A six mois de l’élection Présidentielle, Amnesty International France a sollicité de nombreuses personnalités pour interpeller celui ou celle qui remportera l’élection présidentielle sur la précarité des travailleurs et travailleuses étrangères en France. Dans une Lettre ouverte publiée ce jour dans la version imprimée du journal Le Parisien et sur le site des Échos, de nombreuses personnalités rappellent l’activité nécessaire effectuée par les personnes étrangères travaillant en France, dans des secteurs essentiels pour l’économie (BTP, restauration, santé, assistance à la personne), et aujourd’hui plongés dans une insécurité croissante en raison d’une accumulation de mesures administratives de plus en plus contraignantes, qui rend toujours plus difficile l’obtention ou le renouvellement de leurs titres de séjour.
Ils et elles se retrouvent dès lors souvent en situation irrégulière, faute d’un traitement adéquat ou dans les temps de leur dossier. De sorte que l’Etat finit par générer ses propres sans-papiers.
C’est cette situation, attentatoire à leurs droits, que plusieurs dizaines de professionnels, patrons, collègues, artistes, ou acteurs de la société civile ont choisi de rappeler dans cette Lettre ouverte publiée ce jour. Pour, enfin, plus de stabilité pour les personnes étrangères.
Texte intégral de la Lettre ouverte
Au futur Président ou à la future Présidente de la République,
En mai 2026, le Conseil d’État donnait à l’État français six mois pour remédier aux dysfonctionnements qui privent des milliers de personnes étrangères d’un accès effectif à leurs droits.
Dans six mois, la France élira son prochain président ou sa prochaine présidente.
Entre ces deux échéances, une réalité est criante : des milliers de vies sont suspendues à des procédures administratives défaillantes. Alors qu’en avril le gouvernement annonçait un plan pour réduire de moitié les délais de traitement des titres de séjour, les préfectures comptent des centaines de milliers de dossiers en attente.
Des centaines de milliers de personnes étrangères en situation régulière qui vivent dans l’attente et la peur de perdre leur emploi, leur logement et leurs droits. Ces personnes travaillent, étudient, élèvent leurs enfants, créent, soignent, tissent des amitiés depuis parfois plus de trente ans. Pourtant, au quotidien, un rendez-vous toujours inaccessible, un dossier bloqué pendant des mois ou un titre de séjour expiré avant même d’arriver peut mettre en péril leur emploi, leur logement, leur avenir.
Le gouvernement actuel dispose encore de quelques mois pour agir.
Mais, à six mois de l’élection présidentielle, nous nous adressons également à vous, qui gouvernerez le pays en 2027.
- Nous, personnes étrangères, sommes épuisées par l’angoisse et le manque de stabilité dus à toutes ces procédures administratives pourtant effectuées en temps et en heure, les risques induits de perdre notre travail et donc notre logement, l’impossibilité que cela engendre de nous projeter dans l’avenir, créant un véritable obstacle à notre intégration à la société française.
- Nous, employeurs de secteurs souvent essentiels, perdons des salariés à cause de procédures dont personne ne maîtrise les délais. Nous n’avons pas la capacité de pérenniser des postes de salariés que nous estimons, en raison de la précarité de la durée de leurs titres de séjours.
- Nous, professionnels des services publics, subissons les conséquences du système de titres de séjours précaires dans nos administrations, nos hôpitaux, nos crèches et tribunaux.
- Nous, associations, syndicats et avocats, pallions chaque jour les conséquences d’un système qui fragilise des milliers de vies : exploitation au travail, santé mentale brisée, stress devant l’incertitude de l’aboutissement des démarches, cercle vicieux d’instabilité. Une souffrance pourtant évitable.
- Nous, chercheurs et chercheuses, observons les effets bien documentés d’une défaillance administrative qui alimente toujours plus la précarité plutôt qu’elle ne la résout. Nous alertons aussi sur l’écart croissant entre les réalités documentées et certaines représentations véhiculées dans le débat public.
- Nous, artistes et acteurs du monde culturel, savons ce que notre société perd lorsque des talents sont empêchés de travailler, créer ou simplement vivre sereinement. Et quand les cultures ne peuvent plus dialoguer. Empêcher ce dialogue, ou en restreindre les conditions, revient à appauvrir la création elle-même.
- Nous, la société civile, sommes aussi des voisins, des collègues, des amis, des parents d’élèves, solidaires. Nous sommes la société française.
Nous refusons que la réalité vécue par des centaines de milliers de personnes étrangères continue d’être éclipsée par des récits qui alimentent les peurs plutôt que les solutions. Des solutions existent.
Au futur Président ou à la future Présidente de la République,
Votre quinquennat peut mettre fin à cette précarité.
Premiers signataires
Anne Savinel-Barras, Présidente d’Amnesty International France ; Dr Jean-François Corty, Président de Médecins du Monde ; Alessandra Montagne Gomes, cheffe de cuisine ; Sophie Binet, Secrétaire générale de la CGT ; Sophie Binet, Secrétaire générale de la CGT ; Zaef Maiga, humoriste ; Zaef Maiga, humoriste ; Marylise Léon, Secrétaire Générale de la CFDT ; Arnaud Bontemps, fonctionnaire et co-porte-parole du collectif Nos services publics ; François Héran, démographe, Collège de France ; Mélissa Theuriau, journaliste et productrice ; Lauren Bastide, journaliste, autrice et podcasteuse ; Yasmine Riffi Tamsamani, Ciéf (Collectif des intermittent.es étrangèr.es en France) ; Aline Chanu, avocate au barreau de Paris, Syndicat des avocats de France (SAF) ; Sarah Cerange, Responsable Plaidoyer & Activisme pour B Lab France ; Jean-Marc Ayrault, Président de la Fondation Jean-Jaurès, ancien Premier ministre ; Guillaume Meurice, humoriste ; Julien Jourdan, directeur général de la Fédésap ; Syndicat JACI (Justice Administrative Collective et Indépendante) ; Nader S. Ayache, réalisateur et chercheur en cinéma ; Patricia Hyvernat, Présidente de Patrons solidaires ; Thierry Pech, Directeur général de Terra Nova ; Benoît Hamon, Directeur général de SINGA Global et Président d’ESS France ; Mauro Colagreco, Chef restaurant Mirazur ; Najat Vallaud-Belkacem, Présidente de France terre d’asile ; Patrick Berdugo, Morade Zouine, Anaïs Place, co-présidents de l’ADDE – Avocats pour la défense des droits des étrangers ; Albert Moukheiber, Docteur en neurosciences, psychologue clinicien ; Edouard Pick, PDG de Clinitex ; Shreya Parikh, Sciences Po Paris ; Youssouf Kamara, Président d’AMAL ; Nadine Camp et Matthieu Tardis, co-fondatrice et co-fondateur de Synergies migrations ; Isabelle Richard, présidente de la FEP ; Julie Ferrua et Murielle Guilbert, co-déléguées de l’Union syndicale Solidaires ; Sylvie Guillaume, Présidente de Forum Réfugiés ; Victor Sebag, Fondateur et DG du groupe Ouihelp ; Didier Duriez, Président du Secours Catholique Caritas-France ; Chrystèle Gimaret, CEO de Ekoklean on Demand ; Bruno Morel, Président d’Emmaüs France ; Lotfi Ouanezar, Directeur Général d’Emmaüs Solidarités ; Guillaume Rossignol, Directeur de JRS France ; Christian Rollet, Président du Groupe Accueil et Solidarité ; Anne de Bayser et Jean Marc Borello, co-présidents du Groupe SOS ; Geneviève Jacques, Présidente de l’association Femmes de la Terre ; Camille Schmoll, directrice d’études à l’EHESS ; Serge Slama, professeur de droit public, Université Grenoble-Alpes, CRJ ; Perin Emel Yavuz, secrétaire générale de Désinfox-Migrations ; Marie-Yemta Moussanang, Podcast Afrotopiques ; HK, Rappeur et chanteur français ; Jamal Ouazzani, auteur, poète, conférencier et militant pour les droits humains ; Augustin Jaclin, Président de Lemon Tri ; Alexandre Bellity, Fondateur de Cleany ; Bilal Diakité, président de Ciel (Collectif pour l’insertion et l’émancipation des livreurs) ; Hicham, personne étrangère travaillant en France ; Mathieu Bellahsen, psychiatre et lanceur d’alerte ; Camille Teste, journaliste et autrice ; Deux agents des ministères sociaux