Nos débuts

Depuis 2017, Amnesty International utilise l’éducation aux droits humains (EDH) pour sensibiliser et lutter contre les mutilations génitales féminines (MGF) et les mariages précoces ou forcés, dans plus de 60 communautés au Burkina Faso, au Sénégal et en Sierra Leone. En 2024, à travers le programme « Autonomiser les communautés pour lutter contre les violences basées sur le genre » (2024-2026), nos actions se sont élargies pour inclure toutes les formes de violence, réaffirmant ainsi notre engagement pour des communautés plus sûres en Afrique de l’Ouest.

Zones d’intervention

Notre approche

L’éducation aux droits humains (EDH) est une des stratégies clés d’Amnesty International pour donner aux individus les moyens de développer leurs connaissances et compétences pour favoriser l’égalité, la dignité et le respect, tant au sein de leurs communautés que dans la société en général. Elle permet notamment de lutter contre les violences basées sur le genre (VBG) en améliorant la compréhension de ses causes profondes et en encourageant des changements positifs dans les comportements et les mentalités.

Si les lois et les politiques sont essentielles pour combattre les VBG, leur efficacité repose sur une action coordonnée à tous les niveaux de la société et des institutions. C’est pourquoi Amnesty International forme des professionnel·les qui sont présent·es dans les communautés où nous intervenons, afin qu’ils et elles deviennent des acteurs clés de prévention des VBG et de soutien aux victimes et survivantes.

Renforcer les connaissances grâce aux acteur·ices communautaires

Les enseignant·es, professionnel·les de santé et journalistes sont des acteurs essentiels du changement. En intégrant l’éducation aux droits humains dans leurs pratiques, ils et elles peuvent contribuer à prévenir les violences basées sur le genre et à construire un monde plus sûr et plus juste pour les femmes, les filles et les jeunes. C’est pourquoi ce programme accompagne les Coordinateur·ices Education Droits Humains (EDH) d’Amnesty International dans trois pays, dans leur collaboration avec ces professionnel·les de terrain.

Moussa Ouedraogo, Coordinateur EDH chez Amnesty International Burkina Faso, lors d’une activité de Razzball organisée pour sensibiliser aux violences basées sur le genre dans une école primaire. Région des Hauts-Bassins, Burkina Faso, mai 2024. © Amnesty International Burkina Faso
Aminata Dieye, Coordinatrice EDH chez Amnesty International Sénégal, lors d’une session de formation sur les droits humains et les violences basées sur le genre dans une école primaire. Région de Tambacounda, Sénégal, décembre 2024. © Léna Bury/Amnesty International  
Emmanuel Sattie, Coordinateur EDH chez Amnesty International Sierra Leone, lors d’une rencontre avec les leaders communautaires. District de Port Loko, Sierra Leone, janvier 2025. © Habibatou Gologo/Amnesty International

Les enseignant·es, des modèles respectés

Les enseignant·es sont souvent les premier·es témoins des violences à l’école et jouent également un rôle clé en tant que figures de confiance pour les élèves confronté·es à des abus en dehors de l’école. Grâce à une formation sur les droits humains et les violences basées sur le genre, ils et elles peuvent renforcer leurs connaissances et mieux accompagner leurs élèves tout en créant des liens avec la communauté. La formation, qui peut durer d’un à trois jours selon le contexte, est organisée en plusieurs modules couvrant les droits humains, les droits de l’enfant, les mécanismes de protection des droits des filles et des femmes, la prévention des abus, les violences basées sur le genre et la protection de l’enfance. Amnesty International privilégie des méthodes participatives comme le travail en groupe, le dessin, les projections de films, les débats et les jeux. Ces méthodes permettent non seulement de transmettre les connaissances de manière ludique, mais aussi de renforcer les compétences des enseignant·es en les initiant à de nouvelles approches pédagogiques qu’ils et elles pourront ensuite mettre en pratique avec leurs élèves. Rigobert Kaly Boubane, qui faisait partie d’un groupe de 20 enseignant·es de la communauté de Tabadian Dialico formé par Amnesty International Sénégal, se sent aujourd’hui mieux préparé pour faire face à ces enjeux difficiles et aider ses élèves.

