Les droits humains en 2014 : un bilan catastrophique

Les droits humains en 2014 : un bilan catastrophique

[25/02/2015]

 

 

 

Les Nations unies ont été fondées il y a de cela 70 ans pour que les atrocités de la Seconde Guerre mondiale ne se reproduisent plus jamais. Pourtant, nous sommes aujourd'hui témoins de violences massives et d'une crise sans précédent des réfugiés, dans le sillage de ces violences. Aucun effort n'a singulièrement été déployé pour trouver des solutions effectives aux besoins actuels les plus urgents. Les dirigeants mondiaux doivent agir de toute urgence pour faire face à l'évolution de la nature des conflits et pour protéger les civils des violences atroces perpétrées par des États et des groupes armés, a demandé Amnesty International à l'occasion du lancement de son bilan annuel de la situation des droits humains dans le monde.

 

 

LES POPULATIONS CIVILES ABANDONNÉES AUX GROUPES ARMÉS 

La montée en puissance de groupes de groupes armés non étatiques, dont celui qui se donne le nom d'État islamique (EI) est particulièrement inquiétante.

Des groupes armés ont commis des atrocités dans au moins 35 pays en 2014, soit plus de 20 % de ceux sur lesquels notre organisation a travaillé.

Parallèlement à l'extension des zones d'influence de groupes tels que Boko Haram, EI et Al Shabab au-delà des frontières nationales, un nombre croissant de civils vont être contraints de vivre sous leur contrôle quasi étatique, en butte à des attaques, des persécutions et des discriminations. 

Les gouvernements doivent cesser d'affirmer que la protection des civils n'est pas de leur ressort et contribuer à soulager les souffrances de millions de personnes. Il est indispensable que les instances dirigeantes revoient entièrement leur approche face aux crises à travers le monde. 

LE DROIT DE VETO À L’ONU : UN OBSTACLE AUX SOLUTIONS DE CRISES

Pour des raisons de défense d'intérêts particuliers ou d'opportunisme politique, le Conseil de sécurité des Nations unies s'est montré incapable de résoudre les crises et les conflits qui ont déchiré Gaza, l'Irak, Israël, la Syrie et l'Ukraine, même dans les situations où des États ou des groupes armés se rendent coupables de crimes atroces à l'encontre de civils. 

Les cinq membres permanents du Conseil de sécurité doivent renoncer à faire usage de leur droit de veto en cas de génocide ou d'autres atrocités de masse. 

Cette initiative pourrait changer entièrement la donne et donner un nouveau souffle aux instruments dont dispose la communauté internationale pour protéger les civils en grand danger. En renonçant à leur droit de veto, les cinq membres permanents du Conseil de sécurité élargiraient la marge de manœuvre des Nations unies et feraient clairement savoir aux responsables d'atrocités massives que le monde ne restera pas les bras croisés. 

 

 

LES TRANSFERTS IRRESPONSABLES D’ARMES CONTINUENT

Le déferlement d'armes dans des pays où elles sont utilisées par des États et des groupes armés pour commettre de graves violations a coûté la vie de plusieurs dizaines de milliers de civils en 2014.

Les Etats – dont le Canada, la Chine, les États-Unis, l'Inde, Israël et la Russie – doivent ratifier le Traité sur le commerce des armes ou à adhérer à ce texte, entré en vigueur en 2014 après des dizaines d'années de mobilisation d'Amnesty International et d'autres organisations en faveur de son adoption.

En 2014, d'importantes livraisons d'armes ont été effectuées vers l'Irak, Israël, la Russie, le Soudan du Sud et la Syrie, alors qu'il était fort probable que ces armes seraient utilisées contre des populations civiles en situation de conflit. Quand le groupe armé EI a pris le contrôle de vastes pans du territoire irakien, il y a trouvé de grandes quantités d'armes et n'a eu qu'à se servir. Le transfert irresponsable d'armements à destination d'auteurs de violations des droits humains doit maintenant cesser. 

LES ARMES EXPLOSIVES À GAZA, EN ISRAEL, EN UKRAINE…

Il est important que les dirigeants mondiaux imposent de nouvelles restrictions pour lutter contre l'usage d'armes explosives (telles que des bombes aériennes, des obus de mortier, des tirs d'artillerie, des roquettes et des missiles balistiques) dans des régions peuplées. En 2014, elles ont fait quantité de morts dans la population civile. 

Si l'on avait limité davantage le recours dans des régions peuplées aux armes explosives qui ne ciblent pas d'objectifs précis ou qui ont un rayon d'action très vaste, on aurait pu sauver des milliers de vies humaines lors des conflits dont nous avons récemment été témoins, notamment à Gaza, en Israël et en Ukraine. La communauté internationale peut et doit en faire davantage pour protéger les civils dont le foyer est devenu le champ de bataille des parties au conflit.

