Yémen : 1 an après l'intervention militaire

Des yéménites cherchent des victimes après une frappe aérienne à Sanaa juin 2015
Des yéménites cherchent des victimes après une frappe aérienne à Sanaa, en juin 2015 © Mohammed Hamoud/Anadolu Agency/Getty Imag

[22/03/2016]

L’Arabie saoudite a lancé les premières frappes aériennes contre le groupe armé des Houthis le 25 mars 2015, déclenchant un véritable conflit armé dans lequel toutes les parties ont commis de nombreuses atteintes au droit international humanitaire et relatif aux droits humains - notamment de possibles crimes de guerre. Un porte-parole de la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite a déclaré la semaine dernière que les opérations de combat de grande ampleur s’achèveraient bientôt, mais a ajouté que la coalition continuerait à fournir un soutien aérien aux forces anti-Houthis.

François Hollande doit suspendre les transferts d’armes à l’Arabie saoudite ainsi qu’à ses alliés, lorsqu’ils mettent en danger des civils au Yémen !  SIGNEZ

DES VIOLATIONS COMMISES PAR LES DEUX CAMPS

Au cours de l’année écoulée, les frappes aériennes incessantes menées par l’Arabie saoudite, et les attaques lancées au sol soit par les combattants houthis et leurs alliés, soit par les forces anti-Houthis, ont témoigné d’un mépris choquant pour les vies civiles, et porté atteinte de manière flagrante au droit international humanitaire.
Depuis le début du conflit, nous avons recensé au moins 32 frappes aériennes à travers le pays, attribuées à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, ayant semble-t-il enfreint le droit international humanitaire. Ces frappes ont coûté la vie à 361 civil-e-s, dont au moins 127 mineur-e-s. Elles ont également pris la forme d'attaques contre des hôpitaux, des écoles, des marchés et des mosquées, qui pourraient constituer des crimes de guerre.
Le 15 mars, au moins 44 civil-e-s ont été tués et des dizaines d’autres blessés lors d’une frappe aérienne meurtrière de la coalition contre un marché, dans le gouvernorat d’Hajjah (nord du pays), qui est contrôlé par les combattants houthis. Des résident-e-s ont déclaré à Amnesty International que le marché de Khamees était un lieu public très animé où les habitant-e-s locaux pouvaient acheter de la viande, du poisson et de la glace.

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Hasan Mohamed Masafi, père de cinq enfants, a perdu trois membres de sa famille dans cette frappe aérienne - son fils de 18 ans et deux cousins, dont un garçon âgé de 12 ans. Il a déclaré à Amnesty International :

[Mon fils] allait au marché tous les jours. Nous n’avons pas pu retrouver son corps entier après la frappe, seulement sa jambe droite.


Les forces de la coalition ont utilisé de manière répétée des bombes à sous-munitions, qui sont par nature non-discriminantes et dont l’utilisation est interdite, dans le cadre d’attaques ayant tué et mutilé des civiles, y compris dans la capitale, Sanaa.
Nous avons a en outre enquêté sur au moins 30 attaques terrestres menées sans discrimination ou de manière imprudente par des combattants loyalistes pro-Houthis/Saleh dans les villes d'Aden et de Taizz, dans le sud du pays, qui ont tué au moins 68 personnes, dont des dizaines de mineur-e-s. Les combattants houthis et leurs alliés utilisent quotidiennement des armes imprécises telles que des mortiers dans des zones résidentielles, ce qui constitue une violation du droit international humanitaire.
Les Houthis procèdent aussi à des arrestations arbitraires, des incarcérations et des enlèvements d’opposants présumés, notamment des militants et des journalistes, et mènent une campagne de répression visant des organisations non gouvernementales et des militants des droits humains dans des zones se trouvant sous leur contrôle.

