Naufrages en Méditerranée : la honte de l'Europe

Naufrages en Méditerranée : la honte de l'Europe

[22/04/2015]

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Mise à jour au 28/05/2015 : l’Union européenne se décide enfin à combler ses lacunes pour la recherche et le sauvetage

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Après les catastrophes de ces dernières semaines et avant le sommet européen, nous publions un document revenant sur 2 ans de politique européenne contre-productive pour sauver des vies.

Tant que les gouvernements européens n'offriront pas de voies d'accès  sûres et légales à l'Europe, les migrants et réfugiés continueront d'emprunter des itinéraires dangereux. Les choix auxquels les gouvernements européens sont confrontés sont véritablement une question de vie ou de mort.

 

 

 

PRENDRE LA MER : LA SEULE SOLUTION POUR LES MIGRANTS QUI FUIENT LA GUERRE, LE TERRORISME, LA VIOLENCE

 

La mer Méditerranée reste la voie migratoire la plus dangereuse et mortelle au monde. 

Les réfugiés et les migrants continueront d’emprunter la Méditerranée tant que :

- ils feront face aux dangers dans leurs pays d’origine (guerre, terrorisme, violence) ;

- les difficultés qu’ils rencontrent dans les pays d’accueil voisins de leur pays d’origine persisteront ;

- les routes terrestres seront fermées et que les voies de migration régulières resteront insuffisantes.

 

Les réfugiés et les migrants sont victimes de violence de la part de groupes armés, de milices et de passeurs. Ils dénoncent des enlèvements contre rançon, des agressions physiques, des actes de torture et autres mauvais traitements dans les centres de détention ; des cas d'exploitation sexuelle et de travail forcé. Mais de nombreux réfugiés et migrants, notamment d'Afrique sub-saharienne et de Syrie, ne peuvent compter sur l'aide de leur pays, ni trouver refuge dans les États voisins. Ces derniers verouillent de plus en plus leurs frontières terrestres avec la Libye, inquietés par une possible propagation du conflit.

L'Égypte a fermé ses frontières aux réfugiés et aux migrants, ne permettant l'entrée qu'aux seuls ressortissants libyens. 

Alors que les frontières tunisiennes restent franchissables pour les Libyens, les autres ressortissants doivent être en possession de documents d'identité valides pour entrer sur le territoire, et ils ont l'obligation de quitter la Tunisie après un court séjour de transit.

 

UNE TERRIBLE AUGMENTATION

 

 

Nombre de personnes qui seraient mortes ou portées disparues en traversant la Méditerranée

 

En 2014, l'agence Frontex a comptabilisé 278 000 franchissements irréguliers des frontières européennes, soit environ 2,5 fois plus qu'en 2013 (107 000) et 2 fois plus qu'en 2011 (141 000) lors du printemps arabe. La plupart de ces entrées en 2014 se sont faites en Méditerranée, 218 000 selon le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR), dont  170 000 environ étaient à destination de l'Italie. 

Lors des deux premiers mois de 2015, les franchissements irréguliers des frontières en Méditerranée centrale ont augmenté de 42 %, principalement par la Libye, comparés aux deux premiers mois de 2014 (de 5 506 à 7 834). Ces chiffres, selon Frontex, « défiaient les normes saisonnières généralement basses, l'hiver étant la saison la plus dangereuse pour traverser la mer Méditerranée ».

Les trois premiers mois et demi de l'année 2015 ont vu  1700 personnes périr ou disparaître en mer, contre  17  à la même période en 2014. Une personne meurt toutes les deux heures en Méditerranée depuis le début de l'année.

 

DES CATASTROPHES ÉVITABLES


 

Les migrants risquent tout en traversant la Méditerranée
Les migrants risquent tout en traversant la Méditérranée © Giles Clarke/Getty Images Reportage

 

A 17 heures, un bateau est arrivé, nous pouvions l'apercevoir. Il s'est rapproché de notre embarcation. ... Ils nous ont lancé une échelle de corde... Beaucoup ont essayé de s'y accrocher et le bateau a chaviré.

Mohammed
Palestinien, 25 ans


Dans l'après-midi du 4 mars 2015, un bateau transportant environ 150 personnes, dont une vingtaine de femmes et 10 enfants, a chaviré à environ 50 minutes des côtes libyennes quand un remorqueur en service en opération près de la plateforme pétrolière lybienne des environs s'est approché afin de les secourir. Le bateau avait quitté Tripoli, en Libye, la nuit précédente.

Les personnes qui se trouvaient à son bord, majoritairement des Syriens, des Palestiniens, des Érythréens, des Soudanais et des Somaliens, cherchaient désespéremment de l'aide alors que leur bateau avait commencé à prendre l'eau. Nombre d'entre eux sont passés sur un côté du bateau, vers l'échelle que leur avait lancé l'équipage du remorqueur, ce qui a provoqué le chavirement.

