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Edito
La peine de mort recule aux Etats-Unis

Le 12 avril, après des heures de débat au Parlement, le Connecticut est devenu le dix-septième État à abolir la peine de mort aux États-Unis. Dannel Malloy, le gouverneur, a déjà annoncé qu’il signera le projet de loi dès qu’il arrivera sur son bureau. Depuis cinq ans, le New Jersey, New York, le Nouveau Mexique et l’Illinois l’ont eux aussi abolie et, en novembre dernier, John Kitzhaber gouverneur de l’Oregon a annoncé qu’il n’autoriserait plus de nouvelle exécution jusqu’à la fin de son mandat.

Une victoire pour les abolitionnistes, pour ceux qui ne voient dans la peine de mort que la négation absolue des droits humains, un meurtre commis par l’État avec préméditation et de sang-froid. Un châtiment cruel, inhumain et dégradant, infligé au nom de la justice, qui ne sert que la vengeance. La peine de mort recule aux États-Unis. L’année dernière, 13 États sur 50 ont appliqué 43 sentences (46 en 2010), le plus bas niveau depuis le rétablissement de la peine de mort en 1976.

Une tendance confirmée par la baisse du nombre de peines prononcées qui, pour la première fois en trente-cinq ans, est inférieur à cent. Injustice, discrimination, coût de l’enfermement dans les couloirs de la mort, inhumanité de la peine, autant de raisons qui sèment le doute et provoquent le rejet d’une partie grandissante de la population. Les 139 détenus innocentés suite à des tests ADN et l’exécution de Troy Davis le 21 septembre dernier, en dépit des doutes majeurs sur sa culpabilité, ont permis aux Américains de prendre conscience que leur système de justice pouvait assassiner des innocents. Et si 61 % sont toujours favorables à la peine de mort, contre 80 % en 1994, 35 % y sont opposés contre 16 % en 1994. Une remise en cause qui progresse même au Texas, l’État qui, à lui seul, a exécuté 30 % des mises à mort perpétrées dans le pays en 2011, où seulement six comtés sur les 254 ont prononcé de nouvelles sentences.

En 1988, Robert Cushing était assassiné. Depuis, son fils Renny, a fondé Murder Victims’Families for Human Rights (MVFHR), une association qui crée des passerelles entre les abolitionnistes et les défenseurs des droits des victimes. Il a notamment accompagné Bob Curley, cet ancien partisan de la peine capitale dont le fils de 10 ans a été violé et tué, qui, après avoir fait campagne pour la réintroduction de la peine de mort dans cet État, a changé de position. Récemment, interrogé sur la mort de son père, Renny déclarait « Si nous laissons les meurtriers nous transformer en assassins, alors c’est le triomphe du mal et cela ne fait qu’aggraver la situation pour chacun ». Un message pour les parlementaires et les législateurs qui continuent de croire que seule la peine de mort peut rendre justice aux victimes.

Geneviève Garrigos
Présidente
Le 17 avril 2012