Des jeunes activistes de Lucha détenus au secret en RDC

Membres de Lucha © Privé
Membres de Lucha © Privé

[17/02/2016]

La société civile congolaise avait appelé à une grève générale le 16 février, intitulée journée #Villemorte , pour protester contre le probable report des élections générales prévues en novembre prochain. Le président Kabila n’est pas autorisé par la Constitution à candidater pour un troisième mandat, mais nombreux sont ceux à penser qu’il essaie de reporter les élections pour se maintenir au pouvoir. 

Le 16 février à 5 h du matin à Goma, les forces de sécurité ont arrêté 5 membres de la Lucha, qui se trouvaient dans les locaux d’une ONG locale, Etoile du Sud.

Il s’agit de Rebecca Kavugho, Serge Sivya, Justin Kambale, John Anipenda, et Ghislain Muhiwa. Leurs téléphones ont été coupés.

Au même moment à Kinshasa, deux autres membres de la Lucha, Bienvenu Matumo et Marc Héritier Capitaine, ont été arrêtés dans les mêmes conditions. 

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Les arrestations de Goma ont été confirmées par le commandant de police du Nord-Kivu. Les autorités de Kinshasa ont-elles nié toute arrestation. 

Nous craignons que ces 7 militants ne soient soumis à des tortures ou à des mauvais traitements. On est toujours sans nouvelles du lieu de détention des deux activistes arrêtés à Kinshasa.  

Nous craignons aussi que toutes les organisations et leaders ayant appelé à la grève générale ne soient victimes d’une répression généralisée. 

 

RÉPRESSION GÉNÉRALISÉE CONTRE LE MOUVEMENT LUCHA

Serge Sivya © AIFSerge Sivya © AIF

Le mouvement Lucha (Lutte pour le changement) est un mouvement de jeunes créé en 2012 à Goma, , chef-lieu de la province du Nord-Kivu. Il est connu pour ses actions pacifiques. Il organise des sit-in, des manifestations et d’autres interventions pacifiques pour réclamer le respect des droits de ses membres et des autres Congolais. Il appelle notamment à une meilleure gouvernance et au respect de la constitution et du calendrier électoral. Lucha est l’un des mouvements de la plateforme citoyenne FILIMBI, dont le lancement, le 15 mars 2015, a conduit à de nombreuses arrestations arbitraires. 

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Le 28 novembre dernier, neuf autres personnes – Juvin Kombi, Pascal Byumanine, Innocent Fumbu, Saïdi Wetemwami Heshima, Gervais Semunda Rwamakuba, Nelson Katembo Kalindalo, Jonathan Kambale Muhasa, Osée Kakule Kilala et Jojo Semivumbi – ont été arrêtées par les autorités congolaises à Goma lors d’une manifestation pacifique organisée par la LUCHA, en l’honneur des victimes des tueries commises dans la région de Beni. Ce rassemblement, dont les autorités avaient été informées au préalable comme l’exige la loi, a été dispersé par les forces de sécurité au moyen de gaz lacrymogène et de balles réelles.

Ils sont accusés d’ « appartenance à une organisation criminelle, incitation à la désobéissance et outrage aux autorités ». Ils sont tous maintenus en détention à la prison centrale de Munzenze, à Goma, après le rejet le 25 janvier de leurs demandes de mise en liberté sous caution. 

Nous considérons l’ensemble des militants de Lucha détenus comme des prisonniers d’opinion.