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21.03.2007
Les Oubliés de Juarez

Droits des femmes : Jennifer Lopez distinguée par Amnesty International






Jennifer Lopez
Jennifer Lopez reçoit le prix Des artistes pour Amnesty en marge du Festival de Berlin. février 2007.
L'actrice et chanteuse américaine Jennifer Lopez a reçu, mercredi 14 février ,en marge de la Berlinale, le prix "Les artistes pour Amnesty" décerné par l'organisation Amnesty International pour son "engagement dans une campagne contre la violence faite aux femmes".

 

Jennifer Lopez a été distinguée pour avoir joué dans le film "Bordertown" "Les oubliés de Juarez" réalisé par Gregory Nava, qu'elle a également co-produit et où elle incarne une journaliste enquêtant sur des disparitions et meurtres en série d'ouvrières employées dans les usines de la ville mexicaine de Juarez.

Le discours accompagnant la remise du prix a été prononcé par le Premier ministre du Timor oriental et Prix Nobel de la Paix José Ramos-Horta.

 



Affiche du film "Les oubliées de Juarez"
Les oubliées de Juarez
Sortie : 25 avril 2007
Genre : Thriller / Drame
Réalisation : Gregory Nava
Scénario : Gregory Nava
Production : Mobius Entertainment
Cie : MGM Studios - SND groupe M6
Musique : Graeme Revell
Costumes : Fran Allgood & Dorothy Baca
Durée : 01 H 55


Avec : Jennifer Lopez, Antonio Banderas, Martin Sheen, Kate del Castillo, Teresa Ruiz, Maya Zapata & John Norman.


Cette fiction sortira en France le 25 avril sous le titre "Les Oubliées de Juarez". Amnesty International soutient ce film et participe à des avant-premières ce jour-là .

Voir nos pages sur la campagne Femmes menée par Amnesty pour les femmes de Ciudad Juarez

Dans la lignée de "Traffic" ou "Erin Brockovich", une enquête oppressante inspirée de faits réels dans les usines de la frontière américano-mexicaine.
Une journaliste enquête sur une série de meurtres commis aux abords d'usines américaines situées à la frontière de Juarez et d'El Paso. Entre les intérêts américains, les pot de vins et la collusion des notables mexicains locaux, les pistes vont s'avérer dangereuses pour la journaliste téméraire...

 


Juarez, la ville tue encore
Article extrait de La Chronique d'Amnesty International d'avril 2007


Depuis plus de dix ans, des centaines de femmes sont enlevées et assassinées en toute impunité au Mexique. La sortie du film Les Oubliées de Juarez avec Jennifer Lopez est l’occasion d’interpeller le nouveau président Felipe Calderon, élu en décembre 2006.


Marisela Ortiz
Marisela Ortiz co-fondatrice de l'association Pour que nos filles reviennent à la maison.
«Je vous demande de regarder ce film les yeux bien ouverts, car tout ce que vous voyez est vraiment arrivé », implore Marisela Ortiz Rivera, co-fondatrice d’une association de victimes, juste avant la projection des Oubliées de Juarez. Cette fiction, au casting très hollywoodien mais tourné avec un petit budget, raconte l’enquête de deux journalistes, une Américaine (Jennifer Lopez) et un Mexicain (Antonio Banderas) bien décidés à éclaircir les meurtres et disparitions en série de femmes à Juarez.

Dans la réalité comme dans le film, alors que les mères des victimes creusent le désert à la recherche des cadavres de leurs filles, les autorités s’efforcent d’enterrer cette affaire. Ainsi, depuis 1993, à Juarez et à Chihuahua, au nord du Mexique, plus de 400 femmes ont été tuées, soumises parfois à des violences sexuelles avant d’être étranglées. Depuis 2002, Amnesty International mène des recherches sur ces meurtres touchant en particulier de jeunes ouvrières des maquiladoras – usines « tournevis » qui tournent 24 heures sur 24, où les femmes gagnent 5 dollars par jour à fabriquer des éléments de téléviseurs ou de machines à laver.


Toutes les rumeurs ont circulé sur l’origine de ces crimes atroces : serial killer, mafia, trafic de snuff movies, d’organes, traite des blanches... « Nous avons étudié chaque hypothèse, confronté les rapports d’autopsies, rencontré les juges, des experts, des avocats, des familles de victimes, raconte Marc Fernandez présent à l’avant première du film, co-auteur d’un excellent livre sur la question (voir ci-contre). En fait les responsables sont sans doute multiples, ces assassinats rendent compte de la profonde complexité d’une cité laboratoire de la mondialisation sauvage, quatrième ville du pays, située à la frontière des États-Unis en face de sa jumelle américaine d’El Paso (Texas). » Un cocktail détonnant où coexistent un cartel de la drogue, une populations en situation de grande précarité (80 % des habitants viennent de l’intérieur du Mexique), une police locale extrêmement corrompue…


Seule certitude, plus de dix ans après le premier meurtre, les rares investigations officielles ont été entachées d’irrégularités et d’impunité. Près de vingt suspects ont été arrêtés, une dizaine condamnés et présentés à l’opinion publique comme les responsables de ces tueries mais le « féminicide » n’a pas pour autant cessé. En 2006, on comptait encore 32 assassinats de femmes, déjà 12 en 2007. « Les préjugés sexistes ont encouragé la poursuite des crimes », explique Geneviève Garrigos, responsable de la région Amérique à Amnesty France.


Certes, la pression nationale et internationale a permis quelques progrès : la Commission spéciale pour la prévention et l’éradication des violences contre les femmes à Juarez – seule institution étatique à reconnaître que ces crimes visent les femmes – joue un rôle important dans l’assistance économique et sociale des familles de victimes ; une association argentine d’anthropologie médicolégale permet désormais d’identifier les corps.


Par ailleurs, en janvier 2004, le gouvernement de Vincente Fox a nommé une Procureure fédérale spéciale pour coordonner les enquêtes locales et fédérales. Celle-ci a ordonné une révision complète des investigations menées par la juridiction régionale (État de Chihuahua) se saisissant du dossier de 24 d’homicides. Dans son rapport, publié en février 2006, elle mettait en cause 177 fonctionnaires soupçonnés de négligence et d’omission lors du déroulement des enquêtes. Pourtant aucun n’a été déféré devant la justice, quatre d’entre eux dont les dossiers n’étaient pas prescrits ont reçu une simple sanction administrative et certains tiennent toujours un rôle important au Bureau du procureur. De plus ce rapport minimisait l’intensité de la violence sexiste. « La procureure Alicia Helena Pérez Duarte nous a dit que nos « disparues » avaient fugué, se prostituaient, ou fuyaient la violence domestique », s’insurgeait Marisela Ortiz lors de son passage à la section française d’Amnesty.


Finalement, en juillet dernier, la nouvelle Procureure fédérale spéciale a décidé de clore les enquêtes sur 14 cas, faute d’éléments prouvant que ces délits relevaient de la justice fédérale. Les dossiers sont donc revenus entre les mains des autorités du Chihuahua. Retour à la case départ !
Aurélie Carton