
(C) Annie Delay
Bonne nouvelle
18 décembre 2009
Amnesty International se réjouit du fait qu'Aminatou Haïdar, une militante des droits humains sahraouie qui a mené une grève de la faim pendant un mois à l'aéroport de Lanzarote, a pu retourner chez elle auprès de ses enfants.
Aminatou Haïdar a dit qu'un représentant du gouvernement espagnol lui avait indiqué que les autorités marocaines et espagnoles étaient parvenues à un accord, et qu'elle avait été autorisée à retourner au Sahara occidental à bord d'un vol privé. Son passeport lui a été rendu par les autorités marocaines à son arrivée.
Elle a déclaré à Amnesty International vendredi que son retour représentait une victoire pour les droits humains et la justice.
Aminatou Haïdar avait entamé une grève de la faim le 15 novembre, après son expulsion du Sahara occidental par les autorités marocaines. Elle a été hospitalisée jeudi matin en raison de la dégradation de son état de santé.
« Nous somme ravis de savoir qu'Aminatou Haïdar a finalement pu retourner chez elle et récupérer son passeport, a indiqué Philip Luther, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.
« Il ne faut cependant pas que des restrictions lui soient imposées. Aminatou Haïdar et les autres défenseurs des droits humains sahraouis doivent pouvoir jouir de leur droit à la liberté d'expression sans avoir à craindre des représailles. »
L'avion qui transportait Aminatou Haïdar, sa sœur et son médecin a atterri à Laayoune aux environs de minuit jeudi. Selon certaines informations, la présence des forces de sécurité avait été nettement renforcée dans la ville, en particulier autour de la maison de la famille d'Aminatou Haïdar.
D'après l'agence de presse officielle du Maroc, la militante a été autorisée à rentrer chez elle après que des pays «amis» eurent plaidé en faveur d'une solution humanitaire. La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, s'est félicitée de la décision prise par le Maroc de permettre le retour d'Aminatou Haïdar «pour des raisons humanitaires». Amnesty International demandait son retour sans condition depuis qu'elle était bloquée à l'aéroport de Lanzarote.
Aminatou Haïdar a été arrêtée le 13 novembre à l'aéroport de Laayoune, au Sahara occidental, alors qu'elle rentrait d'un voyage d'un mois dans plusieurs pays, notamment au États-Unis, où elle a reçu le prix du Courage civique 2009, décerné chaque année à une personne qui a fait preuve d'une «résistance inébranlable face au mal, à ses risques et périls».
Elle a été interrogée sur les raisons pour lesquelles elle avait indiqué comme lieu de résidence «Sahara occidental» et non «Sahara marocain» sur sa carte de débarquement. On l'a également questionnée sur son voyage, ainsi que sur ses opinions et affiliations politiques.
Son passeport marocain lui a alors été confisqué et elle a été retenue à l'aéroport jusqu'au lendemain.
Aminatou Haïdar a déclaré que le 14 novembre des hauts responsables marocains avaient proposé de la libérer si elle reconnaissait publiquement la «souveraineté» du Maroc sur le Sahara occidental. Elle n'a pas accepté. Quelques heures plus tard, elle embarquait sur un vol à destination de Lanzarote, aux Canaries.
Amnesty International a écrit le 11 décembre au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, pour lui demander de poursuivre ses efforts en vue d'obtenir le retour d'Aminatou Haïdar au Sahara occidental sans condition et sans délai, et que ses papiers d'identité lui soient rendus.
Amnesty International a également réitéré son appel pour l'intégration d'un volet de surveillance des droits humains dans la Mission des Nations unies pour l'organisation d'un référendum au Sahara occidental (MINURSO), déployée depuis 1991 afin de surveiller le cessez-le-feu entre le Maroc et le Front Polisario et d'organiser un référendum sur le statut de ce territoire.
L'intégration d'un volet de surveillance des droits humains dans le mandat de la MINURSO, qui doit être renouvelé en 2010, représenterait une importante avancée en matière de lutte contre les violations de ces droits au Sahara occidental.
