Ouzbékistan

/©Rosmarie Wirz/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains en Ouzbékistan en 2025.

La liberté d’expression était toujours menacée. Des militant·e·s et des journalistes ont fait l’objet de poursuites pour des motifs à caractère politique et de restrictions de leur liberté de mouvement. Les réformes destinées à combattre l’impunité dont jouissaient les auteur·e·s d’actes de torture et d’autres mauvais traitements étaient toujours au point mort. Certaines populations marginalisées ont cette année encore été victimes d’expulsions forcées et de démolitions de leurs logements. Les personnes LGBTI étaient en butte à une discrimination systémique et à des atteintes à leurs droits fondamentaux. Des agriculteurs et agricultrices ont été contraints de cultiver du coton sous peine de perdre leurs terres. Malgré les promesses faites de respecter l’environnement, la forte pollution atmosphérique constituait une sérieuse menace pour la santé.

Contexte

En octobre, l’Ouzbékistan a signé avec l’UE un Accord de partenariat et de coopération renforcé. Il a accueilli le même mois la première Conférence générale de l’UNESCO organisée ailleurs qu’à Paris en plus de 40 ans. Ces événements ont eu lieu malgré les inquiétudes qui persistaient concernant le respect par l’Ouzbékistan des normes internationales relatives aux droits humains.

Liberté d’expression

Des défenseur·e·s des droits humains, des blogueurs et blogueuses et des auteur·e·s de commentaires sur les réseaux sociaux ont cette année encore fait l’objet de poursuites motivées par des considérations politiques pour avoir évoqué des faits de corruption, des atteintes aux droits humains et d’autres sujets sensibles, tels que les grandes manifestations de 2022 en faveur de l’autonomie du Karakalpakistan. Au moins 30 personnes, dont certaines étaient soupçonnées d’être des indépendantistes karakalpaks, ont été déclarées coupables, au titre de l’article 244-1(3) du Code pénal, de diffusion de propagande « séparatiste » sur Internet.

Dastan Ouzakov a été reconnu coupable en juillet de diffusion de propagande « séparatiste » par un tribunal de la République autonome du Karakalpakistan. Il avait mis en ligne sur son compte Instagram des vidéos du procès non équitable de l’avocat et rédacteur en chef Daouletmourat Tajimouratov, qui s’était déroulé en 2022. Dastan Ouzakov a déclaré qu’il avait partagé ces images, qui étaient en libre accès, pour gagner des « likes » et qu’il n’avait pas eu conscience d’enfreindre la loi dans la mesure où le procès avait été public et couvert par la presse nationale. Il a été condamné à une peine non privative de liberté de cinq ans et son téléphone portable lui a été confisqué.

En mai, un tribunal civil de Tachkent, la capitale, a condamné à une amende Abdourakhmon Tachanov, président de l’organisation Ezgoulik (l’une des rares ONG indépendantes de défense des droits humains officiellement reconnues) pour un message qu’il avait publié sur Facebook en réponse aux critiques répétées de son action en faveur des droits fondamentaux formulées publiquement par deux professeurs de droit. Siégeant à huis clos, le tribunal a estimé que ce message portait atteinte à la dignité et à la réputation des deux universitaires et a ordonné à l’accusé de leur verser des dommages et intérêts, de supprimer la publication en question, de présenter des excuses publiques et de publier une déclaration de rétractation.

Toujours au mois de mai, les autorités ont endommagé la puce du passeport de la journaliste indépendante et défenseure des droits humains Charifa Madrakhimova pour l’empêcher de se rendre en Irlande, où elle devait recevoir le Prix Front Line Defenders. Elles ont manifestement agi ainsi en représailles de son action en faveur des droits fondamentaux.

Torture et autres mauvais traitements

Les autorités ont continué de retarder les réformes juridiques visant à combattre l’impunité dont jouissaient les auteur·e·s d’actes de torture et d’autres mauvais traitements et à mettre en place des mécanismes véritablement indépendants pour contrôler les conditions de détention. Le rapport intégral de la commission parlementaire chargée d’enquêter sur la violente répression des manifestations de 2022 au Karakalpakistan (notamment sur certaines allégations selon lesquelles des manifestant·e·s interpellés auraient été torturés) n’avait toujours pas été rendu public.

En mars, le Groupe de travail sur la détention arbitraire [ONU] a jugé « profondément préoccupantes » les allégations crédibles et non contestées selon lesquelles des Karakalpaks et des opposant·e·s aux projets de modification de la Constitution auraient été victimes d’arrestations massives et d’un recours excessif à la force, déplorant une discrimination fondée sur l’origine ethnique et l’opinion politique. Les autorités ont continué d’ignorer les appels en faveur d’une enquête internationale indépendante.