 

 

Les migrants risquent tout en traversant la MéditerranéeUne tombe d'un migrant dans le cimetière de Lampedusa © Giles Clarke/Getty Images Reportage

 

 

Nous étions 107 sur le bateau, les passeurs nous ont comptés... Les gens tombaient à l'eau mais personne ne pouvait les aider. Ceux qui sont tombés à la mer ont essayé de s'accrocher au bateau mais ils n'ont pas réussi. J'ai vu trois personnes tomber à l'eau. D'autres sont morts pour d'autres raisons, peut-être par manque de nourriture et d'eau... Seul Dieu sait comment je me suis senti lorsque j'ai vu les autres mourir... Nous n'étions plus que sept survivants quand les secours sont arrivés. »

Lamin
Malien, 24 ans 

Le 8 février 2015, 4 naufrages ont provoqué la mort de plus de 330 victimes.

 


L'ARRÊT VOLONTAIRE DE L'OPÉRATION DE SAUVETAGE MARE NOSTRUM EN 2014 POUR L'OPÉRATION TRITON

 

Dans le cadre de l'opération Mare Nostrum, les autorités italiennes avaient secouru en 2014 plus de 166 000 personnes. Parmi celles-ci, les forces de la Marine italienne ont secouru près de 83 000 personnes, les gardes-côtes 38 000, les navires marchants coordonnés depuis le MRCC (centre de recherche et de sauvetage en mer) de Rome plus de 42 000, la police italienne aux frontières, les sauveteurs individuels et les forces de Frontex 1 700. 

 

 

Mare Nostrum bénéficiait d'un budget de 9 millions d'euros par mois et déployait à n'importe quel moment cinq bateaux de la marine italienne, accompagnés de supports aériens et d'une équipe d'environ 900 personnes. 

Malgré la réussite de ses opérations de sauvetage à sauver des vies, l'Italie, en accord avec d'autres gouvernements européens a mis fin à l'opération Mare Nostrum. Suivant une période de retrait progressif dans laquelle la marine italienne a continué à fournir des ressources supplémentaires pour les opérations de recherche et de sauvetage, depuis le 1er janvier 2015 les capacités de ces opérations en Méditérranée centrale sont revenues à la normale, se reposant principalement sur les ressources des gardes-côtes et des navires marchands. 

 

Zone couverte par Mare Nostrum en 2013 et 2014

Zone couverte par l'opération Triton de Frontex actuellement

Zone où la plupart des sauvetages ont lieu.

Position des incidents du 22 janvier, 8 février, 4 mars et 12 avril




5 CHOSES À RETENIR SUR L'UNION EUROPÉENNE ET CES CATASTROPHES EN MER

 

L'inaction persistante des gouvernements européens face à la crise humanitaire dont la Méditerranée est le théâtre a contribué à la multiplication par 50 du nombre de décès de migrants et de réfugiés depuis le début de l’année 2015.

 

Des tragédies récentes au cours desquelles plus de 1 000 migrants auraient péri noyés, ont fait entrer tardivement cette crise à l'ordre du jour de la réunion du 20 avril des ministres européens des Affaires étrangères et de l'Intérieur.

 

L'opération de sauvetage Mare Nostrum, qui a permis de sauver des milliers de vies, a pris fin en 2014. Elle n'a toujours pas été remplacée de façon satisfaisante.

 

Une opération multinationale de recherche et de sauvetage pourrait être mise en place en quelques jours s'il existait la volonté politique de le faire.

 

Tout laisse à penser que le nombre de migrants et de réfugiés se lançant dans cette traversée va continuer d'augmenter à mesure que les conditions météorologiques s’améliorent et tant que les violences et les persécutions continueront dans des pays tels que la Syrie et l’Érythrée et que l’instabilité persistera en Libye.

 

 

 

Les migrants risquent tout en traversant la Méditerranée
Mercredi 22 avril, Amnesty International France rendait hommage aux milliers de migrants disparus en mer © Amnesty International

 

 

APRÈS LE SOMMET EUROPÉEN       

UNE AUGMENTATION DE MOYENS

Le Sommet extraordinaire des dirigeants européens qui a eu lieu le jeudi 23 avril s’est conclu sur une augmentation des financements et des moyens pour l'opération Triton

Toutefois, le triplement prévu du budget dédié à cette opération Triton ne permettra de répondre aux besoins de recherche et sauvetage en mer que si sa zone d’intervention est étendue à la haute mer, où le plus grand nombre de naufrages se produisent.

... AU MAUVAIS ENDROIT

Avoir des navires en Méditerranée n’a d’intérêt que s’ils sont au bon endroit. L’opération Triton ne couvre pas les zones où ont lieu la plupart des naufrages. De nombreuses vies ont été perdues à cause de cela. Si les navires n’opèrent pas plus loin, les migrants et réfugiés continueront à se noyer.

Si le mandat de l’opération Triton ne peut pas être changé, alors Triton n’est pas la solution en dépit des nombreuses ressources qui lui ont été attribuées. (En savoir plus)

 

2 SOLUTIONS À ADOPTER D'URGENCE

Les gouvernements européens doivent offrir des choix plus sûrs, comprenant des places de réinstallation et d'admission humanitaire ainsi que plus de voies de migration régulières, de façon et d'ampleur à offrir une véritable alternative à ceux qui considèrent actuellement la traversée par la mer.

Ils doivent aussi déployer plus de ressources et étendre les zones de sauvetage dans le cadre des opérations humanitaires multinationales européennes destinées à porter secours aux réfugiés et aux migrants qui sont en péril en Méditerranée centrale, à les mettre en sûreté et à leur garantir l'accès à la protection internationale. 

 

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