Violences faites aux femmes : le poids des mots ne doit pas être minimisé
15.04.2009
DÉCLARATION PUBLIQUE d'Amnesty International France
réf : SF09M32 - Paris, le 15 avril 2009
Violences faites aux femmes :
Le poids des mots ne doit pas être minimisé
Amnesty International France (AIF) constate qu’une vive émotion et une grande inquiétude est actuellement suscitée par une chanson du rappeur Orelsan. L’auteur indique l’avoir retiré de son album et ne plus la chanter sur scène mais celle-ci continue à circuler sur internet. La secrétaire d’Etat chargée de la solidarité, Mme Valérie Létard, a évoqué des «paroles inadmissibles qui constituent une véritable incitation à la haine, voire au meurtre en direction des femmes» et a indiqué qu’elle envisageait de saisir le procureur de la République de Paris «dans les plus brefs délais». Le rappeur a expliqué qu’il avait voulu montrer comment l’amour pouvait se transformer en haine et qu’il ne voulait absolument pas justifier les violences contre les femmes.
S’il n’appartient pas à AIF de juger des intentions de l’auteur, on ne peut cependant que souhaiter très vivement un minimum de responsabilité de la part de toutes les personnalités publiques qui s’adressent à un public très large - et à un public jeune - pour éviter que de telles paroles ne soient interprétées par une partie des auditeurs comme une incitation à la haine, à la discrimination et/ou à la violence. La prévention de la violence contre les femmes exige par ailleurs une vigilance active de la part des pouvoirs publics.
Les violences faites aux femmes commencent souvent par des mots. Amnesty International a pu malheureusement le vérifier à de nombreuses reprises dans divers pays et, ce, sur tous les continents. Les mots peuvent blesser. Ils peuvent aussi tuer. Rien ne serait pire que de les banaliser.
Complément d’information
Les violences faites aux femmes sont parmi les violations des droits humains les plus répandues et les plus graves à travers le monde. En France, selon
l’Observatoire national de la délinquance, 166 femmes sont mortes en 2007 des suites des violences commises par leurs conjoints ou ex-conjoints, soit une augmentation de près de 27% par rapport à l’année 2006.
Amnesty International, qui mène depuis 2004 une campagne mondiale contre ces violences, a demandé en 2006 aux autorités françaises de se doter d’un plan d’action national contre ces violences qui combinerait des mesures de répression, de protection, de prévention et de sensibilisation. Amnesty International France (AIF) a notamment recommandé un travail renforcé sur la prévention des comportements sexistes.
Pour en savoir plus : www.amnesty.fr/femmes
Campagne et Rapport d'Amnesty International 2006, Les violences faites aux femmes en France, une affaire d’Etat