Le Sahara occidental fait l'objet d'une querelle territoriale entre le Maroc, qui revendique sa souveraineté, et le Front Polisario, qui appelle à la création d'un État indépendant et a établi un gouvernement autoproclamé, en exil dans les camps de réfugiés du sud-ouest de l'Algérie.
Qui est- elle ?
Agée de 42 ans et mère de deux enfants, elle a reçu de nombreuses récompenses prestigieuses pour son inlassable action pour la défense des droits humains.
Elle vient de recevoir le prix du courage civil 2009, octroyé par la "John Train Fondation" américaine.
Elle a également reçu en 2008, le prix de la fondation Robert Kennedy , le prix Silver Rose de Solidar, une alliance internationale indépendante, (Autriche, 2007), le prix Juan Maria Bandres Humain Rights (Espagne, 2006).
Elle a également reçu le prix Andreï Sakharov pour les droits de l'homme, de la part du Parlement européen et le prix Ginetta Sagan Fund de Amnesty International (section Etats unis).
Elle a été proposée pour le prix Nobel de la Paix.
Les faits
Présidente du Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l’homme (CODESA), Aminatou Haidar a été interceptée par des responsables de la sécurité à son arrivée à l’aéroport de Laayoune le 13 novembre 2009, alors qu’elle rentrait d’un voyage d’un mois à l’étranger, notamment aux Etats-Unis.
Ces agents de la sécurité se sont offensés de ce qu’elle ait indiqué sur sa carte de débarquement «Sahara occidental» et non «Sahara marocain» comme lieu de résidence, et qu’elle n’ait pas fait mention de sa nationalité marocaine.
Elle a été interrogée en présence du procureur général du roi à Laayoune par un groupe d'une quinzaine d'agents de la police judiciaire et de responsables de la sécurité.
Des questions lui ont été posées sur ses convictions politiques et ses activités en faveur des droits humains, sur ce qu'elle avait fait au cours de son séjour à l'étranger, on lui a demandé qui avait payé son voyage et quels soins médicaux lui avaient été prodigués en Espagne..
Elle a été retenue à l’aéroport jusqu’au lendemain.
La police lui a alors demandé de reconnaître officiellement la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, ce qu’elle a refusé de faire.

Aminatou Ali Ahmed Haidar, défenseure des droits des sahraouis.
© Berserk Productions
Le 14 novembre 2009, elle était placée dans un avion à destination de Lanzarote, aux Canaries, où elle se trouve actuellement.
D’après les autorités marocaines, Aminatou Haidar a en fait «renoncé» à sa nationalité marocaine.
Depuis son arrivée à Lanzarote, Aminatou Haidar n’a pas quitté l’aéroport et demande à pouvoir rentrer à Laayoune.
Elle a entamé une grève de la faim le 15 novembre 2009 à minuit pour protester contre son expulsion forcée.
Elle souffre d’anémie, d’un ulcère et de troubles oculaires.
Les défenseurs des droits humains sahraouis et le roi du Maroc Mohamed VI
L'expulsion d'Aminatou Haidar est la dernière en date d'une série de mesures prises par les autorités marocaines contre des défenseurs sahraouis des droits humains et des partisans de l'autodétermination pour le Sahara occidental.
En octobre 2009, les autorités marocaines ont confisqué les documents de voyage de six militants sahraouis – Sidi Mohamed Daddach, Ahmed Sbai, Laarbi Massoud, Atig Brai, Ibrahim Ismaili et Sultana Khaya – les empêchant ainsi de se rendre en Mauritanie et en Espagne.
Sept prisonniers d'opinion sahraouis sont incarcérés à la prison civile de Salé depuis le 16 octobre 2009.
Ils ont été arrêtés le 8 octobre 2009 à l'aéroport Mohammed V de Casablanca, à la descente de l'avion qui les ramenait d'Algérie.
