Qatar : la FIFA hors-jeu sur les droits des travailleurs migrants

Qatar : la FIFA hors-jeu sur les droits des travailleurs migrants

[31/03/2016]

 

31/03/2016
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Pour accueillir la Coupe du Monde de football de 2022, le Qatar fait construire à tours de bras des infrastructures par des travailleurs migrants, en provenance d’Asie du Sud.

Nous avons enquêté sur un chantier de rénovation de l’un des stades de la Coupe : le Khalifa International Stadium. Les conditions de vie de ces migrants y sont désastreuses.

Elles contrastent de manière choquante avec celles des footballeurs qui se retrouveront sur le terrain en 2022. Les multinationales qui travaillent sur place et les pays de leurs sièges ne doivent plus faire l’autruche

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LE TRAVAIL FORCÉ DES CHANTIERS DE LA COUPE DU MONDE


La litanie des abus subis par la  plupart des travailleurs au Qatar est accablante : 

- logements sordides surpeuplés ;

- versement de sommes considérables à des recruteurs dans leur pays d’origine pour obtenir un travail au Qatar ; 

- tromperie quant à la rémunération ou au type de travail offerts ;

- non-versement ou paiement en retard des salaires 

- non délivrance de permis de séjour par des employeurs, ce qui fait courir le risque aux migrants d'être arrêtés et expulsés en tant que « fugueurs » ; 

- des employeurs confisquent les passeports des travailleurs et ne leur donnent pas de permis de sortie du territoire.

S’ils se plaignent de ces conditions, les travailleurs sont menacés par leurs employeurs. De telles pratiques constituent une forme de travail forcé aux termes du droit international.

Ce type d’abus a pourtant été largement documenté depuis 2010. Mais, la situation change peu ou pas. Et la FIFA ne fait pas grand chose pour y remédier. 

 

Vue d'artiste du stade Khalifa International Stadium en 2022 © Handout/Getty Images


LA RESPONSABILITÉ DES ENTREPRISES

Midmac-Six Construct, dont l’une des sociétés mères est belge, est l’opérateur principal sur le complexe sportif où se situe le stade Khalifa. Ce groupe sous-traite des opérations à d’autres entreprises. 

Les abus identifiés dans ce rapport ont notamment eu lieu chez des fournisseurs indirects de cette entreprise. 

Or, selon le droit international, Midmac-Sic Construct a bien manqué à sa responsabilité de respecter les droits humains car elle ne s’est pas assurée du comportement de ces fournisseurs. De même que l’entreprise Eversendai qui a employé ces fournisseurs, Blue Bay et Seven Hills : elle n’a pas démontré qu’elle avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour identifier ces risques et y remédier.

Certains de ces abus ont été corrigés depuis que nous avons alerté les entreprises.  


NOUVEL ÉCHEC DU QATAR POUR FAIRE RESPECTER LES DROITS HUMAINS

Le système de la Kafala (parrainage) est le cœur du problème de l’exploitation des travailleurs migrants. Un employé ne peut pas changer de travail ou quitter le pays sans l’autorisation de son « parrain » (ou sponsor), qui est généralement son employeur. En octobre 2015, le gouvernement a annoncé la réforme de ce système par une loi qui doit entrer en vigueur en décembre 2016. Mais les travailleurs devront toujours obtenir l’accord de leurs employeurs pour quitter le pays.

Le Qatar a mis en place le Supreme Committee for Delivery and Legacy (Comité suprême  pour les projets et l’héritage) qui a publié des « Normes de bien-être des travailleurs » en 2014. Les entreprises travaillant sur les chantiers de la Coupe du monde sont obligées d’accorder aux travailleurs de meilleures conditions de travail que celles prévues par la législation du Qatar.

En réalité, ces normes sont assez mal appliquées. Le comité s’adresse en priorité aux principaux contractants pour faire appliquer ces standards. Or, ces normes doivent bien être respectées par toutes les entreprises opérant au Qatar, y compris les plus petites. Par ailleurs, l’application de ces normes repose trop sur les audits réalisés par les entreprises elles-mêmes, ce qui ouvre la porte à des dissimulations. 


Travailleur migrant au Qatar © Amnesty International


CARTON ROUGE POUR LA FIFA

La FIFA est le commanditaire principal des installations construites en ce moment au Qatar. En ce sens, elle a une vraie responsabilité et doit traiter en priorité la question de l’exploitation des travailleurs migrants. Elle se doit de demander aux autorités de mettre en œuvre des réformes cohérentes afin de protéger les droits des travailleurs.

Or, elle n’a pas mis en place les mesures pour s’assurer que les constructions ne seraient pas entachées d’abus des travailleurs migrants. Et les réponses données à notre rapport ont été décevantes : au lieu d’expliquer ce qu’elle a mis en œuvre, elle se contente de décrire les actions menées uniquement par le comité suprême. 

Les sponsors de la FIFA, tels qu’Adidas, Coca-Cola et McDonald’s doivent faire pression sur elle et s’occuper de la question des conditions de travail des travailleurs migrants au Qatar. Il est temps que les dirigeants du football dénoncent publiquement ces abus et arrêtent de faire l’autruche 


Vue d'artiste du Khalifa International Stadium en 2022 © Handout / Getty Images