Israël/Gaza : l’ONU doit imposer un embargo sur les armes et ordonner une enquête

Un Palestinien dans les ruines de sa maison à Gaza
Un membre de la famille palestinienne Abu Lealla dans les ruines de sa maison à Gaza, le 11 juillet 2014. © EPA/MOHAMMED SABER

[15/07/2014]

Cette première mesure est essentielle pour faire en sorte que ceux qui commettent des crimes de guerre ou bafouent les droits humains soient amenés à rendre des comptes.

Des informations font état du rejet par le Hamas d'une trêve proposée par l’Egypte et les bombardements de l’armée israélienne auraient repris cet après-midi sur la bande de Gaza. Nous demandons qu’une enquête internationale mandatée par l’ONU soit menée sur les violations des droits humains  commises par toutes les parties dans le cadre des frappes aériennes israéliennes contre la bande de Gaza et des tirs de roquettes effectués sans discrimination par les groupes armés palestiniens en direction d’Israël.

Dans la matinée du 8 juillet, Israël a lancé l’opération Bordure protectrice. Selon l'Office des Nations Unies pour la Coordination des Affaires humanitaires, au 14 juillet, 178 Palestiniens avaient été tués dans la bande de Gaza, pour la plupart des civils qui ne prenaient pas directement part aux hostilités. Plus de 1361 personnes ont été blessées, souvent grièvement. Plus de 1255 maisons à Gaza ont été détruites ou rendues inhabitables et au moins cinq centres de soins et trois ambulances ont été endommagés. En Israël, au moins 20 personnes ont été blessées par des tirs de roquettes et des biens ont été endommagés.

La communauté internationale ne doit pas répéter les mêmes erreurs – assister aux conséquences dévastatrices pour les civils des deux côtés, sans parvenir à faire respecter et faire appliquer les lois de la guerre. Une action rapide de l’ONU est nécessaire, car des vies sont en jeu. »
Philip Luther, directeur du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International.

EMBARGO SUR LES ARMES

Nous demandons aussi à l’ONU d’instaurer sans délai un embargo général sur les armes à destination d’Israël, du Hamas et des groupes armés palestiniens, en vue de prévenir de nouvelles violations du droit international humanitaire et du droit international relatif aux droits humains.

Dans l’attente de cet embargo, tous les États doivent suspendre les transferts d’équipement militaire, d’assistance et de munitions aux parties au conflit, qui n’ont pas dûment enquêté sur les violations commises lors de précédents affrontements ni traduit les responsables présumés en justice.

Les frappes aériennes israéliennes prennent pour cibles des habitations civiles à Gaza, au motif qu’elles abritent les familles d’« agents du Hamas », selon les déclarations de l’armée israélienne, qui détruit ces habitations après avoir sommé les familles de quitter les lieux. Cependant, dans plusieurs cas, aucun élément ne permettait d’indiquer que les « agents du Hamas » présumés se trouvaient à l’intérieur au moment de l’attaque, que ces maisons servaient à stocker des munitions ou à des fins militaires.

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À moins que les autorités israéliennes puissent prouver précisément qu’une habitation sert à contribuer à des actions militaires, le fait d’attaquer délibérément des habitations civiles constitue un crime de guerre et une sanction collective contre les familles.

TIRS D’« AVERTISSEMENT » SUR LES MAISONS

Dans d’autres cas, des civils ont été tués par des frappes aériennes israéliennes sur leur habitation ou alentour. Au cours des trois premiers jours de l’opération militaire, ces frappes ont tué au moins 32 civils, notamment plusieurs membres des familles Karawa, al Hajj, Hamad, al Nawasra et Malaka ; au moins deux de ces habitations auraient été attaquées sans avertissement.

Par ailleurs, des habitations civiles ont été frappées via une procédure qui consiste à tirer un petit missile sur la maison en guise d’« avertissement », avant de tirer le suivant qui détruit l’habitation. Parfois, mais pas toujours, les familles reçoivent au préalable un appel téléphonique de l’armée israélienne.

« En aucune façon le fait de tirer un missile sur une habitation civile ne saurait constituer un " avertissement " en bonne et due forme. Amnesty International a recensé plusieurs cas de civils tués ou blessés par ces tirs de missiles lors de précédentes opérations militaires lancées par Israël contre la bande de Gaza », a déclaré Philip Luther.

Neuf civils, dont deux enfants, ont été tués dans la soirée de mercredi par une frappe israélienne sur un café de la plage de Khan Younis, où des dizaines de personnes étaient rassemblées pour suivre un match de la Coupe du monde de football.

DES ROQUETTES LANCEES SANS DISCRIMINATION

Parallèlement, les groupes armés palestiniens de la bande de Gaza ont tiré sans discrimination plus de 600 roquettes sur Israël, notamment sur des villes majeures comme Jérusalem, Tel Aviv, Beer Sheva, Ashkelon et Hadera, mettant des millions de personnes en danger. Un porte-parole du Hamas a déclaré que tous les Israéliens étaient des cibles légitimes.

Tirer sans discrimination des roquettes, qui ne peuvent pas atteindre précisément un objectif militaire, est un crime de guerre, tout comme le fait de prendre délibérément pour cibles des civils.

Rien ne saurait excuser la non-protection des civils par l’une ou l’autre des parties, notamment des journalistes, des médecins et des travailleurs humanitaires, ainsi que des installations civiles.

BESOIN DE MATERIEL MEDICAL

Par ailleurs, nous demandons à Israël et à l’Égypte de veiller à ce que des quantités suffisantes de fournitures médicales et humanitaires puissent entrer dans Gaza, et à ce que les deux pays favorisent la sortie de toute personne ayant besoin de toute urgence de soins.

Les hôpitaux à Gaza tentent de fonctionner au mieux, alors qu’un nombre croissant de civils blessés affluent, que les fournitures médicales s’amenuisent, dans un contexte de pénuries de carburant et d’électricité, dues en grande partie au blocus imposé par Israël à la bande de Gaza depuis sept ans.