Myanmar : Aung San Suu Kyi, une vie à défendre les droits humains
Prisonnière d’opinion pendant près de vingt ans, Aung San Suu Kyi est devenue le symbole de défense des droits humains dans son pays. Figure de la résistance à l’arbitraire, elle n’a jamais renoncé à sa liberté d’expression et lutte sans relâche pour un régime démocratique.
"La Dame", c’est ainsi que les Birmans nomment Aung San Suu Kyi, d’abord comme une marque de respect (Daw en langue birmane) mais aussi parce qu’il a été dangereux, voire interdit jusqu’au 13 novembre 2010 de prononcer son nom en public.
Haïe autant que redoutée par les militaires qui ont imposé à ce pays un régime de terreur depuis plus de 22 ans, elle était considérée comme LA figure de l’opposition.
Elle se considère comme défenseure des droits humains du peuple de son pays. C’est pour ce rôle de défenseure des droits humains qu’Amnesty International l’a défendue et a réclamé sa libération tout au long des 14 années qu’elle a passées en assignation à résidence, privée de toute liberté d’expression, d’association et de déplacement, de tout contact extérieur, sans téléphone ni radio, sauf la visite occasionnelle d’un médecin. Amnesty International a défendu Aung San Suu Kyi et ses partisans emprisonnés, sans prendre position sur les actions et les positions du parti dont elle est la secrétaire générale et la figure emblématique.
Un héritage d’engagement
Aung San Suu Kyi est la fille du Général Aung San, héros de l’indépendance birmane, assassiné le 19 juillet 1947, alors qu’il se préparait à diriger le premier gouvernement de son pays. Sa fille, alors âgée de 2 ans seulement, n’avait jamais eu d’activités ni d’ambition politiques jusqu’à son retour en Birmanie en avril 1988 pour accompagner sa mère dans sa fin de vie. Mais les circonstances dramatiques du pays, la pression et la confiance des amis de son père, le symbole qu’elle a représenté alors pour le peuple l’ont conduite à un engagement long et douloureux.
Des "quatre huit" à la "révolution de safran", une vie de militantisme
Dès avril 1988 ont commencé les manifestations estudiantines. La grande grève du 8 août 88 ("les quatre 8") a été écrasée dans un bain de sang par l’armée qui a fait des milliers de morts ; plus de 6 000 étudiants et intellectuels ont dû fuir vers la Thaïlande pour échapper aux arrestations, aux tortures systématiques et aux longues peines de prison.
Aung San Suu Kyi s'adressant à ses supporters le 13 novembre 2010 © APGraphicsBankDans cette épreuve, les opposants se sont naturellement tournés vers Aung San Suu Kyi. Le 26 août, dans un célèbre discours à la pagode Shwedagon, elle annonçait qu’elle rejoignait le mouvement. Elle n’a depuis jamais cessé de prôner la non-violence, le dialogue, la réconciliation nationale et le refus de la peur qui humilie et paralyse les êtres humains.
Le parti qui a été fondé avec ses disciples, la Ligue Nationale pour la Démocratie (NLD) a remporté 80% des sièges aux élections de 1990 mais la junte n’a jamais réuni le Parlement élu et Aung San Suu Kyi a été placée en résidence surveillée. De longues peines de prison, de 16 à 20 ans, ont été prononcées contre les dirigeants étudiants comme Min Ko Naing, Ko Ko Gyi, Pyone Cho, Myo Min Zaw, la jeune Mie Mie et le vieux journaliste et vice-président de la NLD, U Win Tin, après des procès à huis clos et en vertu de lois formulées de manière si vague qu’elles pourraient s’appliquer à tous.
Amnesty International a œuvré sans relâche pour la libération de ces prisonniers d’opinion, l’abrogation de la Loi sur la sécurité publique et d’autres lois iniques, et a dénoncé les tortures et les conditions carcérales.
Le 11 juillet 1995, l’assignation à résidence de Aung San Suu Kyi est levée ; les Birmans se pressent aux rencontres qu’elle tient chaque weekend devant sa maison. Mais cette relative liberté est de courte durée. Les quinze années suivantes sont faites essentiellement d’emprisonnements et assignations à résidence. Le 30 mai 2003 elle échappe même à une attaque armée suite à laquelle elle est emprisonnée.
Lors de la "révolution de safran" en septembre 2009, les étudiants libérés deux ans auparavant ont à nouveau tous été arrêtés. Tous ont été condamnés à des peines de allant jusqu’à 65 ans de prison et envoyés dans des lieux de détention très éloignés de leurs familles, ce qui rend leur vie encore plus pénible les familles qui leur apportent nourriture et médicaments ne peuvent que rarement leur rendre visite
Le 13 novembre 2010, quelques jours après des élections manipulées par la junte au pouvoir, Aung San Suu Kyi est libérée. Elle jouit depuis d’une relative liberté d’expression et de mouvement.
Amnesty International continue avec persistance à réclamer la libération de plus de 1800 prisonniers politiques.
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