Rapport 2015/2016 : vos droits sont en danger

Rapport 2015/2016 : vos droits sont en danger

[24/02/2016]

24/02/2016

Les droits humains sont en danger : ils sont méprisés par un grand nombre d'États. La défense des intérêts nationaux qui imposent des mesures sécuritaires draconiennes nuisent aux libertés et aux droits fondamentaux. En 2015 et en ce début d’année 2016, la défense des droits humains est en péril.

Des millions de personnes subissent les violences d’Etat et de groupes armés.. Des gouvernements veulent faire passer la protection des droits humains pour une menace pour la sécurité, la loi, l’ordre ou encore les « valeurs » nationales.

En 2015, nous avons recueilli des informations sur des violations graves des droits économiques, sociaux, civils et politiques dans de nombreux pays. Voici quelques exemples de pays dans lesquels des coups ont été portés aux droits humains et aux institutions qui sont là pour les protéger (la liste sur cette carte est loin d'être exhaustive).

LES DROITS HUMAINS MENACÉS DANS LE MONDE ENTIER

Un grand mouvement insidieux met en péril les droits humains partout dans le monde. Des gouvernements s'en prennent délibérément aux institutions censées protéger les droits fondamentaux.

Nombre de pays refusent de leur allouer des fonds suffisants, ou encore choisissent de n’en faire aucun cas.

Ce sont non seulement nos droits qui sont menacés, mais aussi les lois et le système qui les protègent. Plus de 70 années de travail acharné et de progrès humains sont en danger.

Les organes de défense des droits humains des Nations unies, la Cour pénale internationale et des mécanismes régionaux tels que le Conseil de l'Europe et le système interaméricain des droits humains sont fragilisés.

Face à cette terrible situation, les gouvernements doivent soutenir politiquement et financièrement les systèmes créés pour garantir le respect du droit international et la protection des droits des personnes.

 


En France, à Calais © Getty Image
 

10 CHIFFRES À CONNAITRE SUR L'ANNÉE 2015

 

La liberté d’expression et la liberté de la presse continuaient d’être soumises à des restrictions arbitraires dans au moins 113 pays.

 

On comptait dans le monde plus de 60 millions de personnes déplacées, dont beaucoup l’étaient depuis des années.

 

Trente gouvernements, peut-être même plus, ont obligé, en toute illégalité, des réfugiés à retourner dans des pays où ils étaient en danger.

 

Des groupes armés ont commis des exactions dans au moins 36 pays.




Au moins 156 défenseurs des droits humains sont morts en détention ou ont été tués.




Dans 61 pays, voire plus, des personnes qui n’avaient fait qu’exercer leurs droits et se prévaloir de leurs libertés sont devenues des prisonniers d’opinion quand les autorités les ont incarcérées.

 

Dans au moins 122 pays, des personnes ont subi des actes de torture et d'autres mauvais traitements.




Des crimes de guerre et d'autres violations des « lois de la guerre » ont été commis dans au moins 19 pays.



Quatre pays ont adopté ou promulgué en 2015 des lois reconnaissant le mariage ou d’autres formes de relations entre personnes de même sexe, portant
à au moins 20 le nombre de pays disposant d’une législation ou de projets de lois en ce sens.

 


Des procès iniques ont eu lieu dans 55 % des pays au moins. Lorsqu'un procès n'est pas équitable, personne n'obtient justice : ni la personne inculpée, ni la victime, ni la société.




A la frontière Macédonienne en 2015 © GEORGI LICOVSKI/epa/Corbis

LA PLUS GRAVE CRISE DE RÉFUGIÉS DEPUIS LA SECONDE GUERRE MONDIALE

L’année 2015 a été marquée par la pire crise de réfugiés depuis 1945.

Un nombre sans précédent de personnes fuyant leurs pays sont arrivées en Europe en quête d’un lieu sûr.

Certains pays du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est et d’Afrique continuent néanmoins d’abriter la grande majorité des réfugiés du monde.

Les pays doivent donner plus de protection, plus d’accueil et plus d’accès à ces personnes afin de leur permettre de recommencer leur vie.

UNE SOCIÉTÉ CIVILE ATTAQUÉE DE TOUTES PARTS

Un certain nombre de gouvernements prennent pour cible les militants, les avocats et les personnes engagées pour la défense des droits humains.

Au lieu de reconnaître le rôle essentiel de ces personnes dans la société, de nombreux gouvernements ont entrepris d'étouffer toute voix critique. Ils enfreignent leur propre législation dans leurs opérations de répression contre la société civile.

Cette situation est en partie le fait de la réaction de plusieurs gouvernements aux menaces croissantes en matière de sécurité apparues en 2015.

De nombreux gouvernements se sont fourvoyés dans leur réponse face au terrorisme en étouffant la société civile et en bafouant parfois leur propre législation. En voulant lutter contre cette menace, ils s’en s’ont pris au droit à la vie privée et au droit à la liberté d’expression. Dans certaines parties du globe, les droits humains ont même été présentés comme des menaces à la sécurité nationale , à l’ordre public et aux « valeurs nationales ».

 

LES NATIONS UNIES À BOUT DE SOUFFLE

Les Nations unies et leurs différents organes de protection des droits humains et des réfugiés ont gravement souffert en 2015 de l'hostilité et de la négligence de gouvernements récalcitrants.

De nombreux Etats ont volontairement entravé ou bloqué l’action des Nations unies. Le conflit syrien en est un terrible exemple.

Le prochain secrétaire général des Nations unies, qui sera élu à la fin de l'année héritera d'une organisation qui a accompli beaucoup de choses mais a désespérément besoin d'un nouvel élan. Les États membres et le Conseil de sécurité de l'ONU doivent faire preuve de courage pour les années qui viennent.

Les États membres ont une chance historique cette année de donner un nouveau souffle aux Nations unies. Ils doivent soutenir une candidature forte pour le poste de secrétaire général. Une personne qui saura apporter l'engagement, la force d'âme et la vision nécessaires pour faire reculer tout État membre tenté de remettre en cause les droits humains.

Pour cela, il faudra veiller à ce que le processus électoral soit équitable et transparent et à ce que les positions des candidats sur les principaux défis en matière de droits humains auxquels l'ONU est confrontée soient connues et comprises.

 

LES DÉFIS DE 2016

Crise des réfugiés, menaces terroristes, menaces sur la défense des droits humains, le monde est aujourd'hui confronté à de nombreux défis.

Face à des gouvernements qui placent les intérêts politiques avant la vie de millier de personne, les Nations unies doivent réagir.

Les dirigeants mondiaux ont le pouvoir d'empêcher que ces crises ne s'aggravent davantage et n'échappent alors à tout contrôle. Les États doivent cesser leurs attaques contre nos droits et renforcer les défenses que le monde a mises en place pour nous protéger.
Jamais les enjeux pour l’humanité n’ont été aussi forts. Jamais la défense des droits humains n’a été aussi indispensable.

 


Maison incendiée par Boko Haram au Nigeria © STR/AFP/Getty Images