Jordanie : le difficile accès aux soins pour les réfugiés syriens

Sarah avec sa grand-mère et son père dans leur appartement près d’Amman. © Amn
Sarah avec sa grand-mère et son père dans leur appartement près d’Amman. © Amnesty International

[23/03/2016]

De nombreux réfugiés syriens qui vivent en dehors des camps ne sont pas en mesure de payer des soins médicaux.

Les autorités ont imposé de nouveaux frais en novembre 2014, ou exigent des réfugiés des papiers qu’ils n’ont pas.

A ces restrictions s’ajoutent les refoulements à la frontière jordanienne qui visent des réfugiés blessés qui ont besoin de soins d'urgence. Certains ont succombé à leurs blessures. 

SE SOIGNER EN JORDANIE : UN PARCOURS D’OBSTACLES BUREAUCRATIQUES

 En Jordanie, la vaste majorité des réfugiés syriens vivent dans des zones urbaines en dehors des camps. Ils vivent dans la pauvreté. 

La Jordanie demande aux patients de s'acquitter de frais qui peuvent sembler peu élevés, mais que la plupart des réfugiés ne peuvent pas régler Ils ont déjà du mal à nourrir leur famille. 

En raison des longues procédures bureaucratiques et des frais supplémentaires, beaucoup se retrouvent donc privés de l'accès aux soins urgents.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), au moins 58,3 % des adultes syriens souffrant de maladies chroniques n'ont pas accès à des médicaments ni à des services de santé.

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ÊTRE RÉFUGIÉ SYRIEN EN JORDANIE

  • 630 000 réfugiés enregistrés auprès du HCR 
  • 3 camps de réfugiés accueillent 117 000 personnes.
  • 80% vivent en dehors des trois camps pour multiples raisons (camps trop éloignés, pas de sentiment d’intégration…)

Dans les camps, les Nations unies et les organismes nationaux et internationaux offrent un  accès à l'éducation, aux soins, à l'eau et à la nourriture et à de l'argent pour des programmes d'emploi,

Les réfugiés vivant en dehors des camps ont besoin de papiers précis, notamment d’une carte délivrée par le ministère de l'Intérieur qui donne accès aux services publics. 

Les nombreux réfugiés qui quittent les camps clandestinement ou reviennent en Jordanie après être retournés en Syrie ne remplissent pas les critères requis pour recevoir ces documents et n'ont donc pas accès aux services publics. Ils dépendent alors de l'aide humanitaire ou de donateurs privés.

Pour les réfugiés syriens pouvant bénéficier de soins, ceux-ci restent souvent inabordables, et beaucoup sont contraints de choisir entre payer des soins médicaux ou répondre aux besoins essentiels de leur famille.

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L'EXEMPLE DE SARAH ET SA FAMILLE

Sarah a 8 ans, elle est réfugiée syrienne. Elle a perdu sa jambe gauche, blessée par un tir de roquette au nord-est de Damas en septembre 2013. 

Sa famille est venue en Jordanie, afin qu'elle puisse se faire soigner. Ils ont d'abord séjourné dans le camp de Zaatari, où elle a bénéficié de soins et a reçu une prothèse. Mais ils ont dû quitter le camp après avoir été menacés par d'autres réfugiés.

Sarah, 8 ans, a perdu une jambe en Syrie en 2013. Aujourd’hui elle n’a pas accès aux services publics en Jordanie. © Amnesty IntSarah, 8 ans, a perdu une jambe en Syrie en 2013. Aujourd’hui elle n’a pas accès aux services publics en Jordanie. © Amnesty Int

Aujourd’hui, Sarah vit avec ses parents, sa grand-mère et ses 7 frères et sœurs dans deux chambres dans la banlieue d’Amman. Depuis qu’ils ont quitté le camp en payant un passeur, Sarah et ses frères et sœurs n’ont pas pu aller à l’école ni accéder aux autres services publics parce qu'ils n'ont pas de papiers. Pour les prothèses et opérations fréquentes dont a besoin Sarah, la famille doit faire appel aux ONG présentes en Jordanie.

