Ces trois dernières années, les autorités tunisiennes ont adopté des politiques d’immigration et d’asile qui font preuve d’un mépris total à l’égard des vies, de la sécurité et de la dignité des personnes réfugiées ou migrantes, et qui sont utilisées comme des outils d’exclusion fondée sur l’appartenance raciale. Des responsables de l’État procèdent à des expulsions collectives au péril de la vie de ces personnes et en violation du principe de « non-refoulement ». Ces opérations font souvent suite à de dangereuses opérations d’interception en mer ou à des arrestations ciblées en fonction de critères raciaux et s’accompagnent fréquemment d’actes de torture et d’autres mauvais traitements, notamment des violences sexuelles déshumanisantes. L’accès à la procédure d’asile a été suspendu et les organisations offrant une protection aux réfugié·e·s et migrant·e·s ont fait et continuent de faire l’objet de graves répressions. Par conséquent, la Tunisie ne constitue pas un lieu de débarquement sûr ni un « pays tiers sûr » pour le transfert de personnes demandeuses d’asile.
Depuis 2024, l’Union européenne et ses États membres se félicitent de la baisse significative des arrivées par la mer depuis la Tunisie, et ont renforcé leur coopération avec son gouvernement en matière de migration, sans garantie réelle en matière de droits humains, piégeant ainsi les personnes réfugiées ou migrantes dans un contexte où leurs vies et leurs droits sont menacés.
Les autorités tunisiennes doivent mettre fin à leurs appels à la haine raciale et à la xénophobie et protéger les personnes réfugiées ou migrantes contre les arrestations et les détentions arbitraires, le profilage ethnique, la torture et les autres formes de mauvais traitements ainsi que les expulsions collectives. L’Union européenne doit entièrement revoir sa coopération en matière de migration avec la Tunisie, afin de veiller à ce qu’elle protège les réfugié·e·s et empêche toute complicité possible avec des violations des droits humains et le racisme envers les personnes noires.
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