Portraits de militants : Colette l'incontournable

Colette Fèvre (c) Léo Farré
Colette Fèvre (c) Léo Farré

C’est une jeune militante de 73 ans. Colette Fèvre n’a rejoint Amnesty qu’à sa retraite, en 2001, mais depuis, « parce que ça m’évite Alzheimer, parce que c’est une chance folle de pouvoir agir pour les droits de l’homme », elle est incontournable dans les Alpes-Maritimes, dont elle est la conseillère nationale de secteur depuis 4 ans.

 

A l’image des protozoaires, « des cellules à tout faire », dont elle fut une spécialiste toute sa vie de biologiste, Colette adore multiplier les activités pour faire vivre les valeurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « un texte magnifique ». « Il a fait beau aujourd’hui, m’annonce parfois mon gendre, quand il me voit derrière mon ordinateur. Il  m’appelle "mon petit scribe assis". C’est vrai, je suis une boulimique de travail »… « C’est un phénomène, avec une énergie hors du commun, confirme Josée Van Mol, qui travaille à ses côtés dans l’équipe de secteur. Après 3 heures de visite d’un musée, elle peut enchainer avec un autre. Au retour des Conseils nationaux, dans le train,  je la supplie parfois de cesser de parler d’Amnesty ! »

Attention, vite préciser qu’elle anime une équipe, « avec des gens formidables, il y a du bois dur dans le secteur ». Néanmoins, c’est quand même elle qui s’accroche aux Pages blanches pour identifier et contacter un par un les membres individuels, les tenir parfois une demi-heure en ligne, les informer ensuite des manifestations locales, des Actions urgentes ; elle qui convainc le maire de Nice d’offrir la place Masséna, « avec l’estrade et les plantes », pour le 50e anniversaire et son propre médecin d’assurer la permanence médicale du Cross d’Antibes, monté par le groupe local. C’est elle encore qui donne des cours sur le droit humanitaire international pour toutes les classes de 3ème d’un collège de Nice.

Elle a l’œil : « Un Anglais fait pour nous une revue de presse. Il ressemble à Peter Benenson, alors il  va jouer son rôle pour le cinquantième ». Elle est à l’écoute. De cette femme polonaise qui a perdu sa famille dans les camps, qu’elle convainc de rejoindre l’association. Des groupes locaux, qu’il faut stabiliser, pérenniser : « Il faut fournir des militants à un groupe qui renait. On a recruté 18 membres en un an, à une époque où on dit que ce n’est pas facile. Le groupe de Cannes est reparti ».


Objectif désormais : que l’arrière-pays soit concerné par Amnesty, puisqu’en dehors de Grasse et de Vence, les groupes sont surtout implantés sur le littoral. Avec une vue surplombante sur une série d’événements choquants : « Des demandeurs d’asile jetés sur le trottoir à 6 heures du matin, expulsés de la Maison grise à Nice, où ils avaient trouvé refuge ; des passagers d’un train que la police fait descendre à Menton pour y embarquer des Afghans. Le chef de train a refusé de passer en Italie : nous avons su l’affaire très tôt et pu alerter le Secrétariat national. Nous avons aussi manifesté pour les droits des Roms. »

Cette énergie ne l’empêche pas d’être réaliste : « On travaille sur tellement de choses : on manque parfois de forces vives ». Mais pas question de regretter l’élargissement des missions d’Amnesty aux Desc, la possibilité de travailler sur son propre pays. La campagne Halte à  la violence contre les femmes, dans le monde et en France, s’est accompagnée de progrès dans les activités traditionnelles de l’association, avec les armes classiques, lettres et pétitions.

« Colette ne connaît pas le découragement, elle avance quelles que soient les intempéries, témoigne Jacques-Noël Bouttefeux-Leclerc, relais médias dans l’équipe de secteur. Des aspects d’Amnesty me défrisent, comme la position de l’organisation sur la burqa : c’est grâce à des gens comme Colette, leur profond respect des personnes, leur humilité, que je reste à Amnesty ».

Marc Girot