
Russie : les défenseurs des droits humains toujours en danger
5 ans après l'assassinat d'Anna Politkovskaïa, ils sont plus que jamais menacés et entravés dans leurs actions.
[06/10/2011]
Souvenons-nous
Le 7 octobre 2006 Anna Politkovskaïa, journaliste et défenseure des droits humains était assassinée dans son immeuble à Moscou. Pendant plus d’une décennie cette femme courageuse avait dénoncé inlassablement dans son journal "Novaïa Gazeta", un des rares médias indépendants existant encore en Russie, les violations des droits humains commises en Tchétchénie et dans tout le Caucase du Nord ainsi que la violence dans l’armée, la corruption à tous les niveaux des structures de l’Etat ou encore les brutalités policières. Elle avait déjà reçu de nombreuses menaces de mort en raison de son travail et se savait constamment menacée.
Où en sommes-nous, alors que nous commémorons le 5ème anniversaire de sa mort ?
Depuis août 2007, au moins 12 personnes ont été arrêtées en lien avec ce meurtre mais plusieurs d’entre elles ont ensuite été relâchées. Parmi les suspects figuraient des fonctionnaires du Ministère de l’Intérieur et du FSB (Service fédéral de sécurité).Un premier procès a eu lieu en 2008 impliquant aussi bien des Tchétchènes qu’un ancien policier mais tous ont été acquittés, faute de preuve. Une nouvelle enquête a été ouverte et en 2011 deux personnes ont été arrêtées en lien avec ce crime : le frère d’un des inculpés tchétchènes au premier procès et tout récemment un ancien haut gradé de la police russe, soupçonné d’avoir organisé l’assassinat d’Anna.
L’enquête qui est toujours en cours met en lumière les liens qui existent en Russie entre les services de police, le FSB et le crime organisé. Et la question principale reste toujours sans réponse : qui a commandité l’assassinat de la journaliste ? Il est à craindre que cette énigme ne soit jamais résolue.
Les défenseurs des droits humains en Russie
Malheureusement d’autres meurtres ont suivi celui d’Anna Politkovskaïa.
En juillet 2009 Natalia Estemirova, représentante de l’ONG russe de défense des droits humains Memorial dans le Caucase du Nord, a été à son tour enlevée puis assassinée. Elle enquêtait sans relâche sur tous les crimes commis dans la région : tortures, enlèvements, exécutions extrajudiciaires Elle avait travaillé avec A. Politkovskaïa ainsi qu’avec l’avocat Stanislav Markelov, avocat défenseur des victimes de violations des droits humains, abattu en plein Moscou en février 2009 avec Anastasia Babourova, jeune journaliste qui travaillait dans le même journal qu’A. Politkovskaïa.
Même si ces deux derniers meurtres ont été élucidés, la plupart des enquêtes piétinent, faute de volonté politique de les faire aboutir. C’est le règne de l’impunité dans un pays où la justice est totalement dépendante du pouvoir lorsqu’il s’agit de meurtres aussi "politiques".
Cette liste, qui n’est malheureusement pas exhaustive témoigne du danger qu’encourent les défenseurs des droits humains en Russie, qu’ils soient membres d’ONG, avocats ou journalistes. Tous ceux qui cherchent à enquêter sur des sujets sensibles tels que la corruption, la concussion à tous les niveaux des institutions, la situation dans le Caucase du Nord ou qui expriment des opinions politiques divergentes de celles du gouvernement sont continuellement harcelés, menacés, emprisonnés, parfois torturés et même assassinés. Mais tous ces moyens de pression se révélant souvent insuffisants pour arrêter les défenseurs, les autorités ont, comme au temps de l’Union soviétique, adopté des législations dont l’application peut se révéler liberticide selon l’interprétation que l’on en fait.
La répression de toute dissension au sein de la société décourage l’engagement des individus et isole d’autant plus les défenseurs des droits humains. Raison de plus pour qu’Amnesty International soutienne ces défenseurs, exige des autorités qu’ils soient protégés et que l’impunité recouvrant tous ces crimes cesse.
Lire également notre rapport : Passés à tabac pour avoir parlé
agressions contre les défenseurs des droits humains et des journalistes en Fédération de Russie
-
Actualité
Russie : Alexei Sokolov, défenseur des droits humains, raconte
-
Actualité
-
Actualité
-
Actualité











