Amnesty International travaille en étroite collaboration avec les communautés et les organisations partenaires pour lutter contre la violence à l’égard des femmes et des filles au Burkina Faso, au Sénégal et en Sierra Leone. Dans ces pays d’Afrique de l’Ouest, elles subissent différentes formes de violences basées sur le genre (VBG), notamment les mariages précoces et forcés et les mutilations génitales féminines (MGF), mais aussi des violences physiques, psychologiques et économiques, les exposant à de nombreux types de vulnérabilités et à de multiples violations des droits humains.
Rencontrez cinq militant·e·s qui prennent la parole, travaillent à sensibiliser les communautés, luttent contre les violences basées sur le genre et soutiennent les survivant·e·s.
Mariama Seydi
Elle-même survivante de violences basées sur le genre, Mariama Seydi, 17 ans, étudie au lycée Djibanar dans la région de Sédhiou, au sud du Sénégal. Elle participe aux activités d’Amnesty International depuis 2017 en tant que membre active du club des droits humains de son école.
« Ma plus grande fierté est d’être à l’école, d’apprendre et de préparer mon avenir. Mon rêve est de devenir avocate pour défendre les personnes en difficulté qui ont besoin d’aide.
J’ai été excisée. On nous dit que c’est une coutume mais parfois je me demande si nos ancêtres ne lutteraient pas avec nous aujourd’hui contre l’excision s’ils connaissaient toutes les conséquences de cette pratique. Ça me fait mal de savoir que j’ai subi l’excision et qu’il y aura encore des filles qui en seront victimes.
Je regrette que certains pensent qu’il ne peut pas y avoir de changement. Mais je ne me laisse pas abattre.
Mariama
Dans notre zone, il y a beaucoup de violences contre les filles. Les violences que je vois autour de moi, ce sont les mutilations génitales féminines, et les mariages précoces et forcés. Le harcèlement est aussi très fréquent.
Les formations d’Amnesty sur les VBG m’ont permis, en tant que fille, d’avoir l’ambition d’aider et de défendre des personnes sans voix qui n’ont pas la possibilité de se défendre seules. Souvent, après mes formations, je partage avec mes copines tout ce que j’ai appris.
Il n’y a pas beaucoup de communication entre les jeunes et leurs parents. Certains sujets sont tabous. Ce n’est pas mon cas, je communique beaucoup avec ma mère. Elle m’a expliqué qu’elle m’a fait excisée, comme elle l’a été elle-même, parce que c’est une tradition. N’ayant pas eu la chance d’aller à l’école, elle a juste reproduit ce qu’elle connaissait. Elle m’encourage à suivre des formations, à apprendre de nouvelles choses et à aider mes amies et mon entourage.
Je suis fière de ce que j’ai accompli jusqu’à maintenant. Je regrette que certains pensent qu’il ne peut pas y avoir de changement. Mais je ne me laisse pas abattre car il y a des personnes qui reconnaissent l’importance de ce que nous faisons. Cela ne fait que me motiver encore plus à continuer la sensibilisation. »
Djénébou Assé Kandé
Djénébou Assé Kandé, 39 ans, vit à Saré Tening, dans la région de Sédhiou, au sud du Sénégal. Elle est secrétaire du groupe Nafore Kawral qui œuvre pour l’autonomisation des femmes et des filles. Sur le chemin de la guérison après avoir subi des violences conjugales, elle se bat pour les droits humains des membres de sa communauté.
« Je ne souhaite pas que d’autres jeunes filles vivent ce que j’ai traversé. J’ai tellement été battue par mon ex-mari que j’ai eu des problèmes de vue et d’audition. J’avais tellement peur de lui que je n’osais même pas lui parler. Après mon divorce, étant chez mes parents, j’ai été invitée à suivre des activités de sensibilisation avec Amnesty. C’est là que j’ai énormément appris.
Aujourd’hui, lorsque je vois des jeunes filles, je ne manque pas une occasion de leur parler pour leur éviter de passer par ce que j’ai vécu. Je vais souvent dans les écoles pour échanger avec les élèves. Les filles parlent et posent des questions. Chaque vendredi, je vais aussi dans les villages environnants pour échanger avec les femmes.
