Women without men, un magnifique écho aux préoccupations d’Amnesty International

Affiche women without men

[24/03/2011]

La dédicace du film à la mémoire de « ceux qui ont perdu la vie en luttant pour la liberté et pour la démocratie en Iran de la révolution constitutionnelle de 1906 au mouvement vert de 2009 » ne peut laisser indifférents membres et sympathisants d’Amnesty International qui ont vu les manifestations pacifiques du  peuple iranien être réprimées de manière sanglante ces deux dernières années.

Par cette dédicace, si Women without men traite de la période révolutionnaire de 1953 et du coup d’Etat qui a installé le Shah au pouvoir, il fait explicitement écho à la contestation actuelle du régime islamique en en Iran ; mieux, en donnant à voir au spectateur une période relativement méconnue en Occident, il éclaire sous un jour nouveau les continuités et ruptures historiques qui ont conduit à la situation actuelle.

Le film traite de deux sujets, la condition féminine en Iran en 1953, tout autant que la période révolutionnaire de cette époque. La force du film est de mêler intimement ces deux histoires, pour rendre compte d’une réalité méconnue du grand public, la place des femmes et leur soif d’émancipation qui ont à chaque fois joué un rôle moteur dans les processus révolutionnaires en Iran (en 1953, 1979 et 2009), tout autant que dans la progression des idéaux de justice, de démocratie et de respect des droits humains dans la société iranienne. Là encore, l’écho à la situation contemporaine est troublant puisque les mouvements de femmes jouent un rôle très important dans les luttes pacifiques actuelles. Ce n’est pas un hasard si ces mouvements sont particulièrement réprimés par le régime.

Répression de toute forme de dissidence pacifique, et du droit de manifester.

Dès le lendemain de l’élection présidentielle controversée du 12 juin 2009, des milliers de manifestants ont envahi les rues en Iran pour demander l’annulation de cette élection « truquée » à leurs yeux. Les manifestations se sont poursuivies régulièrement jusqu’à la mi-juillet 2009 malgré la violence de la répression. Elles ont repris à l’occasion de célébrations particulières comme les funérailles du grand ayatollah Hosseinali Montazeri, religieux respecté, souvent très critique à l’égard du gouvernement le 21 décembre 2009 ou lors de la fête religieuse de l’Achoura le 27 décembre 2009.
Selon les chiffres officiels, dès les premiers jours, plus de 5 000 personnes ont été arrêtées. Pareillement, lors des fêtes de l’Achoura au moins 1 000 personnes (sans doute bien d’avantage) ont été arrêtées, et sept personnes tuées : parmi elles, un neveu de Mir Hossein Moussavi, l’un des principaux opposants politiques, sans doute pour faire pression sur celui-ci.

De manière générale, les forces de sécurité, au nombre desquels les Bassidji (miliciens volontaires), ont recouru de manière excessive à la force, faisant des dizaines de morts entre juin 2009 et aujourd’hui.

La plupart des personnes appréhendées ont été relâchées, mais certaines ont été déclarées coupables à l’issue de procès iniques et condamnées à de lourdes peines de prison. Les arrestations n’ont pas cessé pendant toute l’année 2010 et début 2011 et les prisons sont totalement engorgées.

Discriminations et répression des mouvements de femmes

Dans le film, l’exposition de la situation de plusieurs femmes rejoint également nombre de nos préoccupations actuelles.
Depuis quelques années, le mouvement des femmes en Iran, avec l’émergence de la Campagne pour l’Egalité en 2006, est exemplaire dans la mesure où il cherche à mobiliser les femmes et les hommes pour faire évoluer la législation iranienne concernant les femmes. Après une courte formation, des femmes et des hommes vont au contact de la population en leur demandant de signer une pétition visant à obtenir « Un million de signatures » pour mettre fin à la discrimination dont les femmes font l’objet dans le droit iranien. A cette occasion, ils discutent avec les personnes qu’ils rencontrent en parlant des droits des femmes. C’est un mouvement démocratique qui permet de se former et de former les personnes rencontrées sur ces questions. Cette approche démocratique des discriminations qui touchent les femmes permet de prendre conscience des questions concernant les droits humains de manière plus générale. Plus de 50 membres de la Campagne pour l’égalité ont été détenus en raison de leurs activités, et au moins sept membres de la Campagne pour l’Egalité sont aujourd’hui emprisonnés et/ ou condamnés à de lourdes peines.

 

Sur le film


WOMEN WITHOUT MEN, un film de Shirin Neshat

Sortie en France le 13 avril 2011

Synopsis : Téhéran, 1953. Dans un climat de troubles politiques et sociaux, sur fond de coup d'état, quatre femmes iraniennes issues de classes sociales différentes se trouvent réunies pour plusieurs jours.

Fakhri, la cinquantaine, est prisonnière d’un mariage malheureux et en proie à ses sentiments pour un ancien amour fraîchement revenu des États-Unis. Zarin est une jeune prostituée qui, prise d’hallucinations, réalise anéantie qu’elle voit soudainement ses clients sans visage.

Munis, jeune femme dotée d’une conscience politique, doit résister à la réclusion imposée par son frère, un traditionaliste religieux, tandis que son amie Faezeh reste aveugle aux troubles qui envahissent les rues et rêve uniquement d’épouser le frère autoritaire de Munis.

Alors que l’agitation prend de l’ampleur dans les rues de Téhéran, chacune de ces femmes va tenter de se libérer de son tourment, au moment où l'histoire de leur pays prend un tournant tragique…

Biographie de la réalisatrice : Shririn Neshat, est Iranienne. Photographe et artiste vidéaste de renom, elle a réalisé, durant ces dernières années, plusieurs séries d’installations vidéo aux accents lyriques sur des thèmes aussi variés que les rapports hommes/femmes, l’autodétermination culturelle ou l’autorité religieuse.


Pour en savoir plus  www.womenwithoutmen-lefilm.com