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Liberté d'expression
Portrait

Edward Snowden

Sur Twitter, Edward Snowden est suivi par deux millions et demi de personnes, mais lui ne suit qu’un seul compte : celui de la National Security Agency (NSA). Comme si le combat singulier entre le lanceur d’alerte et la toute puissante institution américaine responsable de l’espionnage de masse de chefs d’État comme de citoyens ordinaires n’était pas terminé.

Car malgré ses révélations fracassantes sur les turpitudes de la NSA, le Robin des bois du numérique semble avoir perdu la première manche. Il se morfond depuis près de trois ans dans un douloureux exil du côté de Moscou. Il y a pourtant un avant et un après Snowden, tant le monde a pris conscience de l’ampleur du scandale qu’il a mis en lumière. Chacun de nos mails, de nos coups de fils, de nos achats sur le Web peuvent être pistés, tracés voire écoutés dans la plus totale impunité par l’agence d’un gouvernement, avec la complicité plus ou moins active d’opérateurs privés de téléphonie et du numérique. Grâce aux révélations de Snowden, l’espionnage de masse est devenu plus difficile pour le gouvernement des États-Unis.

Le Congrès des Etats-Unis a en effet voté en juin 2015 une loi permettant de mieux encadrer la collecte des métadonnées par la NSA. Le succès du film de Laura Poitras, Citizenfour, le fait que ce vieux routier d’Hollywood qu’est Oliver Stone consacre un biopic à Snowden, sorti en France il y a quelques semaines, sont autant d’indices que son apparente défaite individuelle peut se transformer en une victoire collective.

Face à la campagne de diffamation que mènent plusieurs élus, « ce n’est pas un héros, c’est un traître », affirme le représentant républicain Devin Nunes, tandis que son collègue Lynn Westmoreland assure qu’il « a causé plus de dommages à la sécurité nationale qu’aucun autre individu dans notre histoire », trois organisations, l’American Civil Liberties Union, Human Right Watch et Amnesty International lancent la campagne « PardonSnowden ». La pétition demande au président sortant Obama de gracier Snowden avant le 20 janvier 2017, date à laquelle il quittera la Maison-Blanche. Il y urgence, car le permis de séjour en Russie d’Edward Snowden va expirer. Et aussi parce que Donald Trump considère Snowden comme un espion que la Russie doit remettre aux États-Unis.

Cet homme à l’isolement qu’est Snowden a compris que les luttes ne se mènent pas seul. Sur son compte Twitter, il se réjouit ainsi d’apprendre, le 17 octobre dernier, que Mohamedou Slahi, un détenu mauritanien de Guantánamo a été relâché après quatorze ans sans instruction ni procès. Encore un exemple des dangers des gouvernements « quand ils négligent la loi », écrit Snowden. En laissant la NSA espionner dans l’ombre la terre entière, le gouvernement américain a négligé la loi. Soutenir Snowden n’est donc pas donner une prime au « traître », comme le prétendent ceux qui l’attaquent aux États-Unis, mais au contraire se défendre contre les violations des lois par les gouvernements eux-mêmes.

- Jean Stern pour La Chronique d'Amnesty International

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