Le président mexicain en France pour le 14 juillet : Disparus et torturés, les oubliés du défilé ?

[09/07/2015]

À l’occasion de la visite officielle du président mexicain Enrique Peña Nieto en France le 14 juillet prochain, l’ACAT, Amnesty International France (AIF) et le Collectif Paris-Ayotzinapa appellent François Hollande à interpeller son homologue sur le respect des droits humains au Mexique et dans l’enquête concernant les 43 étudiants disparus le 26 septembre 2014.

 « Les disparitions forcées, la torture et les détentions arbitraires constituent des pratiques répandues parmi les forces de sécurité et de police mexicaines. François Hollande doit rappeler à son invité que ces actes ne peuvent rester impunis, alors que la France célébrera sa fête nationale. », appelle Geneviève Garrigos, présidente d’Amnesty International France.

 « On est face à un État qui a ratifié presque tous les traités de protection des droits de l’homme mais ne prend aucune mesure concrète pour sanctionner les crimes commis par les forces de sécurité. Malgré les efforts déployés par le Mexique pour se présenter comme un État de droit, le gouvernement échoue dans les faits à protéger les droits humains » rappelle Anne Boucher, responsable Amériques de l’ACAT.

 Entre 2010 et fin 2013, la Commission nationale des droits humains mexicaine a reçu plus de 7 000 plaintes pour torture et autres mauvais traitements. Face à ces plaintes, seuls sept tortionnaires ont à ce jour été déclarés coupables par les tribunaux fédéraux.

 Bien que cela soit illégal, des membres de l'appareil judiciaire continuent de retenir comme preuves des éléments obtenus grâce à la détention arbitraire et à la torture. Ces pratiques conduisent à la tenue de procès iniques et portent davantage atteinte à la crédibilité de la justice.

 Dans l’affaire des 43 étudiants disparus à Iguala, plusieurs des personnes détenues allèguent avoir subi des tortures pour les obliger à s’inscrire dans la version des autorités fédérales. Dès octobre 2014, lors de rassemblements de solidarité qui ont suivi les disparitions, des journalistes, des étudiants et des parents de disparus ont été agressés par des policiers. Dans son dernier rapport paru le 29 juin, le groupe d’experts (GIEI), créé par la Commission interaméricaine des droits de l’homme et chargé d’enquêter de manière indépendante, a indiqué que les autorités ne leur ont toujours pas permis d’auditionner les membres du bataillon militaire présents sur les lieux du massacre selon plusieurs témoignages.

 D’autres cas de torture et de déclarations faussées par les autorités ont été relevés : en juin 2014, 22 civils ont trouvé la mort au cours d’une opération militaire dans un entrepôt à Tlatlaya (État de México). Alors que les autorités invoquaient une riposte à une attaque de trafiquants, il a été démontré qu’il s’agissait d’exécutions extrajudiciaires et que les agents du ministère public avait participé aux exactions en dissimulant des preuves, et en agressant sexuellement trois femmes arrêtées à l’issue de l’intervention.

Un autre cas emblématique est celui de Yecenia Armenta, arrêtée par des policiers en civils, détenue et torturée. Elle a notamment été asphyxiée, suspendue la tête en bas et agressée sexuellement. Puis, elle a été obligée de signer les aveux à la base de son inculpation. Des médecins légistes indépendants ont depuis examiné Yecenia deux fois et ont à chaque fois conclu qu’elle avait bien été torturée. Yecenia demeure toujours en prison.

 ACAT, Amnesty International France (AIF) et le Collectif Paris-Ayotzinapa appellent le président Hollande à placer les droits humains au cœur de sa rencontre avec Enrique Peña Nieto.

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