« La formation était très intéressante et riche en informations. J’ai appris beaucoup de choses que je ne connaissais pas. C’est vrai que je savais déjà certaines choses sur les droits humains et les droits de l’enfant, mais il y avait d’autres notions que je n’avais pas bien comprises, comme les violences basées sur le genre – je confondais le genre et le sexe – mais aujourd’hui, j’en ai une compréhension claire. » Rigobert Kaly Boubane, directeur d’école et enseignant en classe de CM2 

Formation sur les VBG avec des enseignant·es dans une école primaire de la région de Tambacounda, Sénégal © Léna Bury/Amnesty International
Formation sur les VBG avec des enseignant·es dans une école primaire de la région de Tambacounda, Sénégal © Léna Bury/Amnesty International 

Dans les trois pays, les enseignant·es sont des partenaires clés pour soutenir l’apprentissage et les actions de lutte contre les VBG. Au Burkina Faso, par exemple, une autre méthode utilisée pour sensibiliser aux violences basées sur le genre à l’école consiste à organiser des parties de Razzball1 entre élèves, ainsi qu’entre élèves et enseignant·es. En mai 2024, plus de 150 élèves et enseignant·es ont participé à cette activité. Ces événements offrent un espace d’échanges entre élèves, parents et enseignant·es sur les causes et les conséquences des VBG. L’enthousiasme suscité par cette initiative a même poussé la communauté éducative à organiser des compétitions interscolaires pour déterminer quelle école deviendrait championne de la lutte contre les VBG au Burkina Faso. 

Joueur·ses de Razzball dans la région des Hauts-Bassins, Burkina Faso, mai 2024.© Amnesty International Burkina Faso 

En Sierra Leone, grâce aux formations et aux activités de sensibilisation menées au sein des communautés, les enseignant·es ont organisé avec les élèves la réalisation de banderoles et d’affiches, ainsi que la distribution de tracts dans leurs écoles et quartiers, pour revendiquer l’égalité des droits et la justice pour les enfants et les femmes.

Défilés dans les écoles en Sierra Leone, novembre 2024. © Amnesty International Sierra Leone 

En 2024, ce programme a permis de toucher plus de 250 enseignant·es au Burkina Faso, au Sénégal et en Sierra Leone, grâce à des formations ciblées et à des activités de sensibilisation au sein des communautés. 

Les sage-femmes, un soutien essentiel pour les femmes

Les sage-femmes jouent un rôle clé en sensibilisant les mères aux dangers des violences basées sur le genre, y compris les mutilations génitales féminines et les mariages précoces. Grâce aux formations proposée par le programme, les professionnel·les de santé sont désormais mieux préparé·es à détecter les cas de VBG et à apporter un soutien aux femmes. Les évaluations finales de ces formations ont montré que les participant·es avaient acquis une meilleure compréhension des notions liées au genre, des différentes formes de violence, des droits sexuels et reproductifs, ainsi que des attitudes et comportements appropriés à adopter lorsqu’ils et elles interagissent avec des victimes ou survivantes de violence basée sur le genre. Au Sénégal, les sage-femmes et matrones2 formées ont lancé des initiatives de sensibilisation et de prévention, tout en orientant les femmes et les filles vers des services de soutien, créant ainsi une passerelle essentielle pour les survivantes de VBG afin d’accéder à l’aide dont elles ont besoin. 

Formation sur les VBG avec des infirmières, matrones et sage-femmes dans la région de Sédhiou, Sénégal © Aminata Dieye/Amnesty International Sénégal

Dans la région de Sédhiou, une rencontre organisée avec des imams a permis aux sage-femmes de montrer les liens entre la violence basée sur le genre (comme la violence physique et sexuelle) et la santé sexuelle et reproductive des filles et des femmes. L’existence de lois contre la violence, la criminalisation du viol et les conséquences de la complicité, y compris la pression exercée sur les parents et les victimes, ont été abordées. L’importance de l’engagement des imams dans la sensibilisation, à travers leurs sermons et lors des cérémonies religieuses, a été soulignée comme une contribution majeure à l’éradication des VBG au Sénégal.

Rencontre entre des imams et des sage-femmes, région de Sédhiou, Sénégal © Aminata Dieye/Amnesty International Sénégal 

Dans la région de Fatick, après avoir participé à une formation, une sage-femme a animé trois sessions de sensibilisation sur les violences basées sur le genre et les droits sexuels et reproductifs auprès de 45 adolescentes. Dans une autre région, une infirmière en chef ayant également suivi la formation a mené trois sessions pour 90 femmes. En 2024, dans le cadre de ce programme, plus de 70 professionnel·les de santé ont été formé·es au Burkina Faso, au Sénégal et en Sierra Leone.

