Nigeria : les mensonges de Shell sur les déversements de pétrole dans le delta du Niger

Nigéria, Delta du Niger : déversement de pétrole à Ikrama en 2006 © AI
Delta du Niger – Déversement de pétrole à Ikrama en 2006 © Amnesty International

[08/11/2013]

Shell a manipulé les enquêtes sur les déversements de pétrole au Nigeria, ont déclaré Amnesty International et le Centre nigérian pour l’environnement, les droits humains et le développement (CEHRD).

[l]es affirmations [de Shell] sur les déversements de pétrole ne sont pas crédibles »

Audrey Gaughran, directrice chargée des questions internationales à Amnesty International.

De nouvelles analyses réalisées par un expert indépendant ont montré que les rapports d'enquête dits « officiels » sur les causes des marées noires dans le delta du Niger pouvaient être « très subjectifs, fallacieux, voire purement et simplement faux ».

Pour les populations concernées, les conséquences sont désastreuses et peuvent se traduire par une absence totale ou quasi-totale d'indemnisation. Car personne n'oblige les compagnies pétrolières à fournir des preuves exhaustives et indépendantes de ce qu'elles affirment. Les éléments de preuve existants restent entièrement sous leur contrôle.

Déversement faussement attribué à des actes de sabotage

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À la demande d'Amnesty International et du CEHRD, le spécialiste indépendant des oléoducs aux États-Unis, Accufacts, a évalué un certain nombre de rapports d'enquête sur des déversements d'hydrocarbures, ainsi que les réponses des compagnies pétrolières présentes dans le delta du Niger et de l'organisme nigérian chargé des marées noires.

L'expert a trouvé des cas dans lesquels le déversement avait été faussement attribué à des actes de sabotage. Dans beaucoup d'autres cas, la version du sabotage a été retenue mais n'est étayée que par très peu de données concrètes, voire aucune. 

Dans l'ensemble, Accufacts a conclu que nombreux rapports d'enquête officiels semblaient « servir d'autres intérêts, s'appuyant davantage sur des considérations politiques […] que sur l'examen scientifique des installations pétrolières ».

Les services nigérians, dotés de moyens très insuffisants, peuvent difficilement superviser ou contrôler la situation et sont obligés de s'en remettre aux enquêtes des compagnies pétrolières. Ce système est largement ouvert aux abus – et ceux-ci ne manquent pas de se produire.

Volume 60 fois supérieur à ce qu’a dit Shell

Les informations qui figurent dans les rapports d'enquête servent à déterminer si les compagnies pétrolières doivent indemniser ou non les populations concernées. Malgré leurs lacunes, ces rapports sont cités à titre de preuve dans les procédures judiciaires. Amnesty International et le CEHRD ont trouvé des informations prouvant que, dans un cas notamment, Shell avait modifié la cause officielle enregistrée à la suite d'une enquête sur un déversement.

Une vidéo d'une fuite d'hydrocarbure à Bodo en 2008, examinée par Accufacts, montre par ailleurs que Shell a fortement sous-estimé le volume de pétrole déversé. Le rapport d'enquête officiel de Shell indique que seulement 1 640 barils ont été déversés au total, mais d'autres éléments portent à croire que le volume a été au moins 60 fois supérieur.

Les enquêtes entachées d’irrégularité

Shell affirme régulièrement à ses investisseurs, à ses clients et aux médias que la majeure partie des marées noires est due au sabotage et aux vols, mais ces affirmations ne sont pas confirmées par les faits.
En réalité, ces déversements d'hydrocarbures sont dus à la corrosion, au mauvais entretien des infrastructures pétrolières, à des défaillances techniques ainsi qu'à des actes de sabotage et des vols de pétrole.

Maintenant que ses affirmations sur le sabotage et les vols sont examinées de plus près, Shell change de discours, évoquant davantage le raffinage illégal comme cause de la pollution aux hydrocarbures»,

a dénoncé Styvn Obodoekwe, directeur des programmes du CEHRD.

Les entreprises doivent prendre des mesures contre le sabotage

Le rapport estime que les entreprises devraient être pénalement responsables du fait de n'avoir pas pris des mesures efficaces pour protéger leurs installations, notamment face aux actes de sabotage.
Amnesty International et le CEHRD appellent les compagnies pétrolières à publier tous leurs rapports d'enquête, ainsi que les photos et les vidéos qui les accompagnent. Elles doivent fournir des preuves vérifiables de la cause de tout déversement et des dégâts provoqués dans la zone concernée.
Le gouvernement nigérian doit aussi renforcer de façon substantielle les capacités des autorités de contrôle, notamment en leur accordant un budget de fonctionnement plus élevé.

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