Ahmed Alnasiri, Brahim Dahane, Yahdih Ettarouzi, Saleh Labihi, Dakja Lashgar, Rachid Sghir et Ali Salem Tamek sont membres de plusieurs organisations de défense des droits humains et groupes de la société civile, notamment l'Association marocaine des droits humains, AMDH), l'Association sahraouie des victimes des graves violations des droits de l'homme commises par l'État du Maroc, ASVDH) et le Collectif des défenseurs sahraouis des droits de l'homme, CODESA).
Plusieurs d'entre eux se consacrent depuis très longtemps à la situation au Sahara occidental et à la collecte d'informations sur les violations des droits humains qui y sont perpétrées.
Le 6 novembre 2009, à l'occasion d'un discours commémorant l'anniversaire de la Marche verte à l'issue de laquelle le Maroc a pris possession de l'ancien territoire espagnol du Sahara occidental en 1975, le roi Mohamed VI a déclaré que remettre en question «l'intégrité territoriale»du Maroc – référence au rattachement du Sahara occidental – ne serait pas toléré.
«On ne peut jouir des droits de la citoyenneté et les renier à la fois en complotant avec les ennemis de la patrie», a averti le roi, laissant entendre ainsi que les Sahraouis qui réclament l'autodétermination pourraient être privés de leur citoyenneté marocaine pour avoir exprimé leur opinion.
Recommandations d'Amnesty International
Amnesty International demande instamment aux autorités marocaines de s'acquitter de ses obligations internationales au titre de l'article 12.4 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP).
Celui-ci précise que « Nul ne peut être arbitrairement privé du droit d'entrer dans son propre pays ».
Le Maroc a ratifié le PIDCP.
Aminatou Haidar doit être autorisée à regagner Laayoune immédiatement sans condition et les autorités marocaines doivent lui restituer ses documents de voyage et papiers d'identité.
Les autorités marocaines doivent également restituer aux six militants sahraouis les documents de voyage et papiers d'identité qui leur ont été confisqués en octobre et respecter leur droit de circuler librement.
PETITION EN LIGNE adressée au Premier ministre marocain
Cette action est maintenant terminée, merci de l'avoir soutenue
EN SAVOIR PLUS
Maroc et Sahara occidental. Huit nouveaux prisonniers d'opinion en octobre
Index AI: MDE 29/011/2009 - 6 novembre 2009
L'arrestation en octobre de huit personnes, accusées d'avoir franchi une ligne blanche en traitant de sujets «tabous» tels que la monarchie et le statut du Sahara occidental, constitue une atteinte sérieuse à la liberté d'expression par les autorités marocaines, a déclaré Amnesty International ce vendredi 6 novembre 2009.
Maroc et Sahara occidental. L'expulsion d'une défenseure des droits humains reflète une intolérance grandissante
Index AI: MDE 29/012/2009 - 17 novembre 2009
Amnesty International déplore la décision des autorités marocaines d'expulser Aminatou Haidar, défenseure des droits humains, du Sahara occidental le 14 novembre. L'organisation demande instamment aux autorités de l'autoriser immédiatement à rentrer chez elle à Laayoune. Amnesty International craint qu'elle n'ait été prise pour cible en raison de son action en faveur des droits humains et de son soutien public en faveur de l'autodétermination du peuple sahraoui.
Maroc et Sahara occidental. Des militants sahraouis pris pour cible après s'être rendus dans les camps de Tindouf
Index AI: MDE 29/010/2009 - 13 octobre 2009
Maroc et Sahara occidental. Le défenseur des droits humains Ennaâma Asfari doit bénéficier d'un procès équitable
Index AI: MDE 29/009/2009 - 17 août 2009
Maroc et Sahara occidental. Des Sahraouis empêchés de voyager et sanctionnés pour leurs prises de position
Index AI: MDE 29/008/2009 - 7 août 2009
Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait soutenir une surveillance indépendante des droits humains au Sahara occidental et dans les camps de Tindouf
Index AI: IOR 52/002/2009 - 28 avril 2009