Nigeria : la Communauté de Bodo, des vies détruites par la pollution pétrolière

Le pasteur Christian Lekoya Kpandei montre à Amnesty International les dégâts ca
Le pasteur Christian Lekoya Kpandei montre à Amnesty International les dégâts causés par la fuite de pétrole à sa ferme piscicol

[28/12/2012]

Les conséquences sur les droits humains de la population sont multiples et dramatiques.


Économiques d’abord : les habitants de Bodo vivent de la pêche et de l’agriculture. Aujourd’hui, la faune aquatique a été détruite pour l’essentiel, les rares poissons subsistants ont le goût et l’odeur du pétrole. Les pêcheurs équipés de bateaux doivent accomplir des trajets de huit heures pour trouver des zones de pêche convenables.

Par ailleurs, les terres agricoles polluées ne sont plus cultivables ou produisent des rendements dérisoires et contaminés. En mai 2011, un pêcheur racontait à Amnesty International : "depuis 2008, la vie est devenue très difficile à Bodo. Tous les poissons sont morts. Nos rames étaient couvertes de pétrole. Nos barques et nos filets ont été détruits. La vie était bien plus facile avant. Aujourd’hui la pauvreté est partout."

Sanitaires ensuite : la pollution des cours d’eau et des nappes phréatiques, la contamination des denrées agricoles cultivées font craindre de graves conséquences sur la santé de la population. Pourtant, aucun suivi sanitaire n’a été effectué.


Déni de responsabilité et inaction de Shell


Shell a toujours refusé de reconnaître et assumer sa responsabilité. L’entreprise affirme que la plupart des fuites sont dues à des sabotages. En août 2012, Amnesty International et le CEHRD, un partenaire local, ont pointé dans un rapport une nouvelle fuite majeure à Bodo datant de juin 2012, et mis en évidence la vétusté et le défaut d’entretien des oléoducs. En outre, il est, selon la loi, de la responsabilité de Shell de dépolluer les zones affectées quelle qu’en soit la cause.
Il a fallu que des plaintes soient déposées contre Shell au Royaume-Uni pour que l’entreprise commence à reconnaître, très partiellement, sa responsabilité. Mais, en octobre 2012, plus de quatre ans après les faits, quasiment rien n’a été fait en matière de dépollution et d’indemnisation des populations.
La législation nigériane permet théoriquement au gouvernement fédéral nigérian de contraindre les compagnies pétrolières à se conformer aux réglementations en vigueur – y compris par l’imposition de pénalités – par le biais de ses agences de régulation. Mais ces sanctions, quand elles sont appliquées, sont généralement trop faibles pour être dissuasives.
Les carences de fonctionnement des organismes de contrôle donnent toute liberté à Shell et aux autres compagnies pétrolières opérant dans le delta du Niger de s’abstenir de tout cadre réglementaire : elles laissent surtout la population de Bodo sans recours ni perspective d’avenir.

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