Corée du Nord : fermez les camps de prisonniers politiques maintenant

Les images de Yodok montrent que plusieurs bâtiments ont été ajoutés depuis 2001
Les images de Yodok montrent que plusieurs bâtiments ont été ajoutés depuis 2001© 2011 DigitalGlobe, Inc

[19/12/2011]

Environ 200 000 hommes, femmes et enfants vivent enfermés dans l’un des six camps pour prisonniers politiques de Corée du Nord. Les autorités nient leur existence, ainsi que leurs droits : torture, malnutrition, travail forcé y sont la norme.

50 000 PRISONNIERS DU CAMP YODOK - CORÉE DU NORD
Leur existence est niée, l’ensemble de leurs droits bafoué

L’histoire du camp de Yodok, l’un des six camps de prisonniers politiques recensés en Corée du Nord

Le ressortissant nord-coréen Oh Kil-man a demandé l’asile politique au Danemark en 1986. Pour le punir, sa femme et ses deux filles sont envoyées à Yodok en 1987. Il reçoit des lettres de leur part en 1988 et 1989, des photos en 1991. Il est le seul à avoir jamais reçu ce type d’information de la part de prisonniers de camps. À la suite de leur transfert dans la zone de contrôle total de Yodok, Oh Kil-man n’a plus jamais reçu d’informations à leur sujet.

Environ 50 000 hommes, femmes et enfants sont actuellement détenus sans jugement ou à la suite de procès iniques dans le camp de Yodok, l’un des six camps pour prisonniers politiques du pays. Les prisonniers sont torturés et forcés à travailler dans des conditions dangereuses. Manque de nourriture, passages à tabac, soins médicaux inappropriés et conditions de vie insalubres sont à l’origine de nombreux décès en détention. Des exécutions y ont lieu.

Corée du Nord : fermeture immédiate des camps de prisonniers politiques SIGNEZ

Le gouvernement nord-coréen nie leur existence pourtant avérée par des photos satellite et des témoignages recueillis par Amnesty International. Parmi les prisonniers, il y a des personnes critiquant la famille dirigeante, ou s’adonnant à des activités "antigouvernementales", comme regarder des émissions télévisées sud-coréennes.

Des proches de personnes soupçonnées d’infractions sont envoyés à Yodok, selon le principe de la "culpabilité par association". Tous les camps possèdent des zones de contrôle total, d’où les prisonniers ne sont jamais libérés sauf exceptions. Les enfants qui y naissent y sont emprisonnés à vie.

 

"Aveux" obtenus sous la torture

Kim et Lee (les noms ont été modifiés), anciens détenus à Yodok, ont déclaré lors d’entretiens avec Amnesty International qu’ils avaient été torturés pendant cinq mois dans un centre de détention de province, où on les a envoyés après leur arrestation en Chine en mai 1997.

Famille Oh en 1991 © DRFamille Oh en 1991 © DRLee raconte :

J’étais pendu par les bras pendant une demi-heure, puis redescendu, puis pendu à nouveau, et ce jusqu’à cinq fois par jour. Parfois, on me mettait sur la tête un sac en plastique noir et on me plongeait ensuite dans l’eau pendant de longs moments. J’ai été torturé pendant cinq mois ; pas tous les jours, mais par intermittence. Lorsqu’on me torturait, cela durait toute la journée. A la fin, j’ai avoué tout ce qu’ils voulaient.
Après la torture et les « aveux » forcés au centre de détention de la province du Hamkyung du Sud, supervisé par l’Agence pour la sécurité nationale, Kim et Lee ont été envoyés à Yodok.


Exécutions sommaires en public


Selon un récent récit de détenus à Yodok, Choi Kwang-ho a été exécuté devant d’autres prisonniers le 28 août 2001. Vaincu par la faim, il s’était éloigné d’un groupe pour cueillir des baies. Choi Kwang-ho avait été envoyé à Yodok en avril 2001 après avoir déclaré en public qu’il ne pouvait plus vivre en Corée du Nord et allait se rendre en Chine ou en Corée du Sud, ce qui avait été considéré comme une critique des autorités. Choi était contrôleur de matériaux à l’usine de produits chimique du comté de Boryeong et avait 47 ans lorsqu’il a été envoyé à Yodok.
Traitement des enfants


Kang Cheol-hwan, prisonnier à Yodok entre 1977 et 1987, pendant son enfance, raconte :

J’avais seulement dix ans et on me forçait à transporter de la terre depuis la colline derrière l’école jusqu’au bord de la rivière. Je devais porter 30 kilos de terre, 30 fois par jour, sur un portant placé sur mes épaules. Le travail était trop dur pour moi ou pour tout autre enfant de mon âge. Mais je n’osais pas me plaindre. Après les dix premiers trajets, mes jambes commençaient à trembler, j’avais mal partout, et la peau de mes épaules se décollait. J’étais sur le point de m’effondrer mais les professeurs nous surveillaient et nous frappaient avec des bâtons si nous nous arrêtions.

LIRE AUSSI :