Burundi : des images satellites confirment l'existence de fosses communes

Véhicule militaire au Burundi © AFP/Getty Images
Véhicule militaire au Burundi © AFP/Getty Images

[29/01/2016]

Ces images et des vidéos avant/après montrent cinq charniers présumés dans la région de Buringa, en périphérie de Bujumbura. Sur les images, qui datent de fin décembre et début janvier, on peut voir des sites où la terre est retournée, ce qui coïncide avec les déclarations des témoins. Ceux-ci ont raconté que les fosses ont été creusées dans l'après-midi du 11 décembre, journée la plus meurtrière de la crise qui secoue le Burundi.

Mise à jour du 29/01/2016 soirée :
Les deux journalistes travaillant pour Le Monde qui avaient été arrêtés jeudi 28 janvier à Bujumbura, ont été libérés vendredi après-midi.
Ils avaient étaient interpellés par les services de sécurité burundais lors d’une descente dans un quartier contestataire de la capitale.

Cette arrestation s'inscrit dans la campagne que mènent les autorités burundaises pour empêcher la diffusion d'informations indépendantes sur la situation au Burundi.
Aucun journaliste ne devrait jamais être arrêté pour avoir fait son travail.

DISSIMULER L'AMPLEUR DES HOMICIDES

Ces images pointent du doigt une tentative délibérée des autorités de dissimuler l'ampleur des homicides perpétrés par leurs forces de sécurité et d'empêcher la vérité d'éclater au grand jour.  

Nos chercheurs se trouvaient à Bujumbura au moment des homicides et se sont rendus le lendemain matin dans des quartiers touchés, notamment à Nyakabiga. Selon les habitants, les cadavres d'au moins 21 hommes jonchaient les rues, les maisons et les caniveaux de drainage. Les chercheurs ont retrouvé de grandes mares de sang à l'endroit où certaines victimes avaient été tuées, mais les corps avaient été enlevés. 

D'après les témoins, la police et des agents locaux ont ratissé Nyakabiga et d'autres quartiers pour récupérer les corps des victimes et les emmener dans des lieux tenus secrets. 

Lire aussi : la police tire sur des manifestants non armés

La mère d'un adolescent de 15 ans tué d'une balle dans la tête alors qu'il s'enfuyait en courant pour se mettre à l'abri dans une remise, dans le quartier de Musaga, a déclaré à nos chercheurs  que des employés de la mairie étaient venus récupérer la dépouille de son fils en pick-up. Ces hommes ont refusé de lui dire où ils emmenaient le corps. « Je ne sais pas où il se trouve ni s’il a été enterré », a-t-elle déclaré.

Outre le site de Buringa, des informations crédibles font état de fosses communes où auraient été enterrées les victimes du 11 décembre et qui se trouveraient en divers endroits, notamment dans les cimetières de Mpanda et de Kanyosha. 

Selon des sources locales, 25 corps ont été enterrés dans cinq fosses sur le site de Mpanda, et 28 autres dans quatre fosses sur le site de Kanyosha. On ignore combien de cadavres pourraient se trouver dans d'autres lieux. 

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ACCÈS POUR DES ENQUÊTEURS INTERNATIONAUX

Ces découvertes font suite à un rapport que nous avions publié en décembre  sous le titre, « Mes enfants ont peur » : aggravation de la crise des droits humains au Burundi, et émergent quelques jours avant que les dirigeants africains ne se réunissent dans le cadre du sommet de l'Union africaine (UA) à Addis-Abeba pour discuter du conflit au Burundi. 

Les dirigeants africains réunis dans le cadre du sommet de l'UA doivent exhorter le gouvernement du Burundi à permettre aux enquêteurs internationaux d'accéder à tous les charniers présumés, à mener sans délai une enquête indépendante et impartiale sur les homicides et à expliquer pourquoi la plupart des familles n'ont pas pu récupérer ni inhumer leurs morts.

Les familles ont besoin de savoir ce qui est arrivé à leurs proches et de pouvoir les enterrer dans la dignité. Ces charniers présumés doivent être sécurisés jusqu'à ce que de véritables enquêtes soient menées, et les dépouilles retrouvées dans ces fosses doivent être exhumées afin de déterminer les causes de la mort.