L’histoire des armes de l’État Islamique

Armes à Rabia © Matt Cetti-Roberts
Armes à Rabia © Matt Cetti-Roberts

[08/12/2015]

08/12/2015


Les transferts d'armes vers l’Irak ne sont pas assez réglementés. Ils permettent à l'État Islamique (EI) de commettre des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Nous dressons la liste de ces armes.

L'absence de réglementation et de suivi des importations en  grandes quantités d'armes par l’Irak, durant des décennies, a permis à l'État Islamique (EI) et à d’autres groupes armés d’accéder à une puissance de feu sans précédent.

L’EI dispose d’un arsenal extrêmement vaste qui prouve que l’insuffisance de réglementation du commerce des armes facilite les atrocités de grande ampleur.

S'appuyant sur les analyses d'experts de milliers de vidéos et d'images vérifiées, notre rapport intitulé « Les stocks sont pleins - L’armement de l’État islamique » dresse la liste des armes aux mains des combattants de l'EI. Ces armements, majoritairement pillés dans les stocks militaires irakiens,ont été fabriqués et conçus dans plus de 20 pays différents, dont la Russie, la Chine, les États-Unis et des États européens. 

 

Cimetière de Char de char d'assaut au Koweït © Yann Arthus-Bertrand

 

Cimetière de Char de char d'assaut au Koweït © Yann Arthus-Bertrand

 

DES DÉCENNIES DE COMMERCE IRRESPONSABLE DES ARMES

 

1970-1980 : la course à l'armement 

Les stocks de l'armée irakienne ont gonflé à la fin des années 1970 et au début des années 1980, dans le contexte de la guerre Iran-Irak. Cette période a marqué un tournant dans le développement du marché mondial moderne des armes : au moins 34 pays dont la France fournissaient des armes à l'Irak, dont 28 équipaient également l'Iran. Le président irakien de l'époque, Saddam Hussein, a supervisé le développement d'une solide industrie nationale de l'armement produisant des armes légères et des obus de mortier et d'artillerie.

2003 : prolifération des armes après l'invasion américaine 

Lorsque l'Irak a envahi le Koweït en 1990, l'ONU a décrété un embargo sur les armes qui a réduit les importations jusqu'en 2003. Pendant et après l'invasion du pays par la coalition dirigée par les États-Unis, l'Irak a de nouveau été submergé par les flux d'armes. La plupart n'étaient pas sécurisés ni dûment contrôlés par les forces de la coalition et les forces irakiennes reconstituées. Des centaines de milliers d'armes ont disparu et on ignore toujours ce qu'il en est advenu. 

En raison de la corruption endémique au sein de l'armée irakienne, ainsi que des contrôles défaillants sur les stocks militaires et le suivi des armes, le risque était élevé que ces armes ne soient détournées vers des groupes armés comme l'EI. 

Les années 2000 et la naissance de l’EI

Les initiatives plus récentes visant à reconstruire et rééquiper l'armée irakienne et les forces associées se sont une nouvelle fois traduites par des importations massives d'armes en Irak. Entre 2011 et 2013, les États-Unis ont signé des contrats de plusieurs milliards de dollars pour, entre autres, des chars de combat  (140 M1A1 Abrams), des avions de combat F-16, des missiles sol-air portables (681 Stinger) et des batteries antiaériennes Hawk. En 2014, ils avaient livré plus de 500 millions de dollars d'armes légères et de munitions au gouvernement irakien.

Après avoir pris le contrôle de Mossoul, la deuxième ville Irakienne, en juin 2014, les combattants de l'EI se sont emparés de tout un arsenal d'armes issues des stocks irakiens mais produites à l’étranger, notamment des armes et véhicules militaires produits par les États-Unis. Ces prises d’armes leur ont permis de poursuivre leur conquête  d'autres régions en s’en prenant aux  populations civiles. 

L'EI  mène une campagne de terribles violences : homicides sommaires, viols, actes de torture, enlèvements et prises d'otages. Des violences très souvent perpétrés sous la menace des armes. Des centaines de milliers de personnes ont cherché à fuir ces violences  et beaucoup sont désormais réfugiés. 