LES RÉFUGIÉS : UNE CRISE SANS PRÉCÉDENT

Conséquence tragique de l'incapacité de la communauté internationale à faire face au nouveau visage des conflits, la crise des réfugiés est l'une des plus graves que le monde ait jamais connues, alors que des millions de personnes – dont quatre millions en provenance d'un seul pays, la Syrie – continuent de fuir violences et persécutions.  

Il est insupportable de constater que les efforts déployés par les pays riches pour maintenir ces personnes hors de leurs frontières prennent le pas sur ceux visant à les maintenir en vie. La crise mondiale des réfugiés ne peut que s'aggraver si l'on ne réagit pas de toute urgence. 

Les dirigeants ont toutes les cartes en main pour alléger la souffrance de millions de gens : ils doivent consacrer des ressources financières et politiques à l'aide et à la protection de celles et ceux qui fuient le danger, leur offrir une large assistance humanitaire et réinstaller les plus vulnérables. 

 

 

 

 

 

MENACES SUR LES DROITS FONDAMENTAUX PARTOUT DANS LE MONDE

Les  gouvernements doivent veiller à ce que les mesures qu'ils prennent face aux menaces pour la sécurité ne compromettent pas les droits fondamentaux, ni n'exacerbent les violences.

Le rapport annuel révèle que nombre d'entre eux ont adopté des tactiques répressives et drastiques en réaction aux menaces pesant sur la sécurité. Voici quelques exemples :

- En Afghanistan, des informations ont fait état de violations des droits humains commisespar des agents de la Direction nationale de la sécurité (le service du renseignement),notamment d'actes de torture et de disparitions forcées.

- Le Kenya a promulgué une loi portant modification de la législation en matière de sécurité,texte répressif susceptible de se traduire par de nombreuses restrictions aux libertésd'expression et de mouvement.

- Au Nigeria, les populations locales, déjà terrorisées depuis des années par Boko Haram,sont devenues de plus en plus vulnérables face aux violations perpétrées par les forces de sécurité du régime, qui ont souvent répondu par des exécutions extrajudiciaires, des arrestations massives et arbitraires et des actes de torture.

- Les autorités pakistanaises ont levé le moratoire sur la peine de mort et commencé à exécuter des prisonniers déclarés coupables d'infractions liées au terrorisme.

- En Russie et en Asie centrale, celles et ceux qui étaient accusés d'infractions liées au terrorisme, ou soupçonnés d'appartenir à des groupes islamistes, ont été torturés auxmains des forces nationales de sécurité. 

- En Turquie, des lois antiterroristes à la définition vague ont de nouveau été invoquées en 2014 pour poursuivre en justice des personnes qui exerçaient légitimement leur libertéd'expression.

- De Baga à Bagdad, de hautes personnalités gouvernementales ont tenté de justifier des violations des droits humains en expliquant qu'elles répondaient à un impératif de “sûreté.

Il est à craindre que des dirigeants ne continuent à réprimer sévèrement les manifestations, à adopter des lois antiterroristes draconiennes et à recourir à des techniques abusives de surveillance de masse en réaction aux menaces pesant sur la sécurité. Nous savons pourtant que les réactions à chaud ne servent à rien et que, bien au contraire, elles créent un environnement répressif, qui font la lie de l'extrémisme. 

IL EST URGENT D’AGIR

Le rapport annuel donne une vision complète de la situation des droits humains dans 160 pays en 2014. Si les dirigeants mondiaux n'agissent pas immédiatement pour faire face à l'évolution de la nature des conflits et pour remédier à d'autres défaillances identifiées dans le rapport, les prévisions pour l'année à venir sont sombres :

- De plus en plus de populations civiles sont contraintes de vivre sous le contrôle quasi étatique de groupes armés violents, et sont en butte à des attaques, des persécutions et des discriminations.

- La liberté d'expression, entre autres droits, est de plus en plus menacée, notamment par des violations découlant de nouvelles lois antiterroristes draconiennes et d'une surveillance de masse abusive. 

- La situation humanitaire et la crise des réfugiés s'aggravent, le nombre de personnes déplacées à cause d'un conflit ne cessant de croître, tandis que les gouvernements continuent de bloquer les frontières et que la communauté internationale n'apporte pas l'aide et la protection nécessaires.

L'avenir s'annonce globalement bien sombre pour les droits humains, mais il existe des solutions. Les dirigeants mondiaux doivent prendre immédiatement des mesures décisives pour éviter une crise internationale imminente et rendre possible un monde plus sûr où les droits et libertés sont protégés. 



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6 CHOSES A SAVOIR SUR LES DROITS HUMAINS EN FRANCE EN 2014