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Actualités
26.06.2006
RDC recrudescence du nombre d’enfants soldats

Un article extrait du mensuel international LE FIL d'AI de juin 2006

 


RDC : enfants démobilisés - Bukavu
Munis de leur «attestation de sortie» de l’armée, des enfants démobilisés s’apprêtent à quitter un centre de Bukavu où une ONG les a recueillis. Ils auront bientôt rejoint leur famille, mais un bon nombre risquent fort d’être réenrôlés par des groupes armés.
En novembre 2005, un ancien enfant soldat, un jeune garçon de seize ans que nous appellerons Patrick, est rentré dans son village de la province rurale du Nord-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), pour retrouver ses parents et ses sœurs, qu’il n’avait pas vus depuis trois ans. Six semaines plus tard, la joie du retour était brisée par l’arrivée de soldats venus le chercher.

«Ils ont demandé à voir mon "attestation de sortie" [des forces armées] et l’ont déchirée puis ils m’ont battu.Ils ont accusé mon père d’abriter un déserteur et l’ont frappé jusqu’à ce qu’il tombe par terre.Ensuite, ils ont pillé la maison, ils m’ont attaché et ils m’ont emmené.Quand on est arrivé à leur camp, j’avais tellement peur qu’ils me frappent encore que je leur ai dit que j’allais travailler pour eux.»

Pendant trois semaines Patrick a servi comme garde, puis une nuit il a réussi à s’enfuir. Il se trouve maintenant dans un centre d’accueil pour anciens enfants soldats administré par une organisation non gouvernementale (ONG) dans la ville de Goma.

Les soldats qui l’ont enlevé sont des sympathisants de Laurent Nkunda, un ancien officier supérieur du groupe armé RCD-Goma accusé de crimes de guerre. Au cours de ces derniers mois, ses forces ont procédé à un très grand nombre de recrutements forcés. De nombreux enfants, dont certains n’avaient que douze ans, ont été enlevés pour combattre le gouvernement aux côtés des insurgés. Plusieurs d’entre eux sont, comme Patrick, d’anciens enfants soldats qui venaient tout juste de retrouver leur foyer après avoir bénéficié d’un programme national de démobilisation. L’enrôlement d’enfants de moins de quinze ans, que ce soit dans l’armée régulière ou dans des groupes armés, est considéré comme un crime de guerre aux termes du droit international.



Des milliers d’enlèvements

Dans le cadre du conflit qui sévit en RDC depuis 1998, plusieurs milliers d’enfants comme Patrick ont été forcés de se battre ou de travailler comme esclaves domestiques ou sexuels pour les groupes armés.
Patrick avait douze ans lorsque des combattants d’un groupe armé ont encerclé son école pour l’emmener dans la forêt, en compagnie de plusieurs autres enfants. Pendant trois ans, il a été confronté à la souffrance et aux dangers des combats, aux coups, à la malnutrition et à la maladie, avant d’être finalement relâché.
De ses camarades d’école, il dit: «La plupart sont morts

Grâce à la signature, en 2002, d’un accord de paix national, il était enfin permis d’espérer que les enfants ne soient plus utilisés systématiquement dans les combats. Vers la fin de 2004, la plupart des groupes armés avaient même accepté un programme gouvernemental visant à intégrer leurs forces dans une armée nationale unifiée dont devait être exclue toute personne âgée de moins de dix-huit ans. Lorsqu’ils se sont rendus dans les centres d’accueil militaires, les groupes armés ont amené avec eux un grand nombre d’enfants (mais pas tous, loin de là). Ceux-ci ont ensuite été conduits dans des centres administrés par des ONG et destinés à les aider à retourner à la vie civile.

Mais la reprise des recrutements d’enfants par Laurent Nkunda menace de réduire à néant les progrès réalisés jusqu’à présent. Il semblerait que des groupes armés maï-maï opposés à Laurent Nkunda aient eux aussi recommencé à engager des enfants dans leurs rangs, ou refusent de libérer ceux qui s’y trouvent déjà. Les recrutements et l’insécurité persistante dans le Nord-Kivu ont un effet néfaste sur les programmes des ONG s’adressant aux enfants démobilisés et plusieurs ont dû être suspendus ces dernières semaines.

Amnesty International demande à Laurent Nkunda et à tous les autres chefs de groupes armés de faire cesser immédiatement les recrutements et l’utilisation d’enfants. L’organisation lance un appel au gouvernement de la RDC et à la communauté internationale afin qu’ils entreprennent une action concertée pour traduire en justice Laurent Nkunda – qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt international décerné par le gouvernement congolais en septembre 2005 – et les autres recruteurs d’enfants. Après, et seulement après, les enfants soldats comme Patrick pourront rentrer chez eux sans crainte.

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Extrait du Rapport Annuel 2009