Réfugiés : survivre à tout prix

Nur et sa mère © AI
Nur et sa mère © AI

[08/01/2016]

MOHAMED : LE GRAPHISTE QUI A DÛ NAGER PENDANT 5 HEURES POUR SURVIVRE

Sur l’île de Lesbos, un groupe de personnes trempées jusqu’aux os, épuisées et désorientées. Parmi elles, une famille semble particulièrement effondrée. L’un des membres de cette famille est tombé du bateau et a disparu. Heureusement, plusieurs heures plus tard, Mohamed est retrouvé vivant et nous le rencontrons à l’hôpital où une femme âgée grecque prend soin de lui :

Au moment où nous sommes montés sur le bateau gonflable, nous avons eu l’impression que quelque chose n’allait pas. Il a ensuite commencé à s’affaisser sur l’un des côtés. Nous avons décidé de sauter à l’eau et de nous accrocher des deux côtés du bateau pour qu’il ne soit pas trop lourd. 

Les vagues me giflaient le visage et de l’eau entrait dans ma bouche. J’ai commencé à tousser. C’est à ce moment-là que j’ai perdu le bateau.  

J’ai passé cinq heures à essayer de me rapprocher de l’île grecque. Je suis arrivé à deux ou trois cents mètres de la côte, mais le courant me repoussait vers le large. Un bateau de pêche m’a récupéré. Je me suis réveillé à l’hôpital. 

Ma famille va bien, à Lattaquié, qui est plus sûre que d’autres villes. J’ai dû partir car je suis recherché pour faire mon service militaire, et les services de renseignement veulent m’arrêter pour avoir participé au mouvement pacifiste… Je ne leur dirai pas ce qui s’est passé [en mer]…

En Syrie, j’ai fait des études de commerce et de gestion, et je travaillais comme graphiste, je faisais de la photo et de l’édition. J’espère pouvoir reprendre ces activités. »

Mohamed a de la chance. 3 601 personnes ont perdu la vie en mer Méditerranée cette année, dont 588 dans la mer Égée entre la Grèce et la Turquie.

 JOWAN : TORTURÉ EN SYRIE ET EN GRÈCE

Pour ceux qui survivent, leur périple est loin d’être terminée. Ils doivent affronter des conditions de vie dures, la violence xénophobe et peuvent être détenu comme ce fut le cas pour Jowan.

Jowan était journaliste en Syrie, ce qui lui a valu d’être détenu aussi bien en Syrie qu’en Grèce, dans le centre de détention de Corinthe.

J’ai été arrêté alors que j’essayais de gagner l’Italie en bateau depuis la Grèce. Sur la route vers Corinthe, j’ai été frappé par des policiers. Au cours de mes 50 jours en détention, j’ai vu au quotidien [des gardiens] frapper des détenus avec acharnement. Nous étions privés de médicaments et de soins médicaux. 

Beaucoup de personnes m’ont dit qu’elles préféreraient être tuées dans leur pays plutôt qu’humiliées. Nombreux sont ceux qui, après avoir été informés qu’ils seraient détenus pendant longtemps, ont signé une demande d’expulsion. La torture est monnaie courante dans les centres de détention. »

NUR : ELLE VEUT DEVENIR MÉDECIN POUR AIDER LES PERSONNES EN SOUFFRANCE

Malgré la situation désespérée, certains réfugiés demandent l’asile en Grèce. C’est souvent car partir de la Grèce vers la route des Balkans les expose à des nouveaux dangers. 

Nur, une fillette vit avec sa famille dans un hôtel d’Athènes. Après que leur groupe a été maltraité et a fait l’objet d’un renvoi forcé illégal par les gardes-frontières macédoniens, ils ont demandé l’asile en Grèce. 

Nur est contente parce qu’elle a récemment reçu son passeport. Quand elle sera grande, tout ce qu’elle veut c’est « monter dans un avion et partir ». Et comme métier ? « Oh, je serai médecin, pour aider toutes les personnes qui souffrent. » 

« Il n’y a pas d’avenir pour nous ici », dit sa mère qui essaie d’expliquer qu’ils ne souhaitent pas rester en Grèce.

DES PERSONNES QUI ESSAIENT DE VIVRE MALGRÉ TOUT, SIMPLEMENT

Loin d’être une menace, ces réfugiés sont juste des personnes, des familles qui essaient de survivre, malgré la violence qui a ravagé leur pays, malgré les obstacles que les pays européens leur dressent, malgré les discours durs à leur encontre. 

Ces personnes ne demandent que d’être accueillis et d’avoir la possibilité de reconstruire leur vie en sécurité. A leur place, ne voudrions nous pas pareil ? 

 

 

* Paroles recueillies par Eliza Goraya, chargée de campagne à Amnesty International et Jowan, interprète et réfugié de Syrie.