Calais. La France et le Royaume-Uni doivent réunir les familles déchirées de réfugiés et migrants

[15/02/2016]

Le Royaume-Uni et la France doivent coopérer de toute urgence pour identifier, dans les camps du Nord de la France, les réfugiés et les migrants qui ont des liens familiaux aux Royaume-Uni afin d’assurer un transfert rapide vers leur famille, selon Amnesty International.


Environ 6 500 réfugiés et migrants vivent dans la misère des camps de fortune à Calais et Dunkerque. Suite à une récente mission, Amnesty International estime que certaines de ces personnes, dont des mineurs accompagnés et non-accompagnés, des femmes seules exposées à la violence, à l'exploitation et à la traite, et des victimes de traumatismes, ont de solides arguments juridiques pour pouvoir rejoindre leur famille au Royaume-Uni, que ce soit au titre du droit européen ou de la règlementation britannique relative à l’immigration.

 

« Les autorités françaises et britanniques ne cessent de marteler que personne ne doit passer la Manche. Cependant, notre recherche montre que de nombreux réfugiés et migrants ont le droit d'être réunis avec leur famille au Royaume-Uni, sans devoir attraper des trains en marche », déclare Jean-François Dubost, responsable du Programme Personnes déracinées à Amnesty International France.

 

Un jeune afghan de 15 ans vit dans le camp de Calais en attendant de rejoindre sa grand-mère et son oncle au Royaume-Uni, il explique : « Je ne sais pas si [faire une demande d’asile en France] est possible pour moi. Mais, même si c’était possible de rester en France, je ne veux pas, je veux être avec ma famille. »

 

Les informations et aides juridiques sont quasiment inexistantes à Grande-Synthe, tandis qu'à Calais, elles sont insuffisantes. Par conséquent, la grande majorité des personnes vivant dans les camps ne sont pas au fait des droits dont elles pourraient bénéficier en France et des choix qui s'offrent à elles.

 

Ces personnes n'ont pas accès à ces voies légales pour rejoindre le Royaume-Uni car elles ne connaissent ni leurs droits ni les alternatives qui s’offrent à elles. De plus, les procédures complexes et la charge de la preuve de leurs liens familiaux sont bien trop lourdes pour elles. Par conséquent, elles n'ont pas d'autre choix que de payer des trafiquants et de risquer leur vie en traversant la Manche de manière irrégulière, soit en montant dans des camions, soit en tentant la traversée à pied à travers le tunnel, soit en montant à bord de bateaux de fortune.

 

Une femme irakienne enceinte, vivant dans le camp de Grande-Synthe avec ses frères et sœurs, son mari et sa mère témoigne : « Nous n'avons pas vu notre père depuis 7 ans. Nous lui parlons tous les jours. Il essaie de nous faire venir au Royaume-Uni. Un avocat a affirmé à notre père qu'il pouvait faire venir sa femme et ses enfants mineurs, mais personne d'autre. Mais, même cela, va apparemment prendre très longtemps. »

 

Bien que la responsabilité principale d'assurer des conditions de vie correctes et un accès aux informations et aides juridiques incombe aux autorités françaises, le gouvernement britannique ne peut s’affranchir de toute responsabilité.

 

« Les règles en matière de rapprochement familial sont actuellement restreintes à la famille nucléaire, c’est-à-dire aux compagnons et aux enfants à charge. Ces règles doivent être étendues afin d’inclure les membres de la famille élargie. En procédant ainsi, le Royaume-Uni partagerait avec la France sa part de responsabilité de la crise mondiale des réfugiés », déclare Steve Symonds, directeur du Programme Asile à Amnesty International Royaume-Uni.

 

Amnesty International exhorte les deux Etats à garantir aux réfugiés et migrants vivant dans les camps l’accès à un accompagnement juridique approprié pour que celles et ceux qui ont des membres de leur famille au Royaume-Uni puissent les rejoindre.

 

Notes aux rédacteurs

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