Nos chercheurs se sont également entretenus avec trois femmes qui venaient d'accoucher dans un hôpital géré par Médecins Sans Frontières à Irbid, en Jordanie. Elles avaient différé des examens prénataux très importants, parce qu'elles ne pouvaient pas payer les frais hospitaliers ni les frais de transport.

réfoulés au lieu d'être soignés

De la règle à la pratique

Depuis 2012, la Jordanie restreint de plus en plus l'entrée des Syriens sur son territoire. Elle ferait une exception pour les Syriens présentant des blessures causées par la guerre. 

Mais les informations que nous avons recueillies auprès de travailleurs humanitaires et de proches de réfugiés syriens grièvement blessés montrent une autre réalité.

Les critères exceptionnels d'entrée pour des motifs d'urgence médicale sont appliqués de façon incohérente.. 

De ce fait, des réfugiés grièvement blessés ont été renvoyés dans des hôpitaux de campagne en Syrie, qui sont régulièrement la cible d'attaques. Certains sont même morts à la frontière.

Morts devant la frontière

En juillet 2015, au moins 14 blessés graves, dont cinq enfants présentant des blessures complexes ou multiples causées par des éclats d'obus, n'ont pas été autorisés à entrer en Jordanie. 

Selon les informations recueillies, quatre d'entre eux – dont une fillette de trois ans – sont morts alors qu'ils patientaient à la frontière. 

Dans un autre cas, un adolescent de 14 ans souffrant de blessures qui l'ont laissé dans un état critique, s'est vu refuser l'entrée parce qu'il était incapable de fournir des papiers d'identité. Il est mort le lendemain dans un hôpital de campagne en Syrie. 

D'autres se sont également vus refuser l'entrée en Jordanie, notamment une fillette de deux ans et demi, blessée à la tête lors d'une attaque au baril d'explosifs.

Dans certains cas, des familles ont été séparées à la frontière et d'autres ont été renvoyées de force en Syrie, après s'être vues interdire l'entrée sur le territoire parce qu'elles n'avaient pas de carte d'identité syrienne, au mépris du principe de non-refoulement.

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UN BESOIN URGENT DE SOLIDARITÉ INTERNATIONALE

Augmenter l’assistance financière

La Jordanie ne doit pas ignorer son obligation de garantir l'accès pour tous à des services de santé.

Mais la Jordanie ne reçoit qu’une aide internationale limitée, et est soumise à une pression énorme. 

Fin 2015, les besoins de financement en matière de santé n'avaient été couverts qu'à hauteur de 26 %. 

Si l’aide financière internationale augmentait considérablement, cela permettrait aux autorités jordaniennes de consolider le système de santé et de lever les obstacles qui empêchent des réfugiés syriens de bénéficier de soins essentiels. 

Prendre en charge les réfugiés vulnérables 

Le 30 mars aura lieu une réunion organisée par le HCR au cours de laquelle les États seront invités à s'engager pour prendre en charge des réfugiés de Syrie parmi les plus vulnérables. 

C'est l'occasion pour les gouvernements de faire preuve de solidarité avec les cinq pays accueillant plus de 4,8 millions de réfugiés venus de Syrie. 

Jusqu'à présent, la communauté internationale s'est engagée à fournir 178 195 places de réinstallation aux réfugiés syriens. 

Nous demandons qu'au moins 480 000 des réfugiés les plus vulnérables qui se trouvent dans les cinq principaux pays d'accueil – notamment ceux qui souffrent de handicaps, de maladies chroniques ou de blessures – soient réinstallés dans des pays tiers sûrs.

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Living on the margins : Syrian refugees in Jordan struggle to access Health Care


Index AI :
MDE 16/3628/2016 
Date de publication : 23/03/2016