RDC : la répression s’abat sur les militants de la LUCHA

Membres de Lucha © Privé
Membres de Lucha © Privé

[16/03/2016]



Mise à jour du 23/03/2016
Les 18 manifestants arrêtés le 15 mars dernier ont finalement tous été relâchés après avoir dû payer une amende. Par ailleurs, après 9 jours, Fred et Yves ont cessé la grève de la faim qu'ils avaient entamée pour protester contre leur incarcération inique depuis plus d'un an. 

UN AN DE RÉPRESSION CONTRE UN MOUVEMENT CITOYEN NON-VIOLENT

La répression s’intensifie jour après jour contre les membres de la LUCHA. Ses jeunes militants sont désormais systématiquement ciblés, et c’est leur mouvement même que les autorités locales tentent d’interdire et de faire taire.
Nous considérons l’ensemble de ses membres comme des défenseurs des droits humains, et tous les militants arrêtés à ce jour comme des prisonniers d’opinion, qui doivent être libérés immédiatement et sans conditions.

Les jeunes de la Lucha en RDC sont des prisonniers d'opinion : ils doivent être libérés SIGNEZ

RETOUR SUR LES PRINCIPAUX FAITS MARQUANTS DE LA RÉPRESSION

15 mars 2015 : arrestation de Fred et Yves lors d’une conférence de presse annonçant le lancement d’une plateforme d’initiatives citoyennes, FILIMBI. La Lucha est l’un des mouvements composant cette plateforme, et Fred Bauma est leur délégué à cette rencontre.
Ils ont passé un an en prison alors que le dossier d’accusation est vide.

 Lire : RDC : deux jeunes prisonniers d’opinion risquent la peine de mort

Le 15 mars 2016, p//our protester contre leur emprisonnement, les deux ont entamé une grève de la faim.

Fred Bauma et Yves Makwambala © LUCHAFred Bauma et Yves Makwambala © LUCHA

Quelques jours auparavant, Fred nous avait fait parvenir cette lettre :

Chers amis d’Amnesty International,
Je prends ma plume aujourd'hui pour vous remercier pour votre soutien indéfectible pendant ces douze longs mois que je viens de passer derrière les barreaux.
Dès le début, vous n'avez ménagé aucun effort pour documenter et communiquer sur notre cas. Votre travail nous a certainement évités de subir certains traitements qui auraient pu nous être fatal.
J'en profite aussi pour vous remercier et vous encourager pour le soutien manifeste que vous  accordez à la Lucha et ses militants  à chaque fois que besoin se présente (arrestations, enlèvements, menaces ou intimidations).
À travers votre organisation, j'aimerais remercier également ces  milliers de citoyens  du monde qui m'ont écrit, ou simplement pensé à moi et à Yves, mon compagnon d'infortune, grâce à vos intenses campagnes.
La RDC, mon pays, est à un grand tournant de son histoire. Après des longues années de colonisation suivie des décennies d'une dictature féroce, nous voilà à défendre notre démocratisation. Les violations de droits de l'homme déjà en croissance actuellement risque d'être légion dans les mois à venir.
Mon peuple, s'il ne peut pas directement compter sur tous les États, peut néanmoins compter sur les peuples du reste du monde avec lesquels nous partageons les idéaux de  liberté, de fraternité et de dignité en sachant que "nous sommes tous responsables de tous à l'égard de tous". Le peuple  congolais peut compter sur Amnesty International.
Je ne serai jamais assez reconnaissant pour le travail que vous abattez avec abnégation  au quotidien pour nous et pour tous ceux qui, à travers le monde, sont dans des situations similaires.

Fred Bauma,
Militant emprisonné

28 NOVEMBRE 2015 : NEUF JEUNES ARRÊTÉS À GOMA

Parmi eux figuraient deux militants de Lutte pour le changement (LUCHA), Juvin Kombi Narcisse et Pascal Byumanine. 