Je me suis remariée, et ma nouvelle vie de couple est vraiment différente de ce que j’ai connu dans le passé. Avec mon mari, dès qu’on est face à un souci, on se parle. J’ai aussi appris à discuter avec ma fille ; nous parlons de santé sexuelle. Je suis vraiment fière d’elle parce qu’elle a eu son baccalauréat. Ici, c’est courant de voir des filles qui n’atteignent même pas la classe de terminale. Après le primaire ou le collège, on les donne en mariage. Moi-même, j’ai abandonné très tôt l’école.
Les hommes ont changé grâce à nos causeries sur les violences basées sur le genre et la santé sexuelle. Lorsqu’on convoque un rassemblement, je leur explique que les sujets que nous abordons sont des réalités et que nous devons en parler. Avant, les hommes rejetaient tout ce qu’on disait. Aujourd’hui, leur regard commence à changer. Pour faire évoluer les choses, il faut encore plus sensibiliser les hommes. »
Médard Ouédraogo
Médard Ouédraogo, 50 ans, est cultivateur et membre d’un comité d’alerte communautaire mis en place par Amnesty International et ses partenaires dans le village de Roumtenga, dans la province de Passoré au Burkina Faso, pour lutter contre les violences basées sur le genre. Il est également membre de l’Association pour la Promotion de la Femme et de l’Enfant (APFE).
« Je me suis engagé contre les violences basées sur le genre depuis mes premiers échanges avec l’APFE, il y a cinq ans. J’ai été touché par les sujets abordés car c’était ce que nous vivions. J’ai donc rejoint le comité d’alerte de Roumtenga.
Depuis qu’on a été sensibilisés aux mariages précoces et forcés, il y a un grand changement. Mais la sensibilisation doit aussi toucher les villages environnants.
Médard
Une femme pratiquait les mutilations génitales féminines dans notre village. Nous, les membres du comité d’alerte, nous sommes allés chez elle après avoir informé son mari et ses enfants de notre intention de discuter avec elle. Elle avait déjà fait de la prison et craignait qu’on l’arrête à nouveau. Nous avons adopté une approche humble et respectueuse. Nous lui avons expliqué les conséquences néfastes des MGF. Elle a été touchée par notre approche et s’est engagée à cesser son activité. Elle n’a plus pratiqué de mutilations génitales féminines jusqu’à son décès cette année.
Dans les cas de mariages précoces et forcés, dès que nous recevons l’information, nous agissons. Nous nous rendons dans la famille du prétendant ou du marié et leur expliquons qu’une fille qui n’a pas encore 18 ans ne doit pas se marier. Souvent les gens comprennent et acceptent. Lorsque la fille est déjà chez eux, ils nous disent qu’ils vont la ramener chez ses parents. Mais nous insistons pour la raccompagner nous-mêmes chez elle. Si l’homme refuse de laisser la jeune fille retourner dans sa famille, nous le dénonçons à la police ou aux services sociaux.
Depuis qu’on a été sensibilisés aux mariages précoces et forcés, il y a un grand changement. On ne donne plus les filles en mariage contre leur volonté. Mais la sensibilisation doit aussi toucher les villages environnants. Si Roumtenga a abandonné la pratique des mariages précoces et forcés, ce n’est pas le cas ailleurs. Ce sont des sujets qui me touchent. On montre l’exemple, on en est vraiment fiers. »
Pauline Kaboré
Pauline Kaboré, 45 ans, travaille à la direction provinciale de l’action humanitaire et de la solidarité nationale dans la province du Passoré, au Burkina Faso.
« Les cas de violences basées sur le genre que je rencontre le plus souvent sont les mariages précoces et forcés, les violences physiques et l’exclusion sociale, par exemple lorsque des femmes sont accusées de sorcellerie. Au total, nous recevons cinq à sept cas par semaine.
Je me souviens d’une jeune fille de 16 ans qui était sur le point d’être mariée de force. Elle est venue nous voir d’elle-même la veille de ses fiançailles pour une dénonciation. Elle a pu être prise en charge et protégée.
Depuis que j’ai commencé à travailler avec Amnesty International, j’ai changé mon approche. Une survivante qui vient nous voir est submergée par la peur et la tristesse, et manque de confiance en nous. Avant, je pensais qu’il fallait agir rapidement. Maintenant, je sais qu’il ne faut pas se précipiter. J’adapte mon ton et je la rassure en lui faisant comprendre qu’elle est entre de bonnes mains.
