Mexique : les membres de l'OPIM harcelés

Mexique Manifestation devant la prison d’Ayutla de los Libres
Manifestation devant la prison d’Ayutla de los Libres

[19/05/2011]

Amnesty International recueille depuis de nombreuses années des témoignages faisant état d’une politique de harcèlement et d’intimidation des membres d’organisations indigènes de défense des droits humains, telles que l’OPIM, dans l’État de Guerrero.

L’Organisation du peuple indigène Me’phaa (Organización del Pueblo Indígena Me’phaa, OPIM) a été fondée en 2002 pour défendre et promouvoir les droits du peuple indigène me’phaa (tlapanèque) au Mexique. L’État de Guerrero, dans le sud du Mexique, où vivent quelque 116 000  Me’phaa affiche un taux de marginalisation parmi les plus forts et des indicateurs de développement humain parmi les plus faibles de tout le Mexique.

En plus d’être  victimes de discrimination dans leur accès aux services de santé, d’éducation, les peuples autochtones sont la cible d’attaques violentes répétées.

Dans le cadre de la lutte contre le narcotrafic, la région a été a été fortement militarisée ces dernières années. Les membres de l’OPIM dénoncent les violences commises à l’encontre de la population par des soldats et des policiers. Ils réclament justice pour les femmes autochtones violées par des militaires et toutes les victimes de violence, harcèlement et discrimination. Nombre de ses membres ont été placés sous surveillance et reçoivent quotidiennement des menaces de mort pour leur combat pour les droits humains. Un des leaders de l’organisation a d’ailleurs été assassiné en 2008.
Les plaintes pour violations des droits humains de la part de membres des forces armées sont confiées à la juridiction militaire. Les victimes sont alors confrontées à un système qui manque d’impartialité et d’indépendance et qui aboutit à une situation d’impunité quasi systématique.

En 2002, lors d'incidents distincts, Valentina Rosendo Cantú et Inés Fernández Ortega ont été abordées et interrogées par des soldats qui les auraient par la suite violées.
Faisant preuve d’un courage énorme et malgré les barrières culturelles, économiques et sociales qui dissuadent de nombreuses femmes autochtones de réclamer justice par la voie des tribunaux, elles ont dénoncé ces agressions auprès des autorités nationales et internationales. Aucun responsable n’a été poursuivi par la justice mexicaine.
En 2010, devant l’absence d’enquête sérieuse de la part du système mexicain, la Cour Interaméricaine des droits humains a condamné l’Etat mexicain.

Les autorités ont fréquemment instrumentalisé le système judiciaire afin de punir ceux qui promeuvent le respect des droits des communautés marginalisées.
En 2008, 5 membres de l’OPIM ont été accusés injustement du meurtre. Ils étaient considérés par Amnesty International comme des prisonniers d’opinion injustement détenus en raison de leur lutte pour les droits humains. Raul Hernandez, l’un d’entre eux a passé 2 ans en prison avant d’être finalement acquitté.

En février 2009, Raúl Lucas Lucía et Manuel Ponce Rosas, deux responsables de l’Organisation pour l’avenir des peuples mixtèques (OFPM), apparentée à l’OPIM, ont été enlevés et tués par des hommes armés qui se sont présentés comme étant des policiers.

En décembre 2010 encore, des représentants de l’OPIM étaient menacés, en lien direct avec le soutien témoigné à la lutte d’Inès Fernandez et Valentina Rosenda

Amnesty International soutien l’OPIM depuis de nombreuses années à travers des campagnes de sensibilisation et des actions de plaidoyer auprès des autorités.