur lieu de travail. Cette situation est exacerbée par une culture du travail qui favorise souvent les hommes aux postes de direction, alors que les femmes constituent l’essentiel de la main-d’œuvre.

Des études menées en Inde et au Bangladesh montrent que les cadres et les superviseurs masculins malmènent, harcèlent et sexualisent souvent les femmes qui travaillent pour eux. Les femmes issues de communautés marginalisées, telles que les femmes dalits en Inde, les Tamoules au Sri Lanka et les chrétiennes au Pakistan, sont particulièrement exposées à ce type de traitement.

Le harcèlement et la violence sont perpétrés en toute impunité, ce qui alimente ensuite le cycle des atteintes aux droits des travailleuses et des autres personnes marginalisées.

Des lois anti-discrimination existent bien, mais le problème est que les auteurs de ces actes restent impunis et que cette législation n’est pas appliquée. L’accès à la justice est généralement très limité pour les femmes, et c’est encore plus vrai pour les femmes dalits. Si les femmes signalent des atteintes à leurs droits – si elles se rendent dans un poste de police par exemple –, il y a de fortes chances pour que les policiers eux aussi les agressent sexuellement d’une manière ou d’une autre. Les cas sont donc très, très rarement signalés.

Meena Varma, membre du Réseau international de solidarité avec les Dalits.

Que faut-il changer pour améliorer les droits des femmes dans l’industrie textile ?

Une approche fondée sur les droits pour réformer l’industrie textile doit être dictée par les voix des travailleuses elles-mêmes.

Il est essentiel de permettre aux ouvrières et ouvriers du textile d’exercer leur droit de s’organiser et de se syndiquer. Les syndicats leur offrent une plateforme leur permettant d’exprimer collectivement leurs préoccupations concernant les atteintes aux droits, de négocier avec les employeurs et de plaider en faveur de l’amélioration des conditions de travail.

Tant les gouvernements que les entreprises ont la responsabilité de mettre en œuvre des mesures visant à lutter contre la discrimination et la violence fondées sur le genre sur le lieu de travail et à garantir des conditions de travail équitables à tous·tes les travailleurs et travailleuses du textile, y compris le droit à la liberté syndicale. Pour qu’ils soient tenus de respecter ces obligations, nous devons mieux faire connaître les atteintes aux droits humains et violations des droits humains commises à l’encontre des femmes dans les usines de confection. Cela peut passer par un examen impartial des conditions de travail. En dévoilant la vérité, nous pouvons appeler les propriétaires d’usines, les employeurs et les États à assumer leurs responsabilités en matière de droits humains et à prendre des mesures concrètes pour promouvoir les droits des ouvrières du textile.

The post Pourquoi doit-on penser la question des droits des ouvrières et des ouvriers du textile sous l’angle de la discrimination fondée sur le genre ? appeared first on Amnesty International.