Lorsque je reçois une personne qui est dans une situation complexe, cela suscite des émotions en moi mais j’ai appris à les mettre de côté. Ma priorité est, qu’ensemble, on trouve des solutions. Si la survivante est consciente de sa situation et ne souhaite plus poursuivre le suivi, on est obligés d’arrêter. On ne force pas.
Le travail ne se limite pas seulement aux survivant·e·s. Nous travaillons aussi avec les familles et la communauté. Nous avons mené des sensibilisations et nous avons invité les leaders communautaires. Chez certains, on peut parler de méconnaissance de la loi, ils sont collés à leur tradition. Mais ils sont vraiment réceptifs à ce que nous disons.
Je suis parvenue à réinsérer des jeunes filles, à résoudre des problèmes de mariages forcés, à réconcilier des familles… Je peux dire qu’il y a de l’amélioration mais les VBG ont la peau dure. Pour les éradiquer, il y a du chemin. »
Mohamed Tejan Jalloh
Mohamed Tejan Jalloh est ambassadeur des droits humains dans la communauté de Konakry Dee, dans le district de Port Loko, au nord-ouest de la Sierra Leone. Âgé de 27 ans, il travaille comme enseignant et est bénévole depuis environ 10 ans dans sa communauté.
« Quand j’allais à l’école, j’ai vu des filles arrêter leur scolarité parce qu’elles étaient forcées de se marier. Les parents mariaient leurs filles à des pêcheurs car ils avaient de l’argent et de l’influence, même si ces filles étaient brillantes. Ils voyaient que les pêcheurs avaient deux ou trois bateaux, et ne prenaient en compte que le bénéfice immédiat qu’ils pouvaient en tirer. Tout cela est dû à la pauvreté. À l’époque, j’avais 16 ans. J’avais une amie qui a été victime d’un mariage précoce et cela m’a rendu triste. À partir de ce moment-là, j’ai décidé de faire du bénévolat et de défendre cette cause. Dans cette communauté, je suis désormais connu comme l’ambassadeur des droits humains.
Je m’engage à poursuivre tant que je vivrai.
Mohamed
Aujourd’hui, les mariages précoces ont diminué dans notre communauté. C’est difficile de faire changer les gens. Lorsque Amnesty International est arrivé dans notre village, la réaction de la communauté n’a pas été encourageante. Il y a eu beaucoup de confrontations entre les bénévoles et les parents. Mais nous avons réussi à les sensibiliser en leur faisant comprendre que si leurs filles avaient accès à l’éducation, elles allaient acquérir des connaissances et pourraient occuper une meilleure place dans la société.
En tant que bénévoles, nous nous rendons dans les écoles et organisons des sessions éducatives. Nous discutons également avec les leaders religieux musulmans pendant les prières du vendredi. Nous leur expliquons à quel point il est important de permettre aux enfants d’aller à l’école. Le chef de notre ville nous soutient également.
Nous sommes confrontés à certains défis. J’utilise un mégaphone, mais je ne peux toucher plus de 50 ou 60 personnes par séance de sensibilisation sur le terrain car il n’est pas assez puissant. Nous aimerions acheter des enceintes. L’accessibilité de notre ville est un autre défi. Lorsqu’un cas de violences basées sur le genre est signalé dans notre communauté, nous avons besoin de l’intervention de la police. Mais nos routes sont en mauvais état, ce qui peut ralentir les choses.
Certaines personnes continuent de critiquer ce que je fais et j’ai reçu des menaces. Mais je n’ai pas peur. Je m’engage à poursuivre tant que je vivrai. »
À travers un programme d’éducation aux droits humains mis en œuvre depuis 2017 au Burkina Faso, au Sénégal et en Sierra Leone, Amnesty International s’efforce, avec des organisations et partenaires locaux, de combattre les violences basées sur le genre (VBG) par l’éducation, la sensibilisation et le plaidoyer, en vue de faire évoluer les attitudes et les comportements et de contribuer à réformer la législation dans ces pays.
Les violences basées sur le genre nous concernent tou·te·s, mais ensemble, nous pouvons créer un monde plus sûr pour chacun·e.
Inscrivez-vous au cours en ligne d’Amnesty POUR affronter et combattre les violences basées sur le genre
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