Deux ans après les révélations d’Edward Snowden

Snowden lors d'un échange avec Amnesty UK
Snowden lors d'un échange avec Amnesty UK

[05/06/2015]

05/06/2015

 

Edward Snowden, un nom encore inconnu il y a deux ans. Sous le pseudonyme de « Citizenfour », cet employé de l’agence de sécurité américaine (NSA) lançe en juin 2013 l’alerte sur la surveillance de masse pratiquée par les services de renseignement.

LA SURVEILLANCE PAYS PAR PAYS 

 

 

 

LA SURVEILLANCE DE MASSE CONTESTÉE DE TOUTES PARTS 

 

Les gouvernements doivent accepter qu’ils ont perdu le débat sur la légitimité de la surveillance de masse et réformer le mode de supervision de la collecte de renseignements. Tel est le propos d’Amnesty International et Privacy International dans une synthèse rendue publique vendredi 5 juin, deux ans après qu’Edward Snowden a braqué les projecteurs sur le réseau international d’espionnage des services secrets américains et britanniques. 

 

Grâce à Edward Snowden, des millions de personnes ordinaires savent désormais que même leurs secrets les plus personnels ne sont pas à l’abri de l’espionnage gouvernemental. Des groupes d’experts nationaux et internationaux se sont exprimés on ne peut plus clairement : la surveillance de masse sans discrimination des communications est une violation des droits humains. Les jeux sont faits et le temps est venu pour les gouvernements de réformer leurs programmes de surveillance de masse sans discrimination. »

Carly Nyst, directrice juridique à Privacy International. 

 

Il est décevant que les gouvernements ne reconnaissent pas que la surveillance de masse viole les droits humains. Si l’adoption de l’USA Freedom Act montre qu’il est possible de restreindre la surveillance, la perspective qu’un espionnage plus intrusif soit autorisé en France et au Royaume-Uni montre que l’appétit des gouvernements pour des informations toujours plus nombreuses sur notre vie privée n’est pas rassasié. 

 

 

Snowden citation
© RADiUS-TWC

LES GOUVERNEMENTS DÉFIENT L’OPINION PUBLIQUE

 

Ces deux dernières années, la surveillance de masse a été qualifiée d’excessive et de violation des droits humains par des tribunaux, des enquêtes parlementaires et des experts des technologies nommés par des gouvernements et des institutions internationales telles que le Conseil de l'Europe et les Nations unies.   

 

Malgré l’indignation mondiale, les programmes d’espionnage américain et britannique restent entourés de secret, tandis que plusieurs autres gouvernements essaient d’acquérir de nouveaux pouvoirs en matière de surveillance. 

 

Le Danemark, la Finlande, la France, le Pakistan, les Pays-Bas et la Suisse examinent ou doivent présenter de nouveaux projets de loi visant à accroître leur capacité à espionner les communications sur leur territoire et au-delà. Les sénateurs français examinent un nouveau projet de loi qui accorderait aux autorités des pouvoirs de surveillance beaucoup plus étendus. 

 

Les avancées technologiques rendront les dispositifs utilisés pour la surveillance meilleur marché, plus puissants et plus répandus. Une grande partie de ce qui est actuellement à la portée des seules agences américaine et britannique du renseignement sera probablement abordable pour de nombreux autres pays à l’avenir. 

 

7 CHOSES QUI ONT CHANGÉ DEPUIS LES RÉVÉLATIONS

 

 

 

 

LES ENTREPRISES DOIVENT PROTÉGER LES DONNÉES  

Notre organisation et Privacy International demandent également aux puissantes entreprises du secteur d’Internet et de la téléphonie d'en faire davantage pour protéger les communications en ligne et téléphoniques de milliards de personnes contre la surveillance intrusive et les attaques criminelles. Ces entreprises doivent investir dans des méthodes de chiffrage et d’autres technologies de gestion des informations privées qui soient innovantes et plus abouties, afin de protéger ces données et de les rendre anonymes, et informer les utilisateurs lorsqu’elles sont contraintes par la loi à remettre leurs données personnelles au gouvernement. 

