Les milices armées menacent la nouvelle Libye

Des femmes et enfants originaires de Tawargha, refoulées à Tripoli ©AI
Des femmes et enfants originaires de Tawargha, refoulées à Tripoli ©AI

[04/05/2012]

Les Libyens essaient de reconstruire leurs vies après des mois d'un conflit meurtrier. Cependant, les milices armées font la loi à leur manière, en exerçant leur vengeance contre ceux qu'ils pensent être restés loyaux à Khadafi ou qui ont combattu dans son camp.

La torture règne. Elle est pratiquée par les entités militaires, les services de sécurité, ainsi que par une multitude de milices armées qui opèrent en dehors de tout cadre légal.

Des communautés entières ont été prises pour cible. Les Libyens noirs Tawargha subissent des agressions à titre de vengeance leur ville ayant servi de base aux forces de Khadafi. Tous les habitants de la ville, environ 30 000 personnes, ont été déplacés de force et sont désormais isolés dans des camps de fortune partout en Libye sans issue visible à leur calvaire. Récemment un civil tawargha a été torturé à mort dans un centre de détention de Misratah. Des quartiers des minorités dans le sud-est du pays, notamment de la ville de Kufra, sont également attaqués par les milices. Les Tabous, minorité noire, étaient victimes de discriminations autorisées par l’État sous Mouammar Kadhafi, et continuent à subir des discriminations.

Les milices continuent également à prendre pour cible les migrants et les réfugiés originaires d’Afrique subsaharienne.

À ce jour, personne n'a été poursuivi pour des violations des droits humains. Aucune enquête véritable n’a été menée sur les cas de torture et de mort en détention. Si des mesures concrètes ne sont pas prises, les violences ne cesseront pas.

Pour en savoir plus, lire notre article "Libye : un an après le soulèvement, des milices au comportement "anarchique" commettent des violations massives"

Signez le message à l’ambassadeur de Libye en France, M. Abuhamoud Al-Shiabani

Monsieur l'ambassadeur,

Je vous écris afin de vous faire part de mon inquiétude quant aux violations des droits humains encore commises actuellement par des milices armées en Libye.

J'appelle les autorités libyennes à réfréner les milices armées, et notamment à :

  • Réaliser des enquêtes et engager des poursuites contre les membres des milices s'étant rendus responsables de violations des droits humains, notamment de détentions arbitraires, d’actes de torture, d’exécutions extrajudiciaires, du déplacement forcé des Tawargha, des Mashashiva et d'autres communautés, ainsi que de toute autre violation des droits humains.
  • Prendre des mesures efficaces pour empêcher que de telles violations des droits humains ne se reproduisent.
  • Veiller à ce que les communautés déplacées par les milices, comme les Tawargha, puissent rentrer chez elles et recevoir l'aide nécessaire pour reconstruire leurs vies, y compris sous la forme d'indemnisations et d'une aide à la reconstruction.
  • Protéger les résidents de Kufra des affrontements entre milices.

Veuillez agréer, Monsieur l'ambassadeur, l'expression de ma haute considération.

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