La confirmation en appel de la condamnation de l’ancien premier ministre malien Moussa Mara, injustement condamné sur la base d’accusations sans fondement, est un affront à la justice, a déclaré Amnesty International aujourd’hui.

Moussa Mara, chef du parti d’opposition Yéléma, avait été arrêté le 1er août 2025. Il a été accusé d’« atteinte au crédit de l’État », d’« incitation au trouble à l’ordre public » et d’« opposition à l’autorité légitime » en raison d’une publication sur X exprimant sa solidarité avec des personnalités politiques et de la société civile détenues auxquelles il a rendu visite en prison.

« Le cas de Moussa Mara est emblématique des attaques constantes des autorités contre les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, ainsi que du mépris persistant pour l’état de droit et les obligations en matière de droits humains prévues par la Constitution malienne et les traités internationaux relatifs aux droits humains auxquels le pays est partie », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale.

« Nous sommes profondément préoccupés par le maintien de ces accusations fallacieuses et motivées par des considérations politiques. Nous appelons les autorités à annuler cette condamnation et cette peine sans fondement et à libérer immédiatement Moussa Mara. Elles doivent également libérer les autres personnes détenues uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits humains. »

La persécution de Moussa Mara s’inscrit dans une tendance plus large de répression de la part des autorités maliennes, qui n’hésitent pas à instrumentaliser le système judiciaire pour cibler leurs détracteurs.

Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

Une longue liste de détentions arbitraires

Le cas de Moussa Mara s’inscrit dans un contexte de détentions arbitraires et de disparitions forcées au Mali déjà dénoncées par Amnesty International. Ces dernières années, des journalistes, personnalités politiques et activistes ont été pris pour cible dans le cadre d’une répression visant les personnes perçues comme critiques.

L’activiste Rokiatou Doumbia, également connue sous le nom de « Rose Vie Chère » ou « Tantie Rose », et le journaliste radio et activiste Mohamed Youssouf Bathily, connu sous le nom de « Ras Bath », tous deux arrêtés en mars 2023, sont toujours détenus arbitrairement bien qu’ils aient purgé leur peine. Ils ont tous deux été accusés d’« atteinte au crédit de l’État » et d’« association de malfaiteurs », entre autres accusations sans fondement.

En septembre 2023, l’activiste et membre du Conseil national de transition Adama Diarra, connu sous le nom de « Ben le Cerveau », a été arrêté après avoir appelé au retour à un régime constitutionnel civil. Il a été accusé d’« atteinte au crédit de l’État » et condamné à deux ans de prison. Il est toujours en détention arbitraire. 

Les autorités maliennes doivent faire respecter l’état de droit et garantir les droits humains de tou.te.s dans le pays.

Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale

Clément Dembélé, activiste anti-corruption, a été arrêté en novembre 2023 après avoir été accusé d’avoir menacé de mort le chef de l’État Assimi Goïta et sa famille. Il est toujours détenu arbitrairement, bien qu’un juge d’instruction ait rejeté les accusations et demandé sa libération.

Issa Kaou N’Djim, un autre ancien membre du Conseil national de transition, a été condamné en novembre 2024 à deux ans de prison pour « offense commise publiquement envers un chef d’État étranger » après avoir remis en question une déclaration des autorités burkinabè. Il a été libéré après un an de détention arbitraire.

« La persécution de Moussa Mara s’inscrit dans une tendance plus large de répression de la part des autorités maliennes, qui n’hésitent pas à instrumentaliser le système judiciaire pour cibler leurs détracteurs. Au lieu de museler la dissidence pacifique, les autorités doivent faire respecter l’état de droit et garantir les droits humains de tou.te.s dans le pays », a déclaré Marceau Sivieude.

Contexte

Le 4 juillet 2025, Moussa Mara avait partagé un message sur X, rapportant avoir rendu visite à des personnalités politiques et de la société civile détenues. Dans son tweet, il exprimait sa « solidarité indéfectible » avec ces détenus, les qualifiant de « détenus d’opinion » et s’engageait à se battre « par tous les moyens pour que [le soleil apparaisse] », qualifiant la répression actuelle contre les voix critiques de « nuit ».

Les demandes de mise en liberté provisoire ont été rejetées tout au long de l’instruction. Moussa Mara avait été condamné en première instance en octobre 2025 à deux ans de prison, dont un ferme, et à une amende de 500 000 francs CFA (762 euros), dont 1 franc symbolique à l’État malien.

Le Mali est gouverné par des autorités militaires depuis 2021. La transition, qui devait durer 18 mois, a été prolongée. En avril 2025, le gouvernement a annoncé la dissolution de tous les partis politiques et la prolongation de la transition pour une nouvelle période de cinq ans.  

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