 

Les entreprises de haute technologie doivent en faire beaucoup plus pour protéger le droit à la vie privée et à la liberté d'expression des internautes. Si certains géants de ce secteur comme Apple et Google ont commencé à adopter des normes de chiffrage plus strictes, d’autres sont à la traîne. Les entreprises de haute technologie doivent introduire par défaut un chiffrage de leurs services de bout-en-bout, partout où cela est possible. 

 

Il n’y a plus lieu de débattre de la légitimité de la collecte de masse de communications - il s’agit d’une violation des droits humains et du droit international. La surveillance de masse doit être démantelée et remplacée par des mesures ciblées et responsables qui respectent les droits humains. 

 

 

 

 

LA SURVEILLANCE DES COMMUNICATIONS DOIT RESPECTER LE DROIT INTERNATIONAL

Vendredi 5 juin, Amnesty International et Privacy International ont présenté un programme en sept points appelant les gouvernements à rétablir l’équilibre des pouvoirs concernant le recours à la surveillance, notamment par le biais d’un contrôle par le pouvoir judiciaire et d’une supervision parlementaire dignes de ce nom.

 

Les deux organisations souhaitent que la surveillance des communications soit ramenée dans les limites fixées par le droit international relatif aux droits humains, ce qui signifie qu’elle doit uniquement avoir lieu lorsqu’elle est : 

 

• ciblée, fondée sur des preuves suffisantes d'actes répréhensibles, et approuvée par une autorité strictement indépendante, comme un juge,

• supervisée par le biais de processus parlementaires et judiciaires transparents et indépendants,

• régie par des règles et lignes directrices suffisamment détaillées et consultables par le public. 

 

EDWARD SNOWDEN A UN MESSAGE POUR VOUS :

 

Bonjour,

 

De simples vérités peuvent faire basculer le monde.

Il y a très exactement deux ans, dans une chambre d’hôtel de Hong Kong en compagnie de trois journalistes, j’attendais anxieusement de savoir comment le monde allait réagir en apprenant que l’Agence nationale de la sécurité des États-Unis (NSA) rassemblait depuis un moment déjà des informations sur des millions de personnes à travers le monde.

Certes, nous avons fait beaucoup de chemin, mais le droit à la vie privée est encore menacé. 

Le mois dernier, le programme intrusif de surveillance des appels de la NSA a été déclaré illégal par les tribunaux américains, et la NSA s’est vue privée d’importants moyens par le Congrès. Puis, après qu’une enquête ouverte par la Maison Blanche a révélé que le programme n’avait, à aucun moment, permis d’anticiper une attaque terroriste, le président Obama lui-même a décidé de l’interrompre.

Cela, c’est grâce à vous. C’est là que l’on constate le pouvoir d’un public averti au niveau mondial. 

Mettre un terme à la surveillance de masse des appels privés autorisée par le Patriot Act constitue une victoire historique pour les droits des citoyens américains. Cependant, même si nous avons réformé ce programme, il en reste bien d’autres aux États-Unis et ailleurs.

Nous devons pousser notre avantage et défier les législateurs qui défendent ces programmes. Nous devons clairement souligner le fait que défendre la surveillance de masse revient à défendre des violations illégales et inefficaces du droit à la vie privée pour tous.

Comme je l’ai déjà dit lors d’un évènement organisé par Amnesty à Londres cette semaine,  dire que l’on se fiche du droit à la vie privée sous prétexte que l’on n’a rien à cacher serait comme déclarer que l’on se fiche du droit à la liberté d’expression sous prétexte que l’on n’a rien à dire.

Le droit à la vie privée, de même que le droit à la liberté d’expression, ne peuvent être pris pour acquis. Nous ne pouvons rester impassibles face à ces atteintes à nos droits.

Pendant que nous travaillions d’arrache-pied dans cette chambre d’hôtel de Hong Kong, la crainte nous prenait par moments d’être en train de risquer nos vies pour rien, face à la possibilité que le public ne réagisse que mollement en découvrant des preuves révélant que des gouvernements démocratiques rassemblaient et enregistraient des milliards de données personnelles de personnes innocentes.

Je n’ai jamais été aussi satisfait d’avoir tort.

Edward Snowden pour Amnesty International


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