Extrait de La Chronique 474, août 2026
– Par Véronique de Viguerie, à Kaboul (Afghanistan), en collaboration avec Le Figaro Magazine
Depuis 5 ans, les Afghanes sont plongées dans le cauchemar et l’oubli. Depuis la prise du pouvoir par les talibans le 15 août 2021, les femmes subissent une répression généralisée. Dans un pays où les autorités façonnent la vie privée, les relations et les choix les plus intimes, l’amour devient un acte de résistance. La photographe Véronique de Viguerie a choisi de redonner un visage à cette résistance silencieuse.
Mursal a 25 ans. En plaisantant, elle se présente à moi comme déjà « périmée ». Pourtant, cette jeune Afghane est vive, cultivée, belle… Son tort ? Être amoureuse d’un homme de deux ans plus jeune qu’elle dans un pays sous la férule des talibans. De retour au pouvoir depuis août 2021, le régime contrôle les rues, les écoles, les corps. Pour Mursal, chaque rencontre avec son amoureux demande des heures de préparation. Il lui faut échapper à la surveillance des parents, des frères, des voisins, mais aussi éviter les patrouilles et les agents du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice. Des semaines d’attente pour quelques minutes passées ensemble. Hier, le couple communiquait par WhatsApp. Mais le régime limite l’acquisition de smartphones, et ces échanges sont devenus presque impossibles. La ségrégation entre hommes et femmes est quasi totale. Comment tomber amoureux d’une personne que l’on n’a jamais le droit de croiser ?
C’est sans doute pour cela que les mariages d’amour auxquels j’ai assisté à Kaboul en mai dernier m’ont autant bouleversée. Lors de ces mariages collectifs, plus d’une centaine de couples convolaient par choix. Les organisateurs savaient jusqu’où aller : en présence des inspecteurs du ministère de la Vertu, ils respectaient scrupuleusement les règles. Mais dès que la vigilance officielle se relâchait, ils accordaient quelques libertés pour que cette journée ressemble à une véritable fête, que les jeunes mariés en conservent un souvenir heureux.
Ces mariages ne sont pas anecdotiques. Ils sont des actes de résistance silencieuse. Parce que chaque couple construit sur l’amour plutôt que sur la contrainte porte la possibilité d’une relation différente entre les femmes et les hommes. Plus de respect. Plus d’égalité. Plus de liberté.
© Véronique de Viguerie
Les quinze couples se marient lors d’une cérémonie commune. Chacun de ces mariés a choisi son partenaire. Mais le décret adopté par les talibans le 26 mai 2026 autorisant le mariage des enfants risque de réduire encore l’espace de liberté des couples.
© Véronique de Viguerie
Les possibilités de rencontres amoureuses sont quasi nulles. La mixité existait dans certains établissements scolaires, mais depuis le retour des talibans au pouvoir, les filles sont exclues de l’enseignement secondaire et universitaire.
© Véronique de Viguerie
Nilab vit une histoire d’amour impossible depuis douze ans avec un veuf. Ancien collaborateur de la République, cet homme est recherché par les talibans. Pour lui, Nilab s’est fait tatouer par une amie cette promesse en anglais : « Je serai là pour toi. »
© Véronique de Viguerie
Mashal (en bleu), 28 ans, cuisine avec ses sœurs, Madina, Mujda et Mursal (de gauche à droite). Parti en France, son mari l’a abandonnée à sa belle-famille, où elle a été maltraitée. Elle ne peut demander le divorce. Un interdit de plus qui vient s’ajouter à d’autres : se rendre dans un parc, parcourir seule plus de 72 kilomètres, parler en public…
© Véronique de Viguerie
Avant leur mariage, les couples assistent dans un théâtre à un séminaire sur la santé reproductive. Seules les mariées et leurs belles-mères suivent la conférence d’une gynécologue.
© Véronique de Viguerie
Maquillages, gâteaux, petits cadeaux et cœurs en carton…Dans une maison prêtée pour l’occasion, des volontaires décorent les voitures des futurs époux. Sur les cœurs, il est écrit : « Sous la protection de votre Sainte Maison ».
© Véronique de Viguerie
Chaque couple a le droit d’inviter jusqu’à 45 membres de sa famille. Femmes et enfants sont séparés des hommes par un long paravent. Ensemble, ils regardent la cérémonie sur un écran.
© Véronique de Viguerie
Avant d’entrer dans la salle de réception, hommes et femmes ont été fouillés. Les attentats revendiqués par la branche de Daech en Afghanistan sont en recrudescence. Au premier plan, l’homme à l’écharpe est un volontaire venu prêter main-forte pour organiser ce mariage de 100 couples.
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