Les multiples échecs en matière de gestion des importations d'armes et de mise en place de mécanismes de surveillance visant à éviter leur utilisation finale non autorisée, durant l'occupation dirigée par les États-Unis après 2003. Les contrôles bredouillants des stocks militaires et la corruption endémique des gouvernements qui se sont succédés à la tête de l'Irak n'ont fait qu'aggraver le problème.  

 

Un militaire irakien au milieu de munitions de l’EI, confisquées dans la province d’al-Alam Salahuddin © REUTERS Thaier Al-Sudani

 

Un militaire irakien au milieu de munitions de l’EI, confisquées dans la province d’al-Alam Salahuddin © REUTERS Thaier Al-Sudani

 

LES NOMBREUSES ARMES DE L’ÉTAT ISLAMIQUE

Parmi les armements sophistiqués de l'EI figurent des systèmes de défense antiaériens Sol-Air  Très Courte Portée (SATCP ou MANPADS), des missiles guidés antichars et des véhicules blindés de combat, ainsi que des fusils d'assaut tels que les AK russes et les M16 et Bushmaster américains. 

La plupart des armes classiques utilisées par les combattants de l'EI datent des années 1970 et 1990, notamment les pistolets, les armes de poing et autres armes de petit calibre, les mitrailleuses, les armes antichars, les mortiers et l'artillerie. Les fusils d'assaut de type Kalachnikov de l'ère soviétique sont légion, principalement, fabriqués par des entreprises russes et chinoises.

Les combattants de l'EI et d'autres groupes armés fabriquent également des armements improvisés dans des ateliers sommaires. Il s'agit notamment de mortiers et de roquettes, de grenades à main improvisées, d'engins explosifs improvisés tels que des voitures et des objets piégés, et même de bombes à sous-munitions remaniées, une arme prohibée par le droit international. Dans certains cas, les engins explosifs improvisés constituent des mines terrestres prohibées par le traité international sur l'interdiction des mines.

 

 

Un militant de l'EI près de Raqqa © REUTERS/Stringer

 

Un militant de l'EI près de Raqqa © REUTERS/Stringer

 

 

5 CHOSES AUXQUELLES LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE DOIT FAIRE FACE CONCERNANT LE COMMERCE DES ARMES

Il importe que tous  les États tirent les leçons des échecs passés et prennent des mesures immédiates pour arrêter immédiatement la prolifération des armes en Irak, en Syrie et dans les pays d’une région en proie  à l’instabilité :

 

- Les États doivent adopter un embargo total  sur les armes destinées aux forces gouvernementales syriennes, ainsi qu'aux groupes armés d'opposition impliqués dans des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité et d'autres graves violations des droits humains.

 

- Les États doivent respecter la règle de la « présomption du refus » pour les exportations d'armes vers l'Irak. Les transferts doivent n’avoir lieu qu'après la conduite d’une évaluation rigoureuse des risques.

 

- Les unités de l'armée et de la police en Irak qui font l'objet d'exceptions doivent prouver qu'elles respectent scrupuleusement le droit international humanitaire et relatif aux droits humains, et qu'elles ont mis en place les mécanismes de contrôle nécessaires pour prévenir tout détournement vers des groupes armés. 

 

- Un État qui envisage des transferts d'armes à des forces armées en Irak doit prévoir des contrôles avant et après la livraison, veiller à  la formation de ceux qui vont s’en servir et au  suivi, conformément aux normes internationales relatives à la gestion et à l'utilisation de ces armes.

 

- Tous les États qui ne l'ont pas encore fait doivent signer ou ratifier sans délai le Traité sur le commerce des armes. L'un des objectifs de ce traité est de « prévenir et éliminer le commerce illicite d'armes classiques et empêcher le détournement de ces armes ». Certaines dispositions prévoient la suspension des transferts d'armes lorsqu'il existe un risque majeur qu'elles soient utilisées pour commettre de graves violations du droit international humanitaire et relatif aux droits humains.

 

 

LIRE / TELECHARGER LE RAPPORT 

> Taking stock : the arming of Islamic State (rapport complet en anglais et résumé en français)