Myanmar : un nouvel espoir ?

Myanmar : un nouvel espoir ?

[24/03/2016]

© Soe Than WIN/AFP/Getty Images

24/03/2016
Accèder directement à la pétition

Le nouveau gouvernement du Myanmar qui va prendre ses fonctions a la possibilité d'engager le pays dans une nouvelle voie en matière de droits humains Il doit tirer un trait sur le cadre juridique extrêmement répressif qui a pendant des années favorisé les arrestations arbitraires et la répression.



DEUX ANNÉES DE RÉPRESSION GRANDISSANTE



Notre rapport – fondé sur les nombreux entretiens réalisés avec des défenseurs des droits humains, des militants, des avocats et des prisonniers d'opinion et proches de prisonniers d'opinion – montre que les autorités du Myanmar ont mené au cours des deux dernières années une répression de grande ampleur contre les opposants. Elles ont utilisé, pour réduire au silence celles et ceux qui le critiquent, un large éventail de méthodes et de lois très sévères. Certaines sont récentes et d'autres remontent aux années du régime militaire absolu d'avant 2011. 

De nombreuses catégories de personnes, parmi lesquelles des journalistes, des défenseur-e-s des droits humains, des étudiant-e-s et des militant-e-s des droits du travail et fonciers, ont été menacées, harcelées et incarcérées uniquement parce qu'elles avaient exprimé leurs opinions de façon pacifique. La répression et les arrestations de militants se sont poursuivies après les élections de novembre 2015.

Nous avons connaissance de presque 100 cas de prisonniers d'opinion actuellement détenus au Myanmar, et des centaines d'autres militants pacifiques sont incarcérés ou dans l'attente de la fin de leur procès.

Ce très grand nombre de prisonniers d'opinion derrière les barreaux continue d'entacher le bilan du Myanmar, et il contredit les affirmations des autorités selon lesquelles une page a été tournée en matière de droits humains. Cette accélération de la répression et des arrestations de personnes dont le seul tort a été d'exprimer pacifiquement leurs opinions est extrêmement préoccupante.



hgjhgj

Manifestation étudiante au Myanmar le 10 mars 2015  © Soe Than WIN/AFP/Getty Images



DES LOIS EXISTANTES POUR FAIRE TAIRE LES OPPOSANTS



Des failles dans la législation sont utilisées pour condamner des militants à de longues peines d'emprisonnement et les priver de liberté. Htin Kyaw purge actuellement une peine de 13 ans et 10 mois d'emprisonnement ; son seul « crime » a été de distribuer des tracts critiquant le gouvernement. Htin Kyaw a en fait été accusé de la même infraction 11 fois, dans 11 municipalités différentes, et donc condamné à 11 peines différentes.

Les autorités utilisent aussi la législation pour inculper des groupes de personnes qui manifestent, dans des conditions qui représentent alors un châtiment collectif. Elles ont également recouru pour des motifs politiques à l'arrestation et au placement en détention dans le but d'affaiblir des mouvements d'opposition, en prenant plus particulièrement pour cible leurs dirigeants. 

À la suite des manifestations étudiantes qui ont débuté en 2014 et qui ont pris fin en mars 2015, quand des étudiants ont été violemment frappés par des policiers à Letpadan, un grand nombre d'étudiants et de personnes qui les soutenaient ont été arrêtés et placés en détention dans tout le pays. Au moins 45 d'entre eux sont toujours incarcérés et dans l'attente de leur procès. D'autres arrestations ont depuis eu lieu, y compris tout récemment en février 2016.



Audition de syndicalistes étudiants après leur arrestation le 12 mai 2015 © Aung Thu/AFP/Getty Images



L'OCCASION D'INSTAURER UN CHANGEMENT ?



Des membres de la NLD ont fait des déclarations encourageantes, promettant de faire de la question des droits humains une de leurs priorités quand ils arriveraient au pouvoir. Leur parti dispose à présent d'une occasion unique de tenir cette promesse : la tâche qui l'attend est gigantesque.

De sérieux doutes planent quant à la capacité de la NLD de changer de direction en matière de droits humains. En effet, la Constitution du Myanmar continue d'octroyer à l'armée la direction d'institutions-clés. Par exemple le ministère de l'Intérieur, qui chapeaute les services de police et est en charge de l'administration générale du pays.

Le nouveau gouvernement doit libérer immédiatement tous les prisonniers d'opinion, à mettre en place une commission des affaires relatives aux prisonniers d'opinion qui soit efficace. Cette instance doit examiner tous les cas et de veiller à ce qu'aucune personne ayant pacifiquement mené des activités militantes ne soit incarcérée, et à modifier ou supprimer toutes les lois qui sont utilisées pour réprimer les droits humains.

Le gouvernement dirigé par la NLD dispose d'une occasion exceptionnelle de corriger la situation en matière de droits humains. Il doit se saisir pleinement de cette occasion et, pour ce faire, il aura besoin du soutien de la communauté internationale.



ALLEZ PLUS LOIN

> Notre rapport :  Le peuple s’exprime, et de nouveau le pouvoir réprime (PDF)
> Myanmar, des journalistes de plus en plus réprimés
> Un an après, des étudiants toujours sous les verrous