Le Groupe de travail sur la détention arbitraire s’est également inquiété des informations crédibles qui lui avaient été communiquées concernant les actes de torture et autres mauvais traitements dont aurait été victime Daouletmourat Tajimouratov, condamné à 16 ans d’emprisonnement à l’issue d’un procès non équitable pour avoir, selon l’accusation, conspiré afin d’inciter à la violence lors des manifestations au Karakalpakistan. En avril, cet homme aurait été roué de coups par des codétenus au point de perdre connaissance pour avoir refusé de chanter l’hymne national. Malgré les plaintes répétées adressées à ses services, la défenseure des droits ne l’a pas rencontré lors de l’inspection des prisons qu’elle a effectuée le même mois. L’avocat de Daouletmourat Tajimouratov a déclaré en mai que son client continuait de faire l’objet de violences de la part d’autres détenus, à l’instigation, semble-t-il, de l’administration pénitentiaire, et qu’il avait été placé à l’isolement. Les autorités ouzbèkes ont rejeté en juin toutes les allégations de violations des droits fondamentaux concernant cette affaire dans leur réponse à une communication conjointe de plusieurs expert·e·s de l’ONU.

Droit au logement

En mars, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à un logement convenable a exprimé son inquiétude concernant les nombreuses expulsions forcées, démolitions de logements et expropriations constatées lors de sa visite, en août 2024. Il a regretté l’absence de consultation publique, l’inefficacité des recours judiciaires et le traitement de faveur réservé aux promoteurs immobiliers par les tribunaux. Il a également alerté l’opinion sur les actes d’intimidation, les poursuites et les arrestations dont faisaient l’objet des victimes de ces mesures, des défenseur·e·s du droit au logement et des journalistes.

En juin, deux rapporteurs spéciaux et une rapporteuse spéciale de l’ONU ont fait part au gouvernement de leur préoccupation concernant les expulsions forcées et les démolitions auxquelles ont procédé les autorités dans des quartiers de Samarcande classés au patrimoine mondial de l’UNESCO où vivaient des minorités multoni (mugat) et tadjike. Ils ont souligné que les opérations d’urbanisme avaient été réalisées au mépris des conditions définies par le Comité du patrimoine mondial, sans évaluation de l’impact social ni diligence requise en matière de droits fondamentaux. Les habitant·e·s, défavorisés et souvent illettrés, n’ont pas été consultés. Beaucoup ont été contraints par la police et l’administration locale de signer des accords d’expropriation qu’ils ne comprenaient pas et d’accepter une indemnisation insuffisante. Les autorités n’avaient pas répondu à ces inquiétudes à la fin de l’année.

Droits des personnes LGBTI

Les personnes LGBTI faisaient toujours l’objet de graves atteintes à leurs droits fondamentaux, tant de la part de responsables de l’application des lois que de la part de particuliers (actes d’intimidation, violences physiques, diffamation sur Internet, détention arbitraire pour des motifs forgés de toutes pièces, etc.). Au nom des « valeurs familiales traditionnelles », les autorités ont maintenu leur refus de dépénaliser les relations sexuelles entre hommes consentants et rejeté toute idée d’inclure l’orientation sexuelle et l’identité de genre dans les lois de lutte contre la discrimination.

La réduction de l’aide extérieure fournie par les États-Unis a entraîné la suspension de programmes de lutte contre les préjugés et la discrimination, ce qui a fragilisé les droits des personnes LGBTI ou porteuses du VIH. Les organisations de la société civile militant pour des réformes juridiques liées au VIH, à la lutte contre la discrimination ou à l’accès aux soins médicaux se sont heurtées à des obstacles de plus en plus nombreux dans leur travail en faveur de nouvelles politiques et d’une meilleure protection des droits humains.

Droits des travailleuses et travailleurs

Selon un rapport de l’organisation Cotton Campaign paru en mai, bien que le recours systématique au travail forcé ait cessé, l’État a continué d’imposer des objectifs de production et des types de cultures aux petites exploitations agricoles, les contraignant à faire pousser du coton ou des céréales sous peine de perdre des terres ou de voir leurs récoltes détruites. Dans un enregistrement sonore révélé en juillet, on pouvait entendre un haut conseiller de la présidence menacer de violences des responsables locaux des pouvoirs publics parce que les quotas fixés n’avaient pas été atteints.

Droit à un environnement sain

Dans un contexte de renforcement de la coopération économique et environnementale entre l’UE et l’Asie centrale, le président, Chavkat Mirzioïev, a décrété que 2025 serait l’année de « la protection de l’environnement et de l’économie verte », l’objectif étant de parvenir à ce que 55 % des nouveaux projets industriels ou d’infrastructure soient « verts » d’ici 2030. Une stratégie nationale de réduction du carbone noir a été adoptée et de nouvelles lois prévoyaient des amendes pour les cas de pollution atmosphérique liés aux chantiers de construction. Toutefois, malgré ces efforts, la pollution atmosphérique demeurait très élevée. Le ministère de l’Écologie a enregistré près de 300 violations graves de ces nouvelles lois au cours des huit premiers mois de l’année. Le président de la République a signé en novembre un décret portant sur des mesures d’urgence, peu après que Tachkent eut été de nouveau classée parmi les villes les plus polluées du monde.

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Un rapport qui rend hommage aux journalistes, aux militants et militantes et aux défenseur·es des droits humains qui luttent avec courage.

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