INTENSIFICATION DE LA CRISE HUMANITAIRE

Le conflit s’accompagne par ailleurs d’une catastrophe humanitaire, et la grande majorité des civil-e-s yéménites dépendent désormais de l’aide humanitaire car le pays connaît de graves pénuries de nourriture, d’eau propre et d’équipements médicaux. Cela est exacerbé dans les zones contrôlées par les Houthis par un blocus aérien et naval partiel limitant gravement l’importation et la livraison de carburant et d’autres fournitures essentielles.
À Taizz, les combattants houthis et leurs alliés ont bloqué pendant de nombreux mois l’acheminement de fournitures médicales essentielles et de denrées alimentaires. Durant cette période, les habitant-e-s de Taizz étaient donc pris au piège, et les priver de produits de première nécessité constitue une sanction collective à l’égard de la population civile.

En savoir plus sur la crise au Yemen

Le fait d’entraver l’aide humanitaire aggrave les profondes souffrances des civil-e-s dans une grande partie du pays. Toutes les parties au conflit doivent veiller à ce que la population civile des zones qu’elles contrôlent puisse bénéficier d’une assistance humanitaire.

Le fait d’entraver l’aide humanitaire aggrave les profondes souffrances des civil-e-s dans une grande partie du pays. Toutes les parties au conflit doivent veiller à ce que la population civile des zones qu’elles contrôlent puisse bénéficier d’une assistance humanitaire.

École al-Asma détruite par la coalition en novembre 2015 © Amnesty InternationalÉcole al-Asma détruite par la coalition en novembre 2015 © Amnesty International

UN EMBARGO SUR LES ARMES

Tout au long de l’année écoulée, les États-Unis et le Royaume-Uni - de loin les principaux fournisseurs d’armes de l’Arabie saoudite, qui est à la tête de la coalition -, ainsi que d’autres États comme la France, ont continué à autoriser le transfert d’armes du type ayant été utilisé pour commettre et faciliter de graves violations, ce qui a donné lieu à une crise humanitaire sans précédent.

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Les partenaires internationaux de l’Arabie saoudite ont mis de l’huile sur le feu, inondant la région d’armes en dépit d’éléments de plus en plus nombreux montrant que ces armes ont facilité des crimes, et malgré le risque réel que de nouveaux équipements puissent être utilisés pour commettre de graves violations. Ils n’ont par ailleurs pas établi d’enquête indépendante internationale sur les agissements ayant détruit des milliers de vies civiles.
Les flux d’armes irresponsables et illégaux à destination des parties en conflit au Yémen contribuent directement à des souffrances civiles à très grande échelle. Il est temps que les dirigeants mondiaux cessent de faire primer leurs intérêts économiques sur le reste, et que le Conseil de sécurité des Nations unies impose un embargo complet sur les transferts d’armes vouées à être utilisées au Yémen.
Le 25 février, le Parlement européen a réclamé un embargo sur les armes en provenance de l’Union européenne destinées à l’Arabie saoudite, qui est à la tête des forces de la coalition. Le 15 mars, le Parlement néerlandais a également demandé au gouvernement de suspendre les transferts d’armes vers l’Arabie saoudite. Le Conseil de sécurité n’ayant imposé aucun embargo, nous exhortons tous les États à veiller à ce qu'aucune partie au conflit au Yémen ne reçoive – directement ou indirectement – des armes, des munitions, et des équipements ou technologies militaires susceptibles d'être utilisés dans le conflit. Ces restrictions doivent aussi s'appliquer au soutien logistique et financier pour de tels transferts.



Toute autorisation relative à un transfert d'armes destinées à l’une des parties au conflit au Yémen doit inclure une garantie stricte, juridiquement contraignante, selon laquelle leur utilisation sera conforme au droit international humanitaire et relatif aux droits humains, et que ces armes ne seront pas utilisées au Yémen.

Le premier client de la France est l’Arabie saoudite. Elle doit livrer au pays 2,8 milliards d’euros de matériels de guerre dans les prochains mois.