L'Arabie saoudite arrête un avocat et militant en faveur des droits humains sur fond de répression de la dissidence

L'Arabie saoudite doit immédiatement libérer Waleed Abu al Khair, défenseur des droits humains et avocat de premier plan, qui a été appréhendé après sa cinquième audience devant le tribunal pénal spécial mardi 15 avril et conduit à la prison d'al Hair sans aucune explication, a déclaré Amnesty International.

L'arrestation de Waleed Abu al Khair est en relation avec son travail en faveur des droits humains. Il doit désormais répondre de faits presque identiques à ceux dont un autre tribunal pénal l'a déclaré coupable en octobre 2013.

« Il est manifeste que les autorités saoudiennes sanctionnent Waleed Abu al Khair pour son travail de protection et de défense des droits humains. Cet homme est un prisonnier d'opinion, et il doit être libéré immédiatement et sans condition », a déclaré Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d'Amnesty International.

« L'incarcération de Waleed Abu al Khair est un exemple inquiétant de la manière dont les autorités saoudiennes se servent de la justice afin d'étouffer la dissidence pacifique. Personne ne devrait être incarcéré uniquement pour avoir exercé de manière pacifique le droit à la liberté d'expression ».

Waleed Abu al Khair fait partie d'une dizaine de militants bien connus ayant tous été condamnés en 2013 à de lourdes peines de prison sur la base de charges forgées de toutes pièces. Les autorités ont recouru à cette tactique après l'échec de précédentes tentatives visant à contraindre ces personnes au silence, notamment par le biais de menaces de poursuites et d'autres moyens d'intimidation extrajudiciaires.

Il a été présenté devant le tribunal pénal spécial de Riyadh le 6 octobre 2013, pour « désobéissance et rupture de l'allégeance au souverain », « manque de respect envers les autorités », « outrage à magistrat », « incitation à s'opposer au royaume auprès d'organisations internationales » et « création d'une organisation non autorisée ».

Trois semaines plus tard, le 29 octobre 2013, un autre tribunal pénal de Djedda l'a condamné à trois mois de prison après l'avoir déclaré coupable d'outrage et de dérision à l'égard de la justice saoudienne. Le 6 février 2014, sa déclaration de culpabilité et sa condamnation à mort ont été confirmées par la Cour d'appel. Dans ces deux affaires, les charges retenues contre Waleed Abu al Khair semblent principalement découler du fait qu'il a signé une pétition critiquant la dureté du traitement réservé par les autorités saoudiennes à 16 réformistes.

Waleed Abu al Khair, président de l'Observateur saoudien des droits humains, une organisation indépendante de défense des droits fondamentaux créée en 2008, a précédemment été persécuté par l'État et se voit interdire de voyager depuis mars 2012.

« En Arabie saoudite, les militants indépendants qui osent faire pacifiquement état de leurs opinions paient le prix fort. Waleed Abu al Khair est le dernier d'une longue liste de défenseurs des droits humains que les autorités ont harcelés, menacés et emprisonnés ces derniers mois », a déclaré Said Boumedouha.

S'exprimant plus tôt cette année, Waleed Abu al Khair a dit à Amnesty International qu'il était souvent, comme d'autres militants, la cible de pressions visant à le faire renoncer à son action.

« Il s'agit d'une campagne qui concerne tous les défenseurs des droits humains en Arabie saoudite. Ils ont le choix entre signer un document dans lequel ils s'engagent à cesser de militer et présentent des excuses, ou subir les lourdes conséquences d'un refus : la prison, une interdiction de voyager et une privation des moyens de subsistance », avait-il expliqué.

En dépit de pressions constantes, il a refusé d'abandonner son travail en faveur des droits humains.

« Je suis content de ce que j'ai accompli, et jusqu'à présent, malgré toutes ces manœuvres de harcèlement, je n'ai jamais regretté mes choix. Je ne me suis pas écarté du bon chemin. Quand un but vous anime, les choses sont plus faciles. Mes buts sont la justice, les droits, la liberté d'expression et la possibilité de me lever et de dire que le régime est injuste », a-t-il déclaré à Amnesty International.

Waleed Abu al Khair a représenté de nombreuses victimes de violations des droits humains. Parmi eux figure Raif Badawi, célèbre blogueur saoudien qui a été condamné en juillet 2013 à sept ans de prison et 600 coups de fouet. Il lui avait été reproché d'avoir, entre autres, insulté les autorités religieuses en créant et en administrant un site Internet.

16 avril 2014