Malaisie. Il faut mettre fin à la répression sans précédent visant des centaines de personnes en vertu d'une loi sur la sédition

[26/01/2016]

La Malaisie bascule dans une ère de répression, le gouvernement ayant pris au cours des deux dernières années des mesures sans précédent en vertu de la Loi relative à la sédition afin de réduire au silence, harceler et enfermer des centaines de dissidents, écrit Amnesty International dans une nouvelle synthèse rendue publique mardi 26 janvier.   

Ce document, intitulé Critical Repression: Freedom of expression under attack in Malaysia, explique que le recours à la Loi relative à la sédition - qui accorde aux autorités des pouvoirs étendus contre ceux qui s’opposent à elles - a explosé depuis que le Barisan Nasional, la coalition gouvernementale, a remporté de justesse les élections générales de 2013. On a recensé 170 affaires de sédition depuis lors.  

Pour la seule année 2015, au moins 91 personnes ont fait l’objet d’une arrestation, d’une inculpation ou d’une enquête pour sédition - près de cinq fois plus que durant les 50 premières années d’existence de cette loi.  

« S’exprimer haut et fort en Malaisie devient de plus en plus dangereux. En renforçant la répression et en prenant pour cible des dizaines d’individus considérés comme des détracteurs, le gouvernement réagit de la pire des manières face à ceux qui défient son autorité », a déclaré Josef Benedict, responsable de l’action sur l’Asie du Sud-Est.  

« La loi relative à la sédition n’a pas sa place dans une société moderne et respectueuse des droits, il s’agit d’un texte très répressif qui est devenu l’arme de prédilection des autorités pour s’en prendre à l’opposition.  

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes - la multiplication des affaires de sédition ces dernières années met en relief la diminution rapide de l’espace dévolu à la liberté d'expression. »  

Les autorités malaisiennes ont jeté un large filet répressif dans le cadre de leur utilisation de la Loi relative à la sédition, prenant pour cible des individus divers tels que des défenseurs des droits, des journalistes, des avocats et des politiciens de l’opposition.  

Cette synthèse est diffusée avant l’audience, jeudi 28 janvier, du dessinateur Zunar, qui encourt une longue peine de prison pour sédition, en raison d’une série de tweets dans lesquels il critiquait le gouvernement.         

Autre victime récente de cette loi, Khalid Ismath, un militant étudiant, doit répondre de trois accusations de sédition portées contre lui en octobre 2015 parce qu’il avait publié sur Facebook un statut dénonçant les abus de pouvoir de la police malaisienne. Khalid Ismath attend actuellement l’ouverture de son procès.  

La menace d’une arrestation a eu un effet paralysant sur le débat public et la liberté d'expression en Malaisie, en particulier pour les médias indépendants. Susan Loone, une journaliste appréhendée pour sédition en 2014 après qu’elle eut publié un article critiquant la police, a déclaré à Amnesty International que ses collègues s’autocensurent parfois pour éviter d’être harcelés par les autorités.  

En ce qui la concerne, Susan Loone ne renonce pas : « Si écrire la vérité, poser des questions, prendre un ministre à partie ou demander des comptes à une personnalité influente revient à entrer en rébellion, alors rebellons-nous tous. »

La Loi relative à la sédition est un vestige de l’ère coloniale britannique en Malaisie, introduite en 1948 pour combattre le mouvement indépendantiste. Les personnes reconnues coupables sont passibles de trois années d'emprisonnement, d'une amende de 5 000 ringgits (environ 1 080 euros) ou des deux pour une première infraction. Toute récidive peut leur valoir une peine allant jusqu’à cinq ans de prison.  

En 2012, le Premier ministre, Najib Razak, s’est engagé à abroger cette loi ; or, non seulement le gouvernement est revenu sur cette promesse, mais il a en outre renforcé et élargi la portée de la Loi relative à la sédition.  

Une modification de cette loi, adoptée de manière accélérée par le Parlement en avril 2015 après moins d’une journée de débats, a : ajouté la critique de la religion à la liste d’infractions relevant de la sédition ; réduit la marge de manœuvre des juges lorsqu’ils prononcent une condamnation, les obligeant à imposer des peines de prison d’une durée comprise entre trois et sept ans ; et également fait tomber les médias électroniques et les partages sur les médias sociaux sous le coup de cette loi.  

« Il est profondément inquiétant que les autorités malaisiennes s’efforcent de faire de la Loi relative à la sédition un outil de répression encore plus puissant, plutôt que l’abroger comme elles l’avaient promis », a déclaré Josef Benedict.  

« Internet et les médias sociaux sont d’une aide très précieuse à de nombreux militants à travers la Malaisie, ce que les autorités essaient promptement de réprimer. »  

Amnesty International demande aux autorités malaisiennes d’abroger de toute urgence la Loi relative à la sédition, d’annuler les déclarations de culpabilité prononcées contre les personnes condamnées en vertu de ce texte pour avoir exercé pacifiquement leurs droits à la liberté d'expression, et de garantir qu’elles soient immédiatement relâchées.  

L’organisation exhorte la Malaisie à réexaminer et modifier toutes les autres lois qui restreignent l’exercice du droit à la liberté d’expression, afin de les mettre strictement en conformité avec le droit international relatif aux droits humains et les normes en la matière.   

Note aux rédacteurs

La synthèse sera rendue publique lors d’une conférence de presse à Kuala Lumpur, à l’hôtel Best Western, section 13, Petaling Jaya.