Arabie saoudite : un journaliste condamné à cinq ans de prison pour des tweets

Arabie saoudite : le journaliste Alaa Brinji ©Private
Alaa Brinji ©Private

[25/03/2016]

Cet homme a été reconnu coupable le 24 mars d'une série d'infractions, notamment d'avoir « insulté les dirigeants », « provoqué l'opinion publique » et « accusé des agents des forces de sécurité d'avoir tué des manifestants à Awamia » (dans la province de l'Est). 

La condamnation d'Alaa Brinji à cinq ans d'emprisonnement est une véritable honte. Ce journaliste est la dernière victime en date de la répression impitoyable exercée par l'Arabie saoudite contre l'opposition pacifique, répression dont l'objectif semble être d'éliminer totalement toutes les voix qui osent exprimer des critiques.

Mettre quelqu'un derrière les barreaux parce qu'il a exercé pacifiquement son droit légitime à la liberté d'expression et défendu le droit d'autrui de faire de même dénature totalement la notion même de justice. Les autorités doivent faire en sorte que sa condamnation soit annulée et qu'il soit libéré immédiatement et sans condition. 

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UN PRISONNIER D'OPINION DÉTENU POUR S'ETRE EXPRIMÉ PACIFIQUEMENT

Alaa Brinji est un éminent journaliste qui a travaillé pour les journaux saoudiens al Bilad, Okaz et al Sharq. Amnesty International considère cet homme comme un prisonnier d’opinion, détenu uniquement pour avoir exprimé pacifiquement ses opinions. 

Alaa Brinji été arrêté le 12 mai 2014 et est maintenu en détention depuis. Il a d'abord été détenu au secret et à l'isolement, et n'a pas été autorisé à consulter un avocat. 

Il a été jugé par le Tribunal pénal spécial – tribunal antiterroriste tristement célèbre. Celui-ci l'a reconnu coupable d'une série d'infractions, notamment d'avoir « insulté les dirigeants du pays », « provoqué l'opinion publique », « accusé des agents des forces de sécurité d'avoir tué des manifestants à Awamia », « ridiculisé des personnalités religieuses islamiques » et « violé l'article 6 de la Loi contre la cybercriminalité ». Le tribunal a également ordonné la fermeture de son compte Twitter. Toutes ces accusations sont liées à des tweets qu’il a publiés, dont certains défendaient le droit des femmes saoudiennes de conduire ou soutenaient des défenseurs des droits humains et des prisonniers d'opinion.

Parmi ses chefs d'inculpation figurait aussi l'« apostasie », qui est considérée comme un crime grave en Arabie saoudite et est passible de la peine de mort, mais cette charge n'a finalement pas été retenue faute de preuves.

Depuis 2014, le Tribunal pénal spécial a condamné de nombreux militants et dissidents à de longues peines d'emprisonnement, voire à la peine de mort, à l'issue de procès d'une iniquité flagrante. 

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L'ARABIE SAOUDITE DANS LE MÉPRIS DES DROITS HUMAINS

En mars 2016 également, il a condamné par contumace Mohanna Abdulaziz al Hubail, écrivain et universitaire islamique saoudien, à six ans d'emprisonnement suivis de six ans d'interdiction de quitter le pays. Cet homme a été reconnu coupable d'une série d'infractions, notamment d'avoir violé l'article 6 de la Loi contre la cybercriminalité en « insultant l'État et ses dirigeants » et en « exprimant sa solidarité avec des membres emprisonnés de l'Association saoudienne des droits civils et politiques » sur Twitter. Il a aussi été condamné pour avoir participé et incité à participer à des manifestations et appelé à la libération de prisonniers d'opinion. Le tribunal a également ordonné la fermeture de son compte Twitter. 

L'Arabie saoudite doit rendre des comptes pour ses violations flagrantes et systématiques des droits humains.

Ses alliés internationaux, qui veulent collaborer avec elle sur les questions de sécurité et de renseignement, doivent regarder la réalité en face et voir que, sous le prétexte de la “lutte contre le terrorisme”, le gouvernement saoudien mène une répression féroce qui a éliminé pratiquement toute forme d'opposition pacifique dans le pays.