Morts aux frontières, quand l’Europe devient une forteresse

Forces de police en patrouille près de la frontière entre la Bulgarie et la Turq
Forces de police en patrouille près de la frontière entre la Bulgarie et la Turquie. © AP Photo/Valentina Petrova

[09/07/2014]

Le 3 juin dernier, nous remettions au ministre de l’Intérieur français 3 500 bateaux en origami confectionnés par des citoyens, symboles des 3500 morts aux frontières de l’Union européenne (UE) depuis trois ans.Mais notre message « protégez les migrants avant de protéger les frontières » n’a pas été entendu.

Voir notre action : 3500 bateaux en origami déposés au ministère de l’Intérieur

La France n’a pas relayé nos recommandations lors des récentes discussions au niveau de l’UE. Les chefs d’Etats et de Gouvernement de l’UE, réunis fin juin, ont décidé de ne rien changer véritablement dans leurs choix politiques . 

C’est désormais au Président de la République, François Hollande, que nous devons nous adresser. 

Il représente la France lors des discussions de haut niveau avec les autres responsables des Etats de l’Union européenne.

Nous devons montrer que nous sommes nombreux à ne pas vouloir faire de l’Europe une forteresse, ni de nos frontières des lieux de mort, de blessures et de souffrances.

Ne laissons plus les migrants mourir à nos frontières. Adressez un message à François Hollande  SIGNEZ

LES CHOIX DE l'U.E. ONT UN COÛT HUMAIN

L’UE continue de se barricader derrières des murs, physiques, politiques ou juridiques.Cette forteresse qui s’érige met en danger les hommes, femmes et enfants qui se présentent à nos frontières, et ne respecte ni leur dignité, ni leurs droits. Des migrants et des réfugiés ont été, et sont encore, expulsés illégalement de Bulgarie, de Grèce et d’Espagne, souvent dans des conditions dramatiques. 

Deux  jeunes sœurs syriennes, ayant fui Alep avec d’autres réfugiés, ont été renvoyées de force par la police grecque […] Après nous avoir arrêtés, les policiers nous ont ordonné de descendre des camions. Ils nous ont insultés puis poussé. Ils nous ont confié à des personnes portant des cagoules noires et des uniformes bleus ou noirs. Ces hommes nous ont pris notre monnaie et nos passeports. Puis en groupe ils nous ont mis dans de petits bateaux à destination de la Turquie, sans rien d’autre que nos vêtements sur nous » - Extrait du rapport Fortress Europe

Des gardes-côtes et des gardes-frontières maltraitent des personnes se présentant aux frontières européennes : tirs à balles réelles ou en caoutchouc, coups et blessures, privation de liberté, vols de documents et d’affaires personnelles…

Le 6 février 2014 au matin, en tentant de pénétrer dans l’enclave de Ceuta, 250 personnes se sont fait tirer dessus par les Gardes civils espagnols avec des balles en caoutchouc, des cartouches à blanc et du gaz lacrymogène. 14 personnes se sont noyées et ont péri. Aucun effort n’a été fait pour leur porter secours. L’emploi d’une telle force n’était pas justifiable : ils étaient désarmés et ne représentaient aucune menace. »  - Extrait du rapport Fortress Europe

UNE FORTERESSE A N'IMPORTE QUEL PRIX

L’UE n’hésite pas à coopérer avec des Etats voisins qui ne respectent pas les droits des migrants et des réfugiés. Elle ne tient aucunement compte des conséquences qui en découlent pour la vie des hommes, des femmes et des enfants concernés par ces accords.

Le 16 avril 2014, le Bureau du Premier Ministre turc a ordonné la création de nouveaux centres de détention, et l’extension de ceux existants pour les migrants devant être renvoyés. Il est explicitement indiqué que cette mesure, qui présente de graves risques d’atteintes aux droits des migrants, est prise afin de se conformer à l’accord de réadmission conclu avec l’Union européenne le 16 décembre 2013. »  - Extrait du rapport Fortress Europe

L’UE n’hésite pas non plus à mettre plus d’argent dans tout ce qui permet de contrôler, prévenir, repousser, renvoyer les migrants et les réfugiés. Entre 2007 et 2013, la Grèce et la Bulgarie ont reçu 9 fois plus d’argent pour contrôler leurs frontières que pour protéger les réfugiés, Malte dix fois plus et l’Espagne 32 fois plus !

Découvrez  : Aux frontières de l'Union Européenne, si loin des droits humains 

CHANGER DE LOGIQUE : SAUVER, PROTEGER ET RESPECTER

Même après les naufrages de plus de 400 personnes en octobre 2013 à Lampedusa, l’UE et ses Etats membres n’ont pas changé de politique. 

Pourtant en poursuivant cette politique de dissuasion et d’exclusion des migrants et des réfugiés, l’UE force ces personnes à prendre des routes dangereuses pour rejoindre son territoire.

Les morts en mer ne sont pas inévitables. Des solutions existent. Des opérations coordonnées de sauvetage en mer doivent être mises en place à l’échelle de l’UE.

Dans le même temps, celles et ceux qui fuient les conflits et les persécutions – soit environ 60% de ceux qui on traversé irrégulièrement la Méditerranée en 2013 – doivent pouvoir pénétrer légalement et en sécurité sur le territoire de l’UE.

Enfin, l’UE et ses Etats membres ne doivent pas coopérer avec des Etats qui ne respectent pas les droits des migrants et des réfugiés.

LIRE/TELECHARGER LE RAPPORT

Le coût humain de la forteresse Europe
(En anglais)

Index AI :
EUR 05/001/2014
Date de publication : 9 juillet 2014