Chili

Sebastian Silva/AFP/Getty Images

Chaque année, Amnesty International analyse dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde. Un an d’enquête, 144 pays analysés. Voici ce qu’il faut savoir sur les droits humains au Chili en 2025.

Les violations des droits humains commises pendant le mouvement de révolte sociale de 2019 sont restées impunies. La réforme tant attendue de la police n’a toujours pas été mise en œuvre. La politique migratoire n’était toujours pas abordée sous l’angle des droits humains. Des enfants, des adolescent·e·s, des femmes et des défenseur·e·s des droits fondamentaux ont cette année encore été victimes de violences. Le sud du pays restait soumis à l’état d’urgence, prolongé plus de soixante fois.

Droit à la vérité, à la justice et à des réparations

Le parquet a décidé en mars de ne pas donner suite à 1 509 affaires concernant des violations des droits humains commises pendant le mouvement de révolte sociale de 2019. Parmi les affaires n’ayant pas été classées, moins de 2 % avaient débouché sur une condamnation. Le délai de prescription de certaines avait expiré ou était en passe d’expirer à la fin de l’année. Le procès de plusieurs hauts gradés des Carabineros (police militaire) faisait partie des affaires en cours.

Le Réseau national des rescapé·e·s de la révolte sociale s’est retiré en mai des pourparlers avec le gouvernement. L’organisation a reproché à l’État de n’avoir pas respecté son engagement d’élaborer une loi de réparation intégrale et de créer une commission permanente chargée de déterminer le statut des victimes d’atteintes aux droits humains.

Trois membres des Carabineros ont été condamnés en août pour « contrainte illégale », « entrave à une enquête » et « falsification d’un document public » en lien avec l’agression dont Moisés Órdenes a été victime en 2019, alors qu’il manifestait pacifiquement. La sentence a été jugée trop clémente par différents secteurs.

Victime de violences institutionnelles, David Gómez s’est suicidé en septembre. Au moins six personnes victimes d’atteintes à leurs droits fondamentaux se sont donné la mort depuis le mouvement de contestation sociale de 2019.

Des voix se sont élevées en octobre pour dénoncer les difficultés rencontrées par les bénéficiaires du Programme de soutien et de prise en charge des victimes de traumatisme oculaire pour accéder à des soins de qualité. Elles évoquaient notamment un manque de transparence et le non-respect de l’obligation de rendre des comptes, ainsi qu’une mauvaise coordination entre les différents services.

Le plan national de recherche des victimes de disparition forcée sous le régime militaire d’Augusto Pinochet (1973-1990) a enregistré des avancées, mais s’est heurté à de sérieuses critiques. Les associations de proches ont entre autres exigé que la priorité soit accordée aux mesures destinées à établir la vérité et réparer les préjudices subis, qu’aucune décision ne soit prise à la hâte et que leur confiance ne soit pas trahie.

Vingt-neuf sites mémoriels ont été officiellement reconnus sur l’ensemble du territoire chilien depuis 2022, ce qui représentait 41 % des lieux de ce type institués depuis la fin du régime militaire. Des problèmes de financement persistaient cependant et l’exécutif a déposé en septembre un projet de loi destiné à garantir la pérennité de ces sites.

Usage illégal de la force

La réforme tant attendue des Carabineros était au point mort.

L’achat et l’utilisation d’armes à létalité réduite n’étaient toujours pas suffisamment réglementés. La nature des armes pouvant être employées et les conditions de leur acquisition, de leur contrôle et de leur évaluation restaient extrêmement opaques. Des achats massifs ont été réalisés en dehors de toute procédure transparente. Cela a notamment été le cas pour l’acquisition de 10 000 dispositifs de contention à distance de la marque BolaWrap. La mise en œuvre du plan pilote du gouvernement destiné à tester l’utilisation de pistolets à impulsions électriques demeurait par ailleurs en attente.

Le projet de loi sur le recours à la force était toujours en cours d’examen, en dépit des critiques qu’il suscitait quant à son insuffisance de précision normative, au fait qu’il ne prenait pas en compte les droits fondamentaux dans leur globalité et au manque de protection des catégories de population les plus exposées.

