De l’espoir à l’horreur. Cinq ans de crise en Syrie

[11/03/2016]

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Des violations des droits humains de toutes sortes, parmi lesquelles des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité, accablent la Syrie depuis cinq années, causant d'immenses souffrances, a déclaré Amnesty International à l’occasion du cinquième anniversaire des premières manifestations antigouvernementales dans le pays, le 15 mars 2011.

« Les cinq années écoulées depuis le début du soulèvement en Syrie ont été caractérisées par des exactions et des effusions de sang d’une ampleur colossale. Depuis que les forces gouvernementales syriennes ont ouvert le feu sur des manifestants pacifiques, cette crise a été marquée par la souffrance des civils et la brutalité », a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

« Les forces gouvernementales et des groupes armés non-étatiques, notamment celui qui se fait appeler État islamique (EI), ont fait preuve de mépris pour les droits humains et les lois de la guerre, ainsi que pour les civils qu’ils tuent, mutilent, déplacent et, dans certaines zones assiégées, affament. »

« Les forces gouvernementales ont commis des crimes contre l'humanité en suivant des stratégies telles que des attaques incessantes utilisant des barils d’explosifs contre des zones civiles, une campagne de disparitions de masse et des actes de torture à une échelle industrielle. Certains groupes armés, en particulier l’EI, ont exploité l’intérêt des médias internationaux pour faire état avec cynisme de leurs propres crimes de guerre, comme l’enlèvement et l’exécution sommaire de civils syriens et étrangers. »

Voici un rappel de cinq moments clés ayant signalé une aggravation de la crise en Syrie au cours de ces cinq dernières années.

·      Le 18 mars 2011, trois jours après le début du soulèvement, les forces gouvernementales syriennes ont ouvert le feu sur des manifestants pacifiques dans la ville de Deraa, dans le sud du pays, tirant à balles réelles contre des personnes qui demandaient la libération de garçons arrêtés et torturés pour des graffiti antigouvernementaux. Cela a marqué un tournant, et préfiguré le recours généralisé à la force meurtrière par les forces gouvernementales pour réprimer des manifestations pacifiques, ce qui a fini par déboucher sur un véritable conflit armé.

·      Des séquences vidéo montrant des civils victimes d’une attaque à l’arme chimique dans la Ghouta orientale, à l’est de Damas en août 2013, ont choqué le monde, le mettant face à la cruauté des violations commises en Syrie. Cela ne constituait malheureusement que la partie visible de l’iceberg. À travers la Syrie, des civils sont tués tous les jours, souvent en très grand nombre lors d’attaques utilisant d’autres armes interdites, comme les armes à sous-munitions, ou des armes ordinaires, comme des bombes, des missiles et des mortiers. Le Conseil de sécurité des Nations unies se fait cependant prier depuis des années, les États membres ne faisant pas preuve de la cohésion requise pour saisir la procureure de la Cour pénale internationale de la situation en Syrie, et la Russie et la Chine en particulier ayant bloqué plusieurs résolutions sur la protection des civils, en usant de leur véto.

·      Les images surréalistes de foules assiégées faisant la queue pour recevoir des colis humanitaires à Yarmouk, aux abords de Damas, en janvier 2014 ont donné à voir la réalité quotidienne de milliers de personnes prises au piège à travers la Syrie, qui meurent de faim et d’une absence de soins. Au-delà de Yarmouk, la faim est utilisée comme arme de guerre par les forces gouvernementales et des groupes armés dans des lieux tels que Moadamiya, la Ghouta orientale, Madaya et al Fouaa. Actuellement, plus de 400 000 personnes vivent en état de siège dans 15 zones à travers la Syrie. Si les habitants des secteurs assiégés bénéficient désormais d’une aide humanitaire restreinte en vertu de l’accord de cessez-le-feu conclu récemment, des civils continuent à risquer de mourir de faim et ont désespérément besoin d’accéder sans entraves à une assistance humanitaire.

·      Des photographies montrant des corps portant des traces de torture, décharnés par la faim et brûlés, connues comme les photos de « César », ont été sorties clandestinement de Syrie par un soldat transfuge, et rendues publiques en janvier 2014. Elles ont fourni les éléments de preuve les plus solides à ce jour du recours systématique à la torture et aux exécutions extrajudiciaires dans les centres de détention du gouvernement, révélant à la communauté internationale les tactiques impitoyables employées pour sanctionner ceux qui osent s’opposer au gouvernement du président Bachar el Assad. Des dizaines de milliers de personnes continuent à manquer à l’appel après avoir été arrêtées par un des divers services syriens de sécurité et de renseignement.

·      La Russie a lancé ses premières frappes aériennes en soutien au gouvernement syrien en septembre 2015, visant ostensiblement l’EI mais frappant principalement des zones sous le contrôle de groupes armés d’opposition. L’entrée de la Russie dans le conflit a donné lieu à d’intenses bombardements aériens, en particulier dans le nord de la Syrie, qui ont tué des centaines de civils, notamment dans le cadre d’attaques semblant constituer des crimes de guerre. Tout récemment, lors d’une offensive à proximité d’Alep, des avions de guerre russes et syriens ont bombardé des hôpitaux dans le cadre de leur stratégie militaire, en violation flagrante du droit international.