Les neuf jeunes ont été arrêtés le 28 novembre 2015 à Goma lors d’une manifestation pacifique organisée par LUCHA,  en l’honneur des victimes des tueries perpétrées dans la région de Beni (province du Niord-Kivu). Ce rassemblement, dont les autorités congolaises avaient été informées au préalable comme l’exige la loi, a été dispersé par les forces de sécurité au moyen de gaz lacrymogène et de balles réelles.

10 MARS 2016 : LES 9 ONT ÉTÉ LIBÉRÉS

Après plus de 3 mois de détention, deux militants de Lucha ont été condamnés pour trouble à l’ordre public à 3 mois de prison et 100 000 francs CFA d’amende. Comme ils avaient déjà purgé leur peine, ils ont été libérés après paiement de l’amende. Les 7 autres jeunes ont été acquittés et libérés. Il est très vraisemblable que la mobilisation nationale et internationale a contribué à ces libérations.

Serge et les 6 de Goma au procès - mars 2016 © LUCHASerge et les 6 de Goma au procès - mars 2016 © LUCHA

NUIT DU 15 AU 16 février 2016 : 9 PERSONNES ARRÊTÉES (3 à Kinshasa, 6 à Goma)

8 sont militants de la Lucha, et 1 autre aidait à Kinshasa à l’organisation de la journée #Villemorte.
La journée #Villemorte avait été lancée par le mouvement LUCHA et d’autres organisations de la société civile pour exiger la tenue d’élections présidentielles dans les délais fixés par la Constitution.

2 militants de la LUCHA, Bienvenue Matumo et Marcel Héritier Kambale Kapitene ont été arrêtés le 16 février à l’aube. Victor Tesongo, qui travaillait avec les deux sur l’écriture des slogans de la journée Ville morte était arrêtés la veille au soir. Une première audience aura lieu le 11 mars.
 Actuellement détenus à la prison de Makala, ils sont provisoirement accusés de « diffusion de rumeurs », « incitation à la désobéissance » et « atteinte à la sécurité nationale ».
6 militants de LUCHA, Serge Sivyavugha, Justin Kambale Mutsongo, Rebecca Kavugho, Melka Kamundu, John Anipenda et Ghislain Muhiwa ont été arrêtés le 16 février 2016 vers 4h du matin par la police, alors qu'ils préparaient l'organisation d'une journée #villemorte.
Après une parodie de procès, ils ont dans un premier temps été condamnés à deux ans de prison, peine ramenée le 5 mars en appel à 6 mois de prison ferme pour "tentative d'incitation à la révolte".
Le 15 mars 2016, en solidarité avec l’emprisonnement de leurs compagnons Fred et Yves, emprisonnés à Kinshasa, 5 d’entre eux se seraient déclarés en grève de la faim.

Lire aussi : RDC : les militants du mouvement citoyen LUCHA condamnés après une parodie de procès

Il est très vraisemblable que la mobilisation nationale internationale a contribué à cette réduction de peine, même si l’on ne peut bien évidemment pas s’en satisfaire.

15 MARS 2016 : ANNIVERSAIRE DE L'EMPRISONNEMENT DE FRED ET YVES ET NOUVELLES ARRESTATIONS

Pour protester contre la détention de Fred et Yves depuis un an, quelques dizaines de militants de la LUCHA ont organisé une marche silencieuse à Goma. Au moins 18 personnes auraient arrêtées à l’issue de cette manifestation. On ne sait pas encore de quoi ils sont accusés.
Ces arrestations ont été immédiatement dénoncées par le bureau des droits de l’homme de l’ONU en RDC.
Micheline Mwendike, une militante de la LUCHA que nous avions reçu il y a quelques mois à Paris a écrit une lettre à son ami Fred Bauma. Cette lettre bouleversante fait bien comprendre ce qu’est le mouvement LUCHA, mais aussi ce que signifie la répression à leur encontre.

LIRE/TÉLÉCHARGER LE RAPPORT

Ils sont traités comme des criminels. La RDC fait taire les voix discordantes pendant la période préélectotale 


Index AI : AFR 62/2917/2015  
Date de publication : 26 novembre 2015