Rassemblement en Turquie en soutien à la communauté LGBTI+
Des personnes, encerclées par des policiers en civil, se rassemblent devant le « Palais de la Justice », en signe de solidarité avec la communauté LGBTQ+, à Istanbul, en Turquie, le 15 septembre 2026.
© Dilara Senkaya / REUTERS

Depuis le 12 septembre 2026, les autorités turques mènent une nouvelle vague de répression contre la communauté LGBTI+. Plus de 60 personnes ont été arrêtées et des dizaines d’organisations ont été ciblées par la police. Le 18 septembre 2026, nous nous joignons aux mobilisations partout dans le monde et en France pour manifester notre solidarité.  

Depuis une semaine, une série d’opérations policières coordonnées vise les militant·es et organisations LGBTI+ en Turquie. L’opération baptisée « Ma famille est en sécurité » a mené à l’arrestation d’une centaine de personnes à Ankara et Istanbul. On vous explique ce qu’il se passe en Turquie et pourquoi c’est une étape inquiétante vers de nouvelles dérives autoritaires dans le pays.  

mobilisons-nous

Face à cette répression sans précédent, on sera présent·es aux côtés de l’inter-LGBT ce vendredi 18 septembre pour soutenir la communauté LGBTI+ de Turquie. Objectif : rejoindre le mouvement international de mobilisation et contraindre les autorités à libérer les personnes détenues. Rendez-vous : 

Vendredi 18 septembre 2026, à 19h  

Place de la Bolivie, dans le 17e arrondissement de Paris 

1. Arrestations, perquisitions, détentions… Que se passe-t-il en Turquie depuis plusieurs jours ?  

Depuis le 12 septembre 2026, les autorités turques mènent une vague de répression contre la communauté LGBTI+.  

Plus de 60 personnes ont été arrêtées dans 15 provinces à la suite de perquisitions menées dans les locaux d’organisations de défense des droits des personnes LGBTI+. Au moins 23 personnes ont été placées en détention provisoire et des enquêtes pénales ont été ouvertes à l’encontre de plus de 160 personnes. 

En parallèle, plus de 180 comptes sur les réseaux sociaux d‘organisations et militant·es LGBTI+, de journalistes et de médias ont été bloqués ou soumis à des restrictions, de même qu’un certain nombre de sites web.  

Parmi les comptes concernés figure le compte X d’Amnesty International Turquie. La section a reçu un email de X le 14 septembre 2026 l’informant que son compte X (@aforgutu) avait été bloqué, à la suite d’une décision communiquée par la Présidence de la cybersécurité.  

Le compte reste accessible depuis l’étranger. Sur place, Amnesty Turquie a lancé un nouveau compte X : @amnestyTR

2. Comment ont réagi les autorités face aux mobilisations en soutien à la communauté LGBTI+ ?  

Depuis cette vague d’arrestations, tout soutien aux personnes et organisations prises pour cibles par les autorités est systématiquement réprimé.  

Le 14 septembre 2026, le ministère de la Justice a adressé une circulaire à 175 procureurs généraux dans l’ensemble des 81 provinces turques. Le ministère appelle à punir tout contenu ou activité jugés contraires à la « morale publique » et « préjudiciables aux familles, aux enfants et aux jeunes ».  

Le même jour, la police aurait utilisé du gaz poivré contre des manifestant·es à Izmir. Deux personnes ont été interpellées puis relâchées. Plus tôt dans la journée, la police a encerclé un groupe de manifestant·es rassemblé·es devant le palais de justice d’Istanbul, avant qu’ils n’aient pu lire leur communiqué de presse. Plus de 95 personnes auraient été interpellées.

3. Quelle est la situation des droits et les libertés des personnes LGBTI+ en Turquie ?  

La répression des personnes LGBTI+ n’est pas nouvelle en Turquie. Depuis 2015, l’hostilité envers la communauté LGBTI+ ne cesse de prendre l’ampleur. La parole publique s’acharne, à travers des discours homophobes, transphobes et sexistes.  

Plusieurs projets de loi ont par ailleurs mis gravement en péril les droits des personnes LGBTI+ dans le pays. Depuis plus de 10 ans, les marches des fiertés sont systématiquement interdites. En parallèle, les autorités turques mènent une véritable stratégie de harcèlement contre les organisations LGBTI+, sous prétexte « de protéger les valeurs familiales ».  