Droits des personnes réfugiées ou migrantes

La politique migratoire n’était toujours pas abordée sous l’angle des droits humains. Les discours hostiles aux personnes réfugiées ou migrantes se sont intensifiés au second semestre, sur fond de campagne présidentielle, tandis que des propositions de loi qui permettraient de réprimer pénalement ces personnes continuaient d’être débattues par le Congrès. Une proposition visant à restreindre l’accès des personnes en situation irrégulière aux prestations sociales était particulièrement préoccupante.

Droits des enfants

Le Service de protection spécialisée des enfants et des adolescent·e·s (Meilleure Enfance) a été confronté à des problèmes de fonctionnement essentiellement liés à une surcharge de ses capacités d’accueil, à la longueur des listes d’attente et au manque de foyers spécialisés.

Plusieurs cas d’exploitation infantile ont été signalés cette année, notamment d’enfants migrants ou réfugiés. En janvier, le gouvernement a annoncé la création, en décembre 2024, d’une commission présidentielle pour la vérité, la justice, les réparations et les garanties de non-répétition, recommandée par le Comité des droits de l’enfant [ONU] six années plus tôt.

Droits sexuels et reproductifs

Une nouvelle réglementation relative à l’avortement a été adoptée en mai afin de prévenir les transferts forcés de personnes entre établissements et de garantir une prise en charge sans retard.

Toujours au mois de mai, le gouvernement a soumis au Congrès un projet de loi destiné à légaliser l’avortement dans tous les cas jusqu’à la 14semaine de grossesse.

Violences faites aux femmes et aux filles

Les violences faites aux femmes et aux filles constituaient toujours un motif de préoccupation ; 444 féminicides ou tentatives de féminicides ont été signalés cette année. Par ailleurs, la police a enregistré 118 234 plaintes pour violences domestiques et 18 776 plaintes pour agression sexuelle, dont 79 % des victimes étaient des femmes. Au total, 14 734 mineures ont été victimes d’atteintes à leur vie ou à leur intégrité physique, dont 41 % de viols et autres sévices sexuels, et 3 644 ont subi des violences domestiques.

Conditions de détention inhumaines

Le système pénitentiaire traversait toujours une grave crise structurelle, marquée par une surpopulation extrême et croissante (plusieurs établissements ont atteint 143 % de leur capacité d’accueil), un manque de préparation face à la criminalité organisée, de nombreuses évasions et diverses erreurs administratives. Selon le Comité national pour la prévention de la torture, des personnes privées de liberté auraient été victimes d’actes de torture et autres violences et de négligences graves.

Droits des peuples autochtones

Deux personnes indigènes ont été arrêtées, en avril et en mai, dans un contexte de poursuites judiciaires et de détentions arbitraires systématiques dirigées contre les Mapuches-Huilliches en lutte pour la défense de leur territoire face au projet hydroélectrique de Los Lagos.

Des critiques ont été émises concernant un rapport de la Gendarmería (corps des gardiens de prison) recensant la population carcérale, dans lequel figuraient des commentaires accusateurs et discriminatoires à l’égard d’un dirigeant mapuche incarcéré.

Initialement instauré en mai 2022, l’état d’urgence décrété dans la macrozone Sud durait depuis 1 505 jours et avait été prolongé plus de 64 fois. Ce régime exceptionnel permettait de restreindre l’exercice de certains droits fondamentaux, comme le droit à la liberté de réunion et de déplacement, sans réelle évaluation de l’efficacité ni de la proportionnalité des mesures imposées, et ce, dans une région abritant une importante population autochtone.

Défenseur·e·s des droits humains

Les défenseur·e·s des droits humains étaient toujours insuffisamment protégés. Parmi les faits notoires à signaler à cet égard cette année, citons l’absence d’avancées dans l’enquête sur la disparition, en 2024, de la défenseure des droits humains Julia Chuñil ; la disparition en juin d’une autre défenseure des droits humains, María Ignacia González ; les menaces de mort proférées contre le dirigeant huilliche Miguel Raín ; le harcèlement par une entreprise forestière de la machi (autorité spirituelle ancestrale) Miriam Mariña ; et la perquisition menée au domicile d’une autre machi, Millaray Huichalaf, en lien avec une enquête sur un conflit en cours concernant une centrale hydroélectrique.

Droit à l’eau

Selon l’Atlas des risques hydriques d’Aqueduct, le Chili était toujours en proie à un niveau élevé de stress hydrique. Une longue période de faibles précipitations et un déficit d’eau dans les bassins hydrographiques ont conduit à une situation de crise.

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