Les journalistes, des relais clés d’information

Les journalistes jouent un rôle crucial pour sensibiliser le grand public aux violences basées sur le genre. Dans le cadre de ce programme, Amnesty International s’est engagé auprès d’eux pour renforcer leurs connaissances sur les impacts néfastes des VBG, notamment les mutilations génitales féminines et les mariages précoces ou forcés. Au Burkina Faso, Amnesty International organise des sessions de formation conjointes pour les journalistes et les professionnel·les de santé sur les droits humains et les VBG. Cette initiative permet de créer des liens entre ces deux professions, renforçant ainsi l’impact des actions de sensibilisation au sein des communautés. À l’issue de ces formations, des journalistes ont invité des infirmières à participer à des émissions radio. Ces émissions ont permis aux professionnelles de santé d’expliquer les conséquences à court et long terme des mutilations génitales féminines, des avortements non sécurisés liés à l’usage de remèdes traditionnels (herbes, plantes, potions), des agressions sexuelles, ainsi que des grossesses précoces. Diffusées dans des communautés isolées, ces émissions offrent également la possibilité aux auditeur·ices d’appeler pour témoigner ou poser des questions. 

À travers ses articles et ses émissions radio, Michel Bancé, journaliste dans une radio locale, met en lumière le rôle des leaders communautaires et des autorités dans la prévention de la violence, la promotion de la responsabilité et l’information des victimes sur les ressources et le soutien juridique disponibles. Il contribue à faire évoluer les mentalités, à réduire l’impunité et à diffuser des informations sur les recours et aides existants pour les victimes.  

Formation sur les VBG avec les journalistes et les professionnels de santé, province de Zoundwéogo, Burkina Faso  
© Moussa Ouedraogo/Amnesty International Burkina Faso 

En Sierra Leone, les formations sur les droits humains et les VBG touchent un public encore plus large : des leaders communautaires, professionnel·les de santé, journalistes et agents des forces de l’ordre, jusqu’aux leaders religieux et autres acteurs locaux. Selon le Coordinateur EDH, ces formations constituent une occasion de renforcer et d’approfondir les partenariats entre ces différents acteurs afin de lutter plus efficacement contre les VBG au niveau communautaire. En 2024, dans le cadre de ce programme, plus de 40 journalistes ont été sensibilisés au Burkina Faso, au Sénégal et en Sierra Leone. 

Résultats et impact depuis 2020 

Depuis 2020, le travail d’Amnesty International a touché des milliers de personnes en Afrique de l’Ouest, renforçant leur compréhension des violences basées sur le genre et leur donnant les compétences et les outils nécessaires pour agir dans leurs professions et au sein de leurs communautés. 

  • Plus de 40 000 professionnel·les ont été formé·es 
  • Environ 830 actions communautaires ont été menées dans les trois pays par les personnes ayant bénéficié des formations 
  • Plus de 52 Clubs de droits humains ont été créés dans les écoles pour sensibiliser les élèves 

Entre 2020 et 2023, ce travail a permis le signalement de près de 70 cas d’excision, de mariages d’enfants et d’autres formes de violences, l’ouverture de 20 enquêtes policières, l’engagement de 9 poursuites judiciaires et l’accompagnement direct de 16 survivantes. Le programme a également contribué au renforcement les cadres juridiques au Burkina Faso et en Sierra Leone. Ces résultats montrent qu’en développant les connaissances, les compétences et la capacité d’agir grâce à l’éducation aux droits humains, il devient possible de lutter efficacement contre les VBG. Amnesty International est convaincu que ce sont les actions communautaires qui auront l’impact le plus fort pour permettre aux filles et aux garçons de grandir à l’abri de la violence.

Quelques données sur l’ampleur des VBG dans la région

Selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), en Afrique de l’Ouest et du Centre, entre 10 % et 30 % des femmes âgées de 15 à 49 ans ayant déjà vécu en couple ont subi des violences physiques et/ou sexuelles au cours de l’année écoulée. 

Les pratiques néfastes telles que les mutilations génitales féminines (MGF) et le mariage d’enfants restent particulièrement répandues dans la région.  

  • La prévalence des MGF est de 75,8 % au Burkina Faso, 23,3 % au Sénégal et 83 % en Sierra Leone. 

Témoignages 

Sénégal: Sénégal. À la rencontre d’une activiste féministe qui sensibilise les communautés et soutient les survivantes – Amnesty International 

« J’ai été excisée à l’âge de 10 ans. Maintenant je milite contre les mutilations génitales féminines au Sénégal »   – Amnesty International 

Burkina Faso, Sénégal et Sierra Leone : Cinq militant·e·s dénoncent les violences basées sur le genre et font la différence en Afrique de l’Ouest – Amnesty International 

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