En décembre 2025, les autorités ont aussi ordonné la dissolution de l’association Genç. En cause : la diffusion de contenus jugés « obscènes », contraires aux « valeurs morales » et incitant « des membres de la société à adopter des comportements lesbiens, gays, bisexuels, travestis ou transsexuels ».   

Plusieurs membres de l’organisation ont également été jugé·es, pour avoir enfreint l’article 41 de la Constitution turque portant sur la protection de la famille et des droits des mineur·es. Nous nous sommes mobilisé·es pour les soutenir.  

4. En quoi ces nouvelles attaques sont symptomatiques d’une montée des pratiques autoritaires dans le pays ?  

La répression des personnes LGBTI+ s’inscrit dans le cadre d’une montée en puissance des pratiques autoritaires dans le pays. Le système judiciaire est détourné pour criminaliser les défenseur·es des droits des personnes LGBTI+ ainsi que pour porter atteinte à la liberté d’association, d’expression et de manifestation.  

Derrière, c’est toute l’opposition qui est ciblée. L’arrestation du maire d’Istanbul, principal leader de l’opposition le 19 mars 2025, est symptomatique de cette répression systématique. Son arrestation avait provoqué une vague de mobilisation dans tout le pays. Un soulèvement violemment réprimé, à coup d’arrestations massives, censure numérique, et de recours disproportionné à la force pour saper les mobilisations. 

Dans le même temps, la presse est censurée, les journalistes sont emprisonnés, les défenseur·es des droits humains poursuivis, et les responsables politiques de l’opposition ciblé·es de manière systématique. La législation est instrumentalisée pour intimider, harceler et réduire au silence.   

5. Face à cette répression croissante, comment s’organise la résistance ?   

Ces dernières années, nous nous sommes particulièrement mobilisé·es pour défendre les personnes ciblées par les autorités turques. Grâce à cette mobilisation, nous avons obtenu des victoires notoires : 

  • Le 6 juin 2023, quatre militants turcs des droits humains, dont Taner Kılıç, l’ancien président d’Amnesty International Turquie, ont été acquittés. Ils étaient poursuivis pour leur engagement dans des organisations de défense des droits humains. La plupart étaient accusés « d’assistance à une organisation terroriste ». Ils risquaient la prison uniquement en raison de leur militantisme pacifique.  

Le 12 mai 2026, Defne Güzel, défenseure des droits des personnes LGBTI+ et présidente de l’Association du 17 mai, a été acquittée lors de la première audience de son procès. Elle était poursuivie en raison de contenus publiés sur le site Internet et les plateformes de réseaux sociaux de l’association qui, selon les autorités, allaient au-delà des objectifs affichés par l’association. Le parquet avait requis une peine d’emprisonnement d’un à trois ans, une amende et la possible dissolution de l’association. Le tribunal a conclu que « les éléments attestant de l’infraction présumée n’étaient pas présents », mettant ainsi un terme aux poursuites intentées contre Defne Güzel. 

Nos demandes 

Le 13 septembre 2026, Amnesty International a signé une déclaration commune du Réseau de solidarité pour les défenseurs des droits humains. Nous y condamnons la criminalisation des droits des personnes LGBTI+ en Turquie et appelons les autorités turques à :  

  • Mettre fin à la répression croissante contre les organisations de défense des droits des personnes LGBTI, 
  • Libérer immédiatement les militant·es détenu·es  
  • Cesser de prendre pour cible et de stigmatiser les personnes LGBTI et celles et ceux qui défendent leurs droits 
  • Autoriser la tenue de nouvelles manifestations dans tout le pays sans restriction injustifiée. 

Bruxelles, Paris, Londres, Oslo, Washington DC…. Vendredi 18 septembre 2026, Amnesty International se joint aux mobilisations partout dans le monde pour manifester notre solidarité avec les personnes LGBTI+ en Turquie. Face à la résurgence des pratiques autoritaires, résistons ensemble.  

Protégez les organisations LGBTI+

En France aussi, celles et ceux qui défendent les droits des personnes LGBTI+ sont ciblé. Parce que des organisations défendent nos droits les plus fondamentaux, elles sont prises pour cibles.