Rapport annuel 2012 : le vent tourne pour la tyrannie et l'injustice

Rapport annuel 2012 : le vent tourne pour la tyrannie et l'injustice

[24/05/2012]

Le courage dont ont fait preuve les manifestants au cours de l’année écoulée a été de pair avec les défaillances du Conseil de sécurité de l’ONU. Amnesty International lance un appel en vue de l’adoption d’un traité fort sur le commerce des armes.

La défaillance du pouvoir politique est un phénomène désormais mondial. D’un pays à l’autre, on a vu l’an dernier des responsables politiques répondre aux manifestations par la brutalité ou par l’indifférence. Les gouvernements doivent faire montre de leur légitimité à diriger et refuser l'injustice en protégeant les plus faibles et en modérant les actions des plus puissants. Il est temps de faire passer les êtres humains avant les entreprises, et les droits avant les profits.

Salil Shetty, le secrétaire général d'Amnesty International.

Le soutien enthousiaste aux mouvements de protestation exprimé haut et fort par de nombreuses puissances mondiales et régionales au début de 2011 ne s’est pas traduit en actes. À l’heure où les Égyptiens se rendent aux urnes pour élire un nouveau président, l’impression de plus en plus dominante est qu’on laisse passer successivement toutes les occasions de changement ouvertes par les contestataires.

Avec les manœuvres des puissances mondiales cherchant à peser au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, on a vu bien trop souvent au cours de l’année écoulée les alliances opportunistes et les intérêts financiers s’exercer au détriment des droits humains, a poursuivi Salil Shetty. On sort le discours sur les droits humains lorsqu'il sert les visées des responsables politiques ou économiques, et l’on s’empresse de le ranger au placard lorsqu’il devient gênant ou qu’il fait obstacle au profit.

Après s'être montré impuissant face à la situation au Sri Lanka, puis incapable d’agir sur la question des crimes contre l’humanité en Syrie – l’un des principaux clients de la Russie en matière d'armement –, le Conseil de sécurité de l’ONU, censé être le gardien de la paix mondiale, apparaît bien inefficace dans cette mission. Quant aux puissances émergentes que sont l’Inde, le Brésil et l’Afrique du Sud, elles ont trop souvent montré un silence complice.

Il apparaît clairement et de manière impérieuse que la situation en Syrie doit être déférée à la Cour pénale internationale afin qu’elle ouvre une enquête pour crimes contre l’humanité. La détermination de certains membres du Conseil de sécurité à protéger la Syrie à tout prix permet à celle-ci de ne pas rendre de comptes pour ces crimes. C’est une trahison du peuple syrien.
Salil Shetty.

Le Rapport 2012 d’Amnesty International recense des restrictions spécifiques à la liberté d’expression dans 91 pays et des cas de torture ou d'autres mauvais traitements – infligés bien souvent à des personnes en raison de leur participation à des manifestations – dans 101 pays.

Il ne suffit pas de se débarrasser de tel ou tel dirigeant, aussi tyrannique soit-il, pour instaurer un changement durable. Les gouvernements doivent respecter le droit à la liberté d’expression, chez eux et à l’étranger ; ils doivent prendre au sérieux leurs responsabilités au niveau international et investir dans des systèmes et des structures qui garantissent la justice, la liberté et l’égalité devant la loi.

La conférence des Nations unies prévue en juillet 2012 en vue de l'adoption d'un traité sur le commerce des armes sera l’épreuve de vérité pour les responsables politiques : ce sera le moment pour eux de placer le respect des droits humains au-dessus du profit et de leurs propres intérêts. Sans un traité fort, le Conseil de sécurité de l'ONU semble promis à l’échec dans son rôle de gardien de la paix et de la sécurité internationales. Ses membres permanents, qui sont les plus gros fournisseurs d’armes de la planète, détiennent en effet le droit de veto sur toutes les résolutions.

Les manifestants ont montré que le changement était possible. Ils ont mis les gouvernements au défi, les sommant d’agir pour la justice, l’égalité et la dignité. Ils ont montré que les dirigeants qui font fi de ces attentes ne seraient plus tolérés. Après un début difficile, 2012 doit devenir l’année de l’action.

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