Syrie : des hôpitaux pris pour cible

L’hôpital soutenu par MSF, détruit, près de Maaret al Numan
L’hôpital soutenu par MSF, détruit, près de Maaret al Numan dans le gouvernorat d’Idlib, en Syrie, 15 février 2016 © MSF. 

[03/03/2016]

RAYER LES HÔPITAUX DE LA CARTE… UNE STRATÉGIE MILITAIRE

Les forces russes et syriennes ont délibérément attaqué des établissements de santé, en violation flagrante du droit international humanitaire. Mais le plus choquant, c’est que rayer les hôpitaux de la carte semble désormais faire partie de leur stratégie militaire. 

Les assauts menés récemment contre des établissements de santé au nord d’Alep semblent s’inscrire dans une série d’attaques systématiques visant personnel de santé et hôpitaux, une stratégie ayant détruit des dizaines d’établissements médicaux et tué des centaines de médecins et d’infirmiers depuis le début du conflit. 

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SIX ATTAQUES SUR LES HÔPITAUX CES DERNIÈRES SEMAINES

Notre organisation a recueilli des éléments de preuve irréfutables concernant au moins six attaques délibérées contre des hôpitaux, des centres médicaux et des cliniques dans le nord du gouvernorat d’Alep ces 12 dernières semaines. Ces attaques, qui ont coûté la vie à au moins trois civils, dont un professionnel de la santé, et fait 44 blessés, relèvent de la pratique consistant à viser des établissements de santé dans diverses régions de la Syrie, qui constitue un crime de guerre.   

Durant la dernière semaine de janvier 2016, les forces gouvernementales syriennes, soutenues par des frappes aériennes russes, ont lancé une offensive terrestre dans le nord du gouvernorat d’Alep afin de mettre fin au siège imposé aux villes de Nubul et Zahraa par des groupes armés non étatiques. Cela a coupé la route reliant cette zone et la Turquie à la ville d’Alep. Le 1er février, les forces gouvernementales syriennes et les Forces démocratiques syriennes, qui incluent des groupes kurdes, arabes et assyriens, ont poursuivi leur offensive dans cette même zone.   

Des délégués d’Amnesty International ont parlé à des professionnels de la santé qui travaillaient dans ces six établissements et à plusieurs organisations humanitaires en Turquie et en Syrie, qui ont évoqué leurs difficultés à faire face au nombre élevé de civils dont l’état nécessite des soins, du fait de l’intensification récentes des frappes aériennes dans cette zone en février 2016.  

Les hôpitaux, l’eau et l’électricité sont toujours les premières choses visées. Une fois que cela est fait, les gens n’ont plus de services leur permettant de survivre. C’est ce qui s’est passé à Anadan. À la mi-février, la plupart des résidents avaient fui la ville après qu’un hôpital de campagne et un centre médical ont été attaqués le 2 février. L’hôpital de campagne fonctionne à peine et le centre a fermé. Le problème, c’est que tout le monde n’est pas en mesure de quitter la ville. Ceux qui restent sont des personnes âgées ayant désespérément besoin de soins médicaux. »

Médecin à Anadan

Toutes les personnes que nous avons interrogées ont affirmé qu’il n’y avait pas de véhicules militaires, de postes de contrôle, de combattants ni de lignes de front près des hôpitaux attaqués, et que ceux-ci remplissaient exclusivement une fonction humanitaire.  

Tous les professionnels de la santé et centres médicaux doivent être respectés et protégés au lieu d’être pris pour cible. Les blessés et les malades sont livrés à eux-même à la frontière avec la Turquie, ou meurent en Syrie parce que les hôpitaux se trouvent désormais en première ligne dans le cadre de l’offensive contre le nord du gouvernorat d’Alep. Rien ne justifie qu’un gouvernement empêche les gens de se faire soigner.