De jeunes activistes féministes dénoncent les violations des droits des femmes et des personnes LGBTI+. Non sans risques.
Extrait de La Chronique de mai 2025 # 462
— De nos envoyés spéciaux : Léa Polverini (texte), Robin Tutenges/Hors Format (photos) et Aidai Tokoeva (fixeuse).
Annara, psychologue de 48 ans et gérante de l’un des foyers de Sézim (voir p. 19) depuis vingt-deux ans, se veut optimiste. Les campagnes de sensibilisation sur Internet et à la télévision commencent à porter leurs fruits. « Les jeunes femmes sont mieux informées qu’avant, elles savent que ces violences ne sont pas normales et les refusent. Au centre, nous recevons de moins en moins de victimes d’enlèvement, seulement quelques cas par an. » L’ala kachuu reste enraciné dans le Sud, où le conservatisme et la religion renforcent le contrôle des hommes sur les femmes. Mais dans la capitale, Bichkek, des voix féministes et contestataires s’élèvent contre les violations des droits des femmes et des personnes LGBTI+.
Activistes queers et féministes se réunissent secrètement dans des bars cachés dans des sous-sols. Nous descendons dans l’un de ces bars, connus seulement par le bouche-à-oreille. Un escalier étroit conduit vers un sas équipé de caméras de surveillance, il faut donner à la gérante un mot de passe pour entrer. Nous retrouvons une chanteuse et artiste de théâtre de 26 ans, féministe engagée. Un combat difficile : elle nous apprend que la police a menacé ses parents de prison ou de licenciement à cause de son activisme. « Le Kirghizistan était surnommé “l’îlot de la démocratie” en Asie centrale, mais peut-on encore le dire ? Sur le papier, des lois protègent les femmes, l’égalité homme-femme est inscrite dans la Constitution. Mais, en réalité, je ne connais personne dont l’agresseur a été condamné après une plainte pour enlèvement ou viol. » Pourtant, elle nuance : « Les choses bougent. Les femmes deviennent plus fortes, une sororité se développe et commence à défier les traditions et le gouvernement. »
« Les médias occidentaux adorent parler de l’ala kachuu parce que c’est sensationnel :nCela renforce une vision raciste et néocoloniale du pays »
— Janna Araeva, militante de Bichkek Feminists Initiatives
Ces militantes engagées au sein d’associations féministes dénoncent la persistance de l’ala kachuu et l’adoption d’une série de lois contre la communauté LGBTI+ : interdiction de changer de genre
(2020), loi de « protection des mineurs contre la propagande LGBT » (2023) © Hors Format
Dans le sud de la capitale, nous rencontrons Janna Araeva, militante de Bichkek Feminists Initiatives, qui a contribué à l’organisation de la marche du 8 mars pour la Journée internationale des droits des femmes. Elle nous met en garde contre les préjugés qui simplifient une culture complexe et ignorent les efforts locaux pour lutter contre les violences faites aux femmes : « Les médias occidentaux adorent parler de l’ala kachuu parce que c’est sensationnel : “Regardez ces sauvages qui kidnappent leurs femmes !” Cela nourrit une vision raciste et néocoloniale. En se focalisant sur ces stéréotypes, on occulte nos actions pour changer les mentalités et combattre toutes les